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Les événements des derniers mois ont précipité les choses. Entre les attaques djihadistes, l’assassinat du Père Hamel et la constatation que de nombreux jeunes Français partent faire le djihad, il devenait nécessaire que la CEF affirme une parole publique
Les événements des derniers mois ont précipité les choses. Entre les attaques djihadistes, l’assassinat du Père Hamel et la constatation que de nombreux jeunes Français partent faire le djihad, il devenait nécessaire que la CEF affirme une parole publique
©Reuters

Un coup d'épée dans l'eau

L’appel des évêques français pour retrouver le "sens du politique" fait grincer des dents au sein même de l’Eglise catholique

Jeudi 13 octobre, la Conférence des évêques de France a publié un texte intitulé "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique". Si le texte veut alerter les Français des dangers encourus, il semble surtout montrer les craintes d'un épiscopat un peu dépassé par les événements.

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme. Il est rédacteur dans la revue de géopolitique Conflits. Dernier ouvrage paru Géopolitique du Vatican (PUF), où il analyse l'influence de la diplomatie pontificale et élabore une réflexion sur la notion de puissance.

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Atlantico : La Conférence des évêques publie jeudi 13 octobre un texte intitulé "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique". Pourquoi est-ce que les évêques ont tenu à ce que, de façon exceptionnelle, ce texte soit adressé à l'ensemble des Français et non pas uniquement la communauté catholique de France ?

Jean-Baptiste Noé : Ce n’est pas la première fois que les évêques s’engagent sur des questions politiques. Lors des dernières élections présidentielles, la CEF avait déjà publié un document pour essayer de fixer les débats autour des points essentiels et celle-ci a toujours rappelé l’importance du vote et sa défiance vis-à-vis de l’abstention.

Il est normal que le texte soit adressé à tous les Français : les évêques ne parlent pas qu’aux catholiques, mais à tous, à « tous les hommes de bonne volonté » qui sont intéressés par le débat public.

L’enjeu ensuite est que ce texte soit effectivement reçu par ceux à qui il est destiné. 

Quelles évolutions au sein de l'Eglise catholique en France ont poussé les évêques, souvent plutôt discrets en matière de politique, a investir ainsi ce champ aujourd'hui ?

Les événements des derniers mois ont précipité les choses. Entre les attaques djihadistes, l’assassinat du Père Hamel et la constatation que de nombreux jeunes Français partent faire le djihad, il devenait nécessaire que la CEF affirme une parole publique.

A cela s’ajoute une transformation de la vie politique. L’essor de l’abstention et la montée du Front National sont des choses qui inquiètent les évêques, de même que la défiance de plus en plus grande à l’égard des partis politiques. Il y a aussi d’autres formes d’engagements politiques qui se structurent, notamment chez les jeunes. La Manif pour tous a été pour beaucoup l’occasion d’une découverte du combat politique et de l’investissement dans la vie de la cité, prolongés pour certains dans le mouvement Sens Commun.

Ce texte part de ce point : il y a une crise de confiance à l’égard de la politique, due notamment au fait que les problèmes quotidiens ne sont pas réglés et que sur un certain nombre de points majeurs il semble y avoir un décalage entre l’action des politiques et la pensée des citoyens. 

Que redoutent-ils de l'évolution de la société française, par exemple quand ils affirment que le "contrat social" ne va plus de lui aujourd'hui ?

Le texte évoque une crise de la parole politique : « Entre le « ras-le bol » de ceux qui n’y croient plus et se désintéressent de la vie publique, et ceux qui, pleins de colère, veulent renverser la table et se tourner vers les extrêmes, la marge de manœuvre est de plus en plus étroite pour relégitimer la parole publique. »

On constate en effet que l’union des personnes au sein d’un même pays ne va plus de soi pour une certaine partie de la population. Le contrat social est déchiré parce que l’État n’est plus capable d’assurer la sécurité des personnes et que des individus vivant sur le territoire national se déclarent opposés au pays dans lequel ils vivent. C’est inquiétant, car cela assombrit le futur.

Le texte remarque justement que les valeurs républicaines régulièrement brandies sont de plus en plus incantatoires et n’ont pas de réel sens. « Les valeurs républicaines de « liberté, égalité, fraternité » souvent brandies de manière incantatoire semblent sonner creux pour beaucoup de nos contemporains sur le sol national ». Comme il constate aussi les difficultés d’intégration causées par les différences culturelles majeures. « Il convient donc pour l’avenir de notre société de redéfinir ce que c’est d’être citoyen français, et de promouvoir une manière d’être ensemble qui fasse sens. »

Au-delà du constat, ce texte est un appel aux politiques pour plus de cohérence et pour les citoyens à un engagement raisonné. 

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