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L’Allemagne s’est-elle exclue de fait de la zone euro ?
©Reuters

Zone euro Allemagne

L’Allemagne s’est-elle exclue de fait de la zone euro ?

Si l'Allemagne n'accepte plus de prêter son épargne au sein de la zone euro on peut considérer que de fait elle n'y est plus.

Patrick Artus

Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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Vous avez écrit une note indiquant que l'Allemagne n'est plus un vrai membre de la zone euro. Quels éléments vous permettent de le démontrer ?

Patrick Artus : On sait qu'il y a des différences importantes notamment en ce qui concerne la démographie, des comportements d'épargne des Allemands, la structure de l'économie (l'Allemagne étant beaucoup plus industriel que la zone euro), mais ce qui me paraît beaucoup plus important, plus grave, c'est la question de la circulation des capitaux à l'intérieur de la zone euro. Même si on sait que les Allemands ont un goût important pour l'épargne, ce n'est pas grave tant qu'ils prêtent leur épargne aux autres pays européens. Depuis 2010, donc le début de la crise en zone euro, ce n'est plus le cas. L'excès d'épargne des Allemands est prêté au monde en dehors de la zone euro. C'est extrêmement grave car d'une part cela veut dire qu'il n'y a plus de circulation des capitaux entre les pays membres de la zone euro, ce qui est catastrophique pour l'union monétaire et d'autre part cela veut dire que l'épargne des allemands est perdu pour financer de la croissance pour l'ensemble de la même zone euro. C'est en cela que l'on peut dire que l'Allemagne n'est plus dans la zone euro puisque un pays dans l'union monétaire par construction s'intègre financièrement avec les autres, prête son épargne pour financer des investissements et qui accepte cette mobilité des capitaux. Si l'Allemagne n'accepte plus de prêter son épargne  au sein de la zone euro on peut considérer que de fait elle n'y est plus. Ce comportement reflète vraiment le fait que les Allemands ne sont plus, au moins moralement dans cette union monétaire.

Est-ce que le fait que l'Allemagne ne prête plus son épargne aux pays membres de la zone euro s'explique par le fait que la croissance dans cette même zone est trop faible pour inciter les investisseurs allemands ?

D'abord rappelons que la part du commerce de l'Allemagne avec le reste de la zone euro diminue. Elle s'intègre en fait beaucoup plus aux pays d'Europe centrale –pour certains membres de la zone euro comme la Slovaquie et la Slovénie- mais aussi à d'autres qui eux ne le sont pas. Je ne suis pas certain que ce soit une question de croissance mais plus d'aversion aux risques. Ils ne sont pas rassurés sur la capacité des autres pays de la zone euro à les rembourser. Ils ont été échaudés par les bulles immobilières, les crises des dettes souveraines qui ont conduit à une grande défiance de l'Allemagne vis-à-vis des autres pays européens. Les épargnants allemands ou investisseurs institutionnels pensent qu'il y a un vrai problème de solvabilité par rapport au reste de l'Europe ce qui peut expliquer cette absence de prêt d'épargne et pas uniquement une question de croissance.

En quoi est-ce que cet éloignement pourrait être un problème quant à la définition de la stratégie de la zone euro elle-même ? Est-il possible de mener une politique de long terme avec des intérêts divergents?

Rappelons d'abord que la structure économique de l'Allemagne diverge par rapport aux autres pays européens. A partir de là il n'y a donc pas forcément les mêmes intérêts en termes de taux de change par exemple par rapport aux autres pays. Eux ont besoin d'un taux de change faible pour booster l'industrie. Rien que sur ce point on peut déjà noter les divergences d'intérêt.

Avant de parler de problèmes futurs il faut penser à régler ceux qui sont déjà présents. Il faut que les autres pays de la zone euro, la Commission européenne, la BCE, les régulateurs des banques s'interrogent tous sur cette question de la solvabilité des emprunteurs. Il va falloir rendre confiance aux Allemands car on ne peut décemment pas rester dans l'équilibre actuel. Il faut qu'ils aient à nouveau envie de prêter aux autres pays. Il faut pour cela continuer à améliorer la situation des banques et pour cela il faut que les Etats respectent leurs engagements budgétaires. Mais même avec ça et à la lumière des progrès qui ont été faits dans ces domaines on voit que c'est insuffisant. Il est nécessaire que les autres pays européens s'échinent à démontrer leur solvabilité.

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