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"Peu importe ce que chantent Selena Gomez et Justin Bieber, kids d'une pop sans âme hyper calculée. Ils triomphent. Sur scène ; au cinéma c'est une autre histoire".
"Peu importe ce que chantent Selena Gomez et Justin Bieber, kids d'une pop sans âme hyper calculée. Ils triomphent. Sur scène ; au cinéma c'est une autre histoire".
©Reuters

Exception culturelle

Pourquoi la France n'est pas fan des bébés stars

La nouvelle fera pleurer de nombreux fans : les deux bébés stars américains Selena Gomez et Justin Bieber auraient rompu. La presse people du monde entier en fait ses choux gras. Mais, notre pays reste relativement hermétique à ces nouvelles idoles des jeunes. Explications...

Jérôme Dittmar

Jérôme Dittmar

Jérôme Dittmar est journaliste et critique. Il collabore notamment à Chronic'art, Fluctuat.net et Le Petit bulletin.
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Le monde n'a pas attendu d'accélérer les particules élémentaires de notre destin économique pour s'émerveiller de la jeunesse. Avant même que la pop soit pop, on applaudissait déjà les petits prodiges du micro, héritiers du cirque et ses familles de saltimbanques où l'on n'a jamais eu de scrupules à faire travailler les enfants. On se souviendra ainsi de la fragile et sublime Judy Garland, chantant Jingle Bells sur scène dès trois ans, avant d'être la protégée de Louis B Mayer, agent et fournisseur de drogues officiel de celle qui à 17 ans devenait une star universelle avec Le Magicien d'Oz. De cette vie d'artiste, actrice, chanteuse, épouse de Minnelli, mère de Liza, elle en sortira lessivée, morte à 47 ans d'une vie sous hallucinogènes.

Les descendants de Judy Garland s'appellent aujourd'hui Miley Cyrus, Justin Bieber, Selena Gomez ou Demi Lovato. Ils ont eux aussi à peine 18 ans et sont des stars dont les photos inondent le Web. Comme Britney Spears et Justin Timberlake qui les ont précédé, la plupart ont commencé par jouer chez Disney qui depuis des décennies est une usine à jeunes talents. Actrices de sitcom sur-éclairés aux intrigues familiales minimalistes, Miley Cyrus et Selena Gomez sont vite devenues des petites bombes sexy décrochant la mâchoire de puritains biberonnés aux valeurs schizophréniques d'une Amérique obsédée par la jeunesse. De séries en films et en concerts au son rock FM, elles se sont faites une place au soleil sous les flashs des paparazzis. Laissant à Justin Bieber, le phénomène méché industriel, la part apparemment masculine de cette adophilie.

Peu importe ce que chantent Selena Gomez et Justin Bieber, kids d'une pop sans âme hyper calculée. Ils triomphent. Sur scène ; au cinéma c'est une autre histoire. Pour combien de temps ? Peu importe. Quelques années, une décennie, c'est suffisant pour se bâtir un empire. Le désir de leur public, même éphémère, est un poumon économique. Sont-ils une spécificité américaine ? S'ils profitent d'une certaine domination médiatique, ces phénomènes existent ailleurs, comme au Japon, où on les fabrique en usine pour monter d'innombrables girls bands bientôt remplacés par des robots. Mais en France ? Le pays de Jordy, Elsa ou Vanessa Paradis n'a pas échappé au mouvement mais n'aura jamais la sophistication américaine ou japonaise. Pas seulement par manque de moyens, mais aussi par souci idéologique.

Si le cœur critique de l'Europe n'est pas assez fort pour s'inventer une Miley Cyrus se rêvant désormais Britney Spears en jarretières de cuir, c'est qu'elle refuse aussi de céder complètement, par principe, sur cette fabrique à idoles dont ne sortent que des corps parfaits voués à leur seule célébration. D'impitoyables machines à succès formées, comme Judy Garland ou Michael Jackson, tels des chiens savants obsédés par leur image - la grandeur du talent en moins. Les nouvelles baby stars, riches, belles et célèbres sont le reflet extrême d'un monde croyant que le génie est un jeu d'enfant. Alors qu'il l'industrialise.

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