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Le métier qui monte : diviseur de Français
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Zone franche

Le métier qui monte : diviseur de Français

Juifs et musulmans, unissez-vous contre la connerie ! (chrétiens, bouddhistes, jedis et athées, vous êtes aussi les bienvenus, ça va sans dire)

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Les « dresseurs de Français les uns contre les autres » ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Et pour un Guéant ou un Hortefeux, dont l’indéniable allergie à l’islam  hexagonal hérisse et afflige, combien de bonne âmes convaincues que taper sur les juifs est symétriquement le moyen de prouver son « progressisme » ?

Que le « musulman » ait remplacé le « travailleur » comme figure de la victime universelle dans les prêches d’une partie de la gauche n’est pas une nouveauté. Le « travailleur », de toute manière, il y a un moment qu’on a fait une croix (sic) dessus et qu’il vote pour le FN.

De fait, cette islamophilie délirante qui fait que n’importe quelle grotesquerie ultra-minoritaire ― prières de rue en tête ―, est présentée comme une aimable idiosyncrasie qu’une vague réécriture de la loi de 1905 éliminerait, les juifs connaissent : il n’y a pas si longtemps, le philosémitisme béat était presque aussi tendance dans les mêmes cercles.

Souvenez-vous, c’était l’époque où les loubavitchs en redingote ne se faisaient démolir le portrait dans les rues que par des skinheads nostalgiques du IIIe Reich… Quand les choses étaient « tout propre en ordre »  et le monde aussi lisible qu’une page du Capital, quoi…

Pour des raisons multiples ― empruntant autant à l’importation analphabète du conflit israélo-palestinien qu’au recyclage plus ou moins conscient de clichés populistes sur les juifs, leur fortune et leur influence fantasmées ― il est donc devenu courant de défendre les musulmans en se servant des juifs comme punching ball (rhétorique s’entend).

Si les uns ont tout (si seulement !) quand les autres n’ont rien : c’est que les premiers ne partagent pas avec les seconds. Ou qu'ils leur ont tout piqué… Quelle tragique « défaite de la pensée », comme dirait celui qu’adorent détester les promoteurs de cette vision du monde.

Faux scoop, vrai malaise

La semaine dernière, un grand journal en ligne ― « Ami du peuple » électronique et pourfendeur de compétition de la méchanceté gouvernementale ―, s’est « procuré » une information selon laquelle une poignée d’étudiants juifs orthodoxes avait obtenu du saint des saints une session décalée à un concours d’entrée aux grandes écoles (une question de calendrier religieux). Le scoop est tombé à l’eau lorsqu’il s’est avéré qu’une fin de non-recevoir leur avait heureusement été adressée, mais là n’est pas le problème.

« L’affaire » aurait en effet été une excellente occasion de dénoncer une énième turpitude sarkozyste, un nouveau passe-droit à la française d’une désolante banalité… Tu parles : présentée comme « un fait exceptionnel dans l'histoire de l'éducation nationale » (argh !), elle est surtout devenue la « preuve » de ce que les juifs étaient les favoris d’un président « stigmatisant les populations arabes » (re-sic).

Une entourloupe, non pas contre la laïcité mais des juifs contre les musulmans avec la bénédiction du chanoine de Latran, si vous préférez…

Sur un autre grand journal en ligne, un peu plus rock’n’roll celui-là (« Le Vieux cordelier » ?), la reprise de cette histoire sur le même mode a vu s’empiler les centaines de commentaires de lecteurs disons, assez peu amènes à l’égard des juifs. Doit-on tout de même parler d’ « antisionisme » pour ne pas sombrer dans le procès d’intention intempestif et même s’il n’est pas question d’Israël ?

Ce n’est qu’un exemple et peut-être ne parle-t-il qu’à ceux qui, comme moi, lisent et commentent l’actualité professionnellement et s’imposent de conserver des antennes affûtées. Mais c’est un exemple parmi d’autres et il rappelle surtout la manière dont juifs et noirs américains, historiquement liés dans le combat pour les droits civiques, se sont retrouvés séparés par les extrémismes.

Le problème des musulmans et des juifs de France, c’est d’abord les racistes et les antisémites. Mais c’est aussi, et de plus en plus, cette fameuse « bien-pensance » qui les instrumentalise, les divise et les essentialise.

Et surtout, les musulmans et les juifs de France ne sont pas les ennemis les uns des autres. Ni de qui que ce soit, en fait.

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