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Un patient touché par le Covid-19 qui s'apprête à passer un scanner.
Un patient touché par le Covid-19 qui s'apprête à passer un scanner.
©Ludovic Marin / AFP

Impact neurologique

Jusqu’à 10 points de perte de QI… : ce que le Covid peut vraiment faire au cerveau

Des chercheurs britanniques ont étudié les conséquences des formes de Covid sévères sur le cerveau. Selon cette étude de l’Université de Cambridge, des déficits cognitifs persistants ont été constatés, entraînant un effet identique à un vieillissement de 50 à 70 ans.

André Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est professeur de neurosciences à l'université d'Aix-Marseille.

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Atlantico : Une étude britannique a analysé les conséquences d'un Covid sévère sur les cerveaux. Les résultats indiquent que des déficits cognitifs persistent. Quelles seraient les conséquences concrètes, selon cette étude ? 

André Nieoullon : Oui, l’étude de l’équipe de l’Université de Cambridge vient confirmer, après celle de l’Université d’Oxford publiée il y a quelques semaines de cela, qu’un pourcentage significatif de personnes ayant souffert d’une forme sévère de COVID-19, notamment celles ayant été hospitalisées, présente des déficits cognitifs détectables plus de 6 mois après l’infection. Dans l’étude de l’Université de Cambridge, le nombre de patients ayant été hospitalisé souffrant de ces atteintes cognitives est au minimum de l’ordre de 30%. Les études montrent que les déficits cognitifs se traduisent essentiellement par des tableaux cliniques complexes incluant une fatigue générale, une forme d’apathie traduisant une perte de motivation, des difficultés de concentration, des troubles du sommeil, une anxiété généralisée, ou encore une forme de stress post-traumatique. De façon plus spécifique, une forme de confusion mentale, avec une difficulté à « trouver les mots », des troubles de la mémoire dite « à court-terme » (mémoire immédiate), des vertiges et une incapacité à se concentrer, représente un tableau clinique plutôt spécifique de ce type d’infection, ce qui a déjà été proposé par des psychiatres de l’Université de Toronto, il y a quelques mois de cela.

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Si les patients hospitalisés et notamment ceux ayant souffert des formes les plus sévères ayant nécessité une ventilation mécanique paraissent parmi les plus atteints par ces effets cognitifs à long terme (30 à 45% des patients selon certaines études) il se trouve que ces atteintes ne se limitent pas à ces malades mais que des déficits, certes moins importants, sont également perceptibles chez environ 15% des personnes ayant été atteintes de la COVID-19, y compris d’une forme n’ayant pas entrainé de prise en charge hospitalière spécifique, et même jusqu’à 25% selon une étude américaine. Au total, les atteintes cognitives et sur la santé mentale sont certainement plus importantes que cela a pu être mesuré dans la population générale jusqu’à présent.

Qu'est ce qui, dans le Covid, pourrait expliquer un effet identique à un vieillissement de 50 à 70 ans comme le propose l’étude de l’Université de Cambridge ?

La baisse durable des performances cognitives a été, de fait, comparée au processus de vieillissement « normal », physiologique hors pathologie démentielle, se traduisant, selon certaines études, par une réduction des capacités cognitives avec l’âge intervenant plutôt dans les dernières décennies de la vie, schématiquement après 60 ans, bien que de nombreuses discussions viennent nuancer cette assertion. En tout état de cause, l’atteinte cognitive notée chez les patients ayant souffert des formes sévères de la COVID-19 a été corrélée, en particulier par les chercheurs de l’Université d’Oxford, au-delà d’altérations attendues des zones cérébrales liées à l’olfaction, à une forme de réduction du volume cérébral, limitée mais bien réelle, des régions du cerveau impliquées dans les fonctions cognitives et en particulier des structures intervenant dans les processus de mémorisation. Précisément, ces travaux d’imagerie cérébrale montrent une réduction des régions dites « de substance grise » c’est-à-dire celles qui contiennent les neurones, de l’ordre de 0,2% et jusqu’à 2% en quelques mois après la maladie, ce qui est tout à fait significatif. C’est d’ailleurs l’argument principal avancé par les équipes de Cambridge pour proposer que les effets de la COVID-19 sur le cerveau sont équivalents à un vieillissement prématuré puisque, physiologiquement, dans le cadre d’un vieillissement « normal » non pathologique, la réduction d’épaisseur de ces mêmes zones cérébrales impliquées dans la mémorisation (l’hippocampe notamment) est de l’ordre de 0,2 à 0,3% par an après 60 ans. Dès lors, les réductions les plus importantes observées dans ces études d’imagerie sont effectivement corrélées à un vieillissement de l’ordre d’une décennie au moins, comme le suggère l’étude citée en référence.

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Les mécanismes de ces altérations cérébrales sont moins clairs et, conventionnellement, les causes les plus communément avancées sont en rapport avec les effets de la COVID-19 sur le cerveau : processus inflammatoires exacerbé pouvant se traduire par une encéphalite, réponse immunologique de l’organisme sévère susceptible d’amplifier l’inflammation cérébrale, réduction de l’oxygénation cérébrale pendant la phase aigue de la maladie susceptible de promouvoir des AVC discrets et locaux (un certain nombre d’études ont montré un effet de la COVID-19 sur l’incidence des AVC ischémiques), en dehors d’un effet direct de l’infection par le virus. A ce stade, toutefois, rien n’est certain mais la piste de l’inflammation reste la plus vraisemblable.

Dans quelle mesure faut-il nuancer ces résultats ?

Si la relation de ces atteintes cérébrales avec la COVID-19 est indéniable, il n’en reste pas moins que dans d’autres pathologies infectieuses et surtout dans des atteintes inflammatoires d’origines diverses, des atteintes similaires sont observées et se traduisent également par des effets comportementaux assez comparables. Il est donc vraisemblable que le tableau clinique résultant de l’infection par la COVID-19 ne présente pas de spécificité particulière mais traduise la réponse cérébrale non spécifique, au processus inflammatoire notamment.

Par ailleurs, comme je l’ai laissé entendre, il n’existe pas de consensus sur la baisse des capacités cognitives et la santé mentale liée au vieillissement, certaines études n’ayant pas retrouvé ni la réduction du volume cérébral liée à l’âge, ni l’affaiblissement des capacités cognitives hors pathologie. Et même, dans certaines études il se trouve une amélioration des capacités verbales et de calcul en rapport vraisemblablement avec l’expérience acquise avec l’âge… Il est donc nécessaire d’être prudent avec des généralisations qui pourraient s’avérer abusives.

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Quelles peuvent être les conséquences de long terme de ces impacts sur le cerveau des Covid sévères ?

Un certain nombre de craintes ont été émises quant à une éventualité de l’augmentation de l’incidence des maladies neurodégénératives dans les populations atteintes par la pandémie du coronavirus. Ces considérations spéculatives reposent pour l’essentiel sur le constat qu’en conséquence de l’épidémie de grippe espagnole du début du siècle dernier, il a été observé une incidence accrue de ces pathologies neurologiques et notamment de la maladie de Parkinson. Dès lors, certaines équipes ont émis l’hypothèse qu’à terme une population de patients ayant souffert d’une forme (sévère) de la COVID-19 puisse développer l’une ou l’autre des maladies neurodégénératives parmi les plus fréquentes, soit une forme ou une autre de maladie d’Alzheimer ou de maladie de Parkinson. A ce stade, rien ne laisse penser que cela puisse être effectivement le cas parmi les millions de personnes ayant contracté l’infection. Mais la prudence veut que l’on doive rassurer les populations et avancer que le pire n’estjamais certain !

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