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Le sondage qui montre l’ampleur de la défaite de gauche sur le terrain de la justice sociale
©Flickr/Bradhoc

Méga-claque

Le sondage qui montre l’ampleur de la défaite de gauche sur le terrain de la justice sociale

Autre enseignement de ce sondage Ifop pour Atlantico : interrogés sur les partis ayant les meilleurs programmes en matière de justice sociale, les catégories populaires choisissent le FN, qui avec 22% fait mieux que tous les partis de gauche réunis.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : 78% des Français estiment qu’il faudrait baisser le niveau des impôts et des taxes pour que les entreprises embauchent plutôt que de maintenir le niveau des impôts pour financer la protection sociale, selon un sondage Ifop exclusif pour Atlantico. Les Français ont-ils acté qu'on était allé trop loin en matière de financement de la justice sociale ?


 

Jérôme Fourquet : Ces chiffres, assez spectaculaires, montrent d’abord que l'exaspération fiscale ne se dément pas. On est dans ce que l’ex-ministre de l’économie appelait le « ras-le-bol fiscal ». Cet élément s’associe à l’adhésion du gouvernement à une politique de l’offre.

L’arrivée de la gauche au pouvoir et de François Hollande en particulier a contribué à ce basculement, car la gauche qui était traditionnellement adepte d’une politique de la demande – on finançait la croissance économique par la consommation des ménages, qui était elle-même soutenue par de la distribution de pouvoir d’achat – est passé à un modèle où avant de distribuer, il faut produire. Dans ce modèle, pour faire baisser durablement le chômage, même si on a recours aux emplois aidés, la solution choisie est de libérer les entreprises et de baisser leur niveau de fiscalité pour augmenter leur compétitivité et in fine créer de l’emploi.

Ce que notre sondage montre, c’est que sur ces deux points-là (politique de l’offre plutôt que politique de la demande et fiscalité), la société n’est plus du tout d’accord pour faire des efforts financiers supplémentaires.

Ces mutations idéologiques sont très profondes. Si les Français demeurent attachés à leur système social, ils estiment aujourd’hui que le coût payé est très élevé et ils ne veulent plus entendre parler de hausse de la fiscalité.

C’est aussi celui qui explique, par exemple, que d’autres enquêtes de l’Ifop montrent que 60% des Français sont favorables à la suppression des départements, alors que c’était l’inverse il y a cinq ans. Là aussi, on a un attachement ancien aux structures institutionnelles, mais une majorité de Français se disent qu’on ne peut pas continuer comme cela et qu’il faut absolument réduire les dépenses, car la pression fiscale est devenue insupportable.

 Laurent Fabius disait, à la fin des années 1980 : « la gauche a peu de risques d’être battue par la droite ; en revanche, elle risque de l’être par l’impôt ». On est là-dedans aujourd’hui.

Lire aussi : Justice sociale : le modèle français à bout de souffle (et les Français l’ont maintenant bien compris)

Ce basculement traverse-t-il tous les électorats ?

Preuve de l’ampleur de ce basculement idéologique : l’électorat du Front de gauche est divisé à 49/51 sur cette question. Au PS, on est à 57/43. Bien évidemment à gauche, il reste encore des réticences – et c’est pour cela que c’est compliqué pour Hollande, car son électorat est coupé en deux. La droite et l’extrême droite sont, elles, à quasiment 100% sur la première hypothèse.

La droite s’est  encore radicalisée sur cette question, mais le principal mouvement qui explique ce basculement général est qu’aujourd’hui, la moitié de gauche l’a rejoint. 

Parmi l'électorat historique de la gauche, (ouvriers et employés), le FN est considéré comme plus efficace en matière de justice sociale que toute la gauche réunie. Comment expliquer ce basculement ?

 

Le premier enseignement est le score sur « aucun d’entre eux », où on est à 41%. Il y a une défiance très grande vis-à-vis des partis politiques, notamment sur cette question de la justice sociale, où droite comme gauche n’ont pas convaincu lorsqu’ils étaient au gouvernement.

On a quand même une hiérarchie qui se dessine : les trois grands partis français font quasiment jeu égal sur l’ensemble de la population, mais des différences très marquées se font jour chez certaines catégories. Un élément marquant est le score du Front national dans les milieux populaires, qui avec 22% est de loin en tête, avec un écart de 12 points avec le PS. Même si on ajoute l’ensemble des scores des formations de gauche, on arrive à peine au score du Front national.

Ca montre bien l’importance du vote FN dans les milieux populaires. C’est quelque chose de relativement ancien, mais qui avait été souvent analysé comme une sensibilité très forte de cet électorat populaire aux thématiques de la sécurité, de l’immigration et de la construction européenne. Là, on voit que c’est plus profond que cela, et que progressivement, le discours social que développe Marine Le Pen commence à prendre chez cet électorat.

La force du FN, c’est de parvenir à articuler cette critique de la mondialisation avec ses articulations sociales, mais également avec une critique de la société multiculturelle et de l’immigration de masse. Ils actent, comme les autres formations politiques et comme une majorité de Français, que nous sommes en période de vaches maigres, et pour eux, la solution est de réserver cette justice sociale aux nationaux.

Cela rencontre un écho, car ça donne une forme de crédibilité au discours. Aujourd’hui, 41% des Français ne sont confiance à aucun des partis, car on sait qu’il n’y a plus de recettes et qu’il faut tailler dans les dépenses. Le parti qui arrivera en disant qu’il faut augmenter les minimas sociaux et diminuer l’âge de départ à la retraite sera disqualifié d’office car personne n’y croira. Le Front national crédibilise ce discours en disant qu’ils vont équilibrer tout ça avec l’argent qui est dépensé dans l’immigration et en rapatriant notre contribution à l’Union européenne. 

 

Méthodologie 

 

Précision relative aux marges d'erreurs 

 

La théorie statistique permet de mesurer l’incertitude à attacher à chaque résultat d’une enquête. Cette incertitude s’exprime par un intervalle de confiance situé de part et d’autre de la valeur observée et dans lequel la vraie valeur a une probabilité déterminée de se trouver. Cette incertitude, communément appelée « marge d’erreur », varie en fonction de la taille de l’échantillon et du pourcentage observé comme le montre le tableau ci-dessous :

 

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