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Julie Gayet.
Julie Gayet.
©Reuters

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Les rumeurs sur une grossesse de Julie Gayet, cas d'école des défis posés aux médias par la circulation de l'information sur internet et les réseaux sociaux

L'affaire Hollande-Gayet soulève une problématique journalistique : peut-on ignorer une information partagée par des milliers voire des millions de gens et comment la traiter quand elle fait bouger les lignes de la vie privée ou de la décence ?

Dominique Wolton

Dominique Wolton

Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la communication, dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés. Il dirige aussi la collection de livres de poche Les Essentiels d’Hermès et la collection d’ouvrages CNRS Communication (CNRS Éditions).

Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Avis à la pub (Cherche Midi, 2015), La communication, les hommes et la politique (CNRS Éditions, 2015), Demain la francophonie - Pour une autre mondialisation (Flammarion, 2006).

Il vient de publier Communiquer c'est vivre (Cherche Midi, 2016). 

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Atlantico : La fluidité de l'information inhérente au web bouleverse l'équilibre des médias traditionnels. Les rumeurs sur la vie privée du chef de l'État en sont une illustration récente. Quelles problématiques cette fluidité de l'information soulève-t-elle auprès des autres médias ?

Dominique Wolton : Le monde entier n'a pas commencé il y a 15 ans avec le web. Il n'a pas fallu attendre Internet pour avoir de la presse de caniveau et des photographes planqués. Ce zoom sur la vie privée a, qui plus est, été accru par la concurrence des chaines classiques entre elles et surtout la naissance des chaines d'information. Ce sont elles qui ont créé le buzz constant. Là-dessus sont arrivés les réseaux sociaux. Le web n'a pas créé ce processus de fluidité de l'information mais l'a accentué.

Les problématiques ne sont pas compliqués : plus personne ne vérifie l'information puisque le premier souci ce n'est pas l'information mais la concurrence. On descend d'ailleurs de plus en plus bas vers les choses qui vont exciter le plus les citoyens, les internautes, les auditeurs… Les journalistes sont pris au piège d'Internet parce qu'ils n'ont plus la capacité de contrôler l'information. La question est donc de savoir s'il va y avoir une révolution intellectuelle dans la presse pour prendre à bras le corps ces réseaux et décider ce qu'il faut éditer et qui ne doit pas l'être.  

Mercredi, la presse anglo-saxonne a fait état d'une rumeur de grossesse concernant Julie Gayet mais très peu de médias ont repris cette information. Face à cette diffusion de l'information, les médias traditionnels peuvent-ils continuer à ignorer une information qu'ils estiment ne pas devoir et/ou pouvoir publier ?

Le métier de journaliste est aujourd'hui de plus en remis en cause puisque n'importe quel imbécile qui met une rumeur sur les réseaux est repris par tout le monde. Si l'on veut sauver les réseaux et la presse, il faudra que des journalistes, de temps en temps, disent stop. Certains diront qu'une information existe mais qu'ils ne la font pas, qu'ils ne la légitiment pas. Ce faisant, il y aura une guerre inévitable entre des médias qui imposeront leur label de journalisme et des tas d'autres réseaux qui continueront à faire de l'information. Au moins, les gens auront de quoi choisir.

Qu'est-ce qui pourrait être à l'origine de cette prise de conscience ?

Deux choses pourront déclencher cette révolution : la chute de la presse papier et la baisse de la crédibilité des journalistes. Quand les journalistes en auront marre de penser que le public est stupide, ils tireront la sonnette d'alarme. Ma thèse est simple : plus il y a d'information, plus on a besoin de journalistes. C'est exactement l'inverse qui se dit aujourd'hui. Et pourquoi ? Parce qu'au lieu de dire que c'est un problème, on dit que c'est formidable, que c'est la révolution et que ça va tout changer. Résultat : les journalistes ont perdu leur légitimité parce que chacun joue au journaliste.

Cela se traduirait par un vrai travail de recherches et de déontologie, une déontologie appliquée au nouveau monde d'internet.

Il pourra y avoir une résistance qui sera celle du public. Pour l'heure, le public veut aller vite et donc va sur internet. Je pense qu'au bout d'un moment, les gens en auront marre.

S'ils décident d'évoluer et de traiter l'information par le prisme de la fluidité, comment les médias traditionnels peuvent-ils vraiment agir ? Dans le cas de Julie Gayet, il faudrait appeler l'actrice et lui demander si la rumeur est vraie. Quelles conséquences sur la façon dont est traitée l'information ?

Il faudrait surtout arriver à hiérarchiser l'information, de voir au cas par cas et de choisir ou non de publier. Tout le paradoxe est là : on a rêvé pendant 150 ans d'avoir une information directe et immédiate. On l'a et c'est en train de tout détruire. Il faut donc s'interroger sur la raison de l'information. Dans le cas de Julie Gayet, il faudrait recouper l'information pour savoir si elle est vraie ou fausse. Ce n'est pas parce que ça va très vite que les règles de base du journalisme sont inutiles. Au contraire : plus ça va vite, plus il faut vérifier.

Cela va obliger également tous ceux qui ont joué le jeu des réseaux. Depuis 15 ans, il y a une grande naïveté vis-à-vis des réseaux sociaux où tout le monde pense que c'est bien en soit. 

La mondialisation de l'information obligerait à regarder beaucoup mieux que ça la complexité de l’information. Ce n'est pas le cas. Il y a une focalisation sur certains sujets et un silence de morts pour d'autres. Il faut donc ralentir, re-contextualiser, comparer et sortir de la fascination. 

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