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La manifestation "Jour de colère".
La manifestation "Jour de colère".
©Reuters

Jour de colère ou jour de haine ?

Jour de Colère : croyez-vous que le TSH (Tout Sauf Hollande), c’est mieux que le TSS (Tout Sauf Sarkozy) ?

Ils étaient tous là. Un pot pourri (en tous les sens de ce terme). Et donc plutôt fourni.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Julien Dray, député PS, éprouva pendant la campagne présidentielle de 2012 le besoin de mettre en garde ses amis. « L’antisarkozysme n’est pas un programme », déclara-t-il. Il avait moralement raison, mais tactiquement tort. Ni le PS ni Hollande ne l’écoutèrent. Et c’est grâce à un TSS (Tout Sauf Sarkozy) forcené que l’actuel président de la République fut, de justesse, élu.

Aujourd’hui, l’hydre Sarkozy ayant été terrassée, c’est, timidement, au tour du TSH (Tout Sauf Hollande) de prendre le relais. Animés par une nouvelle et sainte colère, ils furent hier 17 000 ou 120 000 (c’est selon) à se rassembler pour dire au chef de l’État qu’il devait dégager au plus vite. Une panoplie complète de ceux qui n’ont rien appris et rien oublié. Les allumés du Printemps français, des Identitaires, les catholiques de Civitas, qui doivent considérer le pape François comme un dangereux révolutionnaire subversif, des dieudonnistes, les contribuables malheureux d’un certain Nicolas Miguet, les douces brebis d’un berger pacifiste nommé Serge Ayoub… Certes, ils ne se sont pas mélangés. Chacun sous sa banderole : la quenelle n’est quand même pas soluble dans l’eau bénite mais elle fait bon ménage avec la croix celtique.

Libération, qui ne se trompe pas toujours, a suivi en live et en direct la manifestation. Histoire de se faire peur et de mobiliser ses lecteurs, très sensibles au danger fasciste et toujours prêts à crier "no pasarán !". Eh bien, si hier c’était ça le fascisme, on peut dormir sur ses deux oreilles : il est manifestement en soins palliatifs. Reste que dans le cortège on a vu quelques bras levés. Et on a aussi entendu des : « Vivement le putsch ! » Des : « À bas la franc-maçonnerie ! » Des : « La France aux Français ! » . Et enfin des "juif, la France n'est pas à toi", crié très fort et par un plus grand nombre. J’ai été bien avisé de ne pas y aller.

À bien analyser ce défilé, on ne peut se défaire de l’idée que ces mêmes cohortes avaient naguère communié dans le TSS, adroitement utilisé par la gauche. Les uns parce qu’ils trouvaient Sarkozy pas très catholique bien que chanoine de Latran. D’autres parce qu’ils avaient décelé son côté métèque (Hongrie, Salonique, etc.). Certains, plus directs et plus pugnaces, car ils avaient mis au jour ses très fâcheuses origines. Et enfin – les plus nombreux peut-être – parce que Sarkozy avait appelé au pouvoir des Kouchner, des Fadela Amara et des Rama Yade.

Maintenant c’est au tour de François Hollande d’en prendre plein la gueule. Il ne s’agit pas là de ceux qu’on a vus hier. Ils sont marginaux, pathétiques et donc parfaitement inoffensifs. Des invalides de la pensée, des éclopés de l'âme qui jouent une pitoyable saison 2 d'une série intitulée "Si Vichy m'était comptée".  Des millions de chômeurs et d’ouvriers licenciés ont d’excellentes raisons, eux, d’en vouloir au chef de l’État. Eux, ils ne défilent pas en conspuant les francs-maçons et en réclamant un putsch. Ils votent et vont voter : c’est plus normal, plus simple et plus efficace.

Il n’en demeure pas moins que François Hollande n’est pas – mais pas du tout – haïssable. Il est amusant, comique et rigolo. Parfait pour les Guignols de l’Info. Avec lui on ne s’emm… jamais. Vous en connaissez, vous, un pays où un président se balade à scooter à la nuit tombée et au petit matin ? Vous en connaissez, vous, un État où un président trompe sa Ségolène avec une Valérie, qu’il trompe à son tour avec une Julie ? Vous en connaissez, vous, un pays où un président, à défaut de faire la une des journaux avec la courbe du chômage, fait les gros titres de la presse people avec d’autres courbes ?

Alors, gardons-le encore un peu pour exorciser l’ennui qui nous guette. Gardons-le car il est le garant d’une tradition bien française (la gaudriole) que les autres présidents – des impuissants à coup sûr – nous envient. C’est lui, notre François à nous, qui a rafraîchi et revivifié le célèbre toast de François Ier (« Je bois à la santé de nos chevaux, de nos femmes et de ceux qui les montent !). Chez Hollande, dans une version modernisée, ça donne : « Je bois à la santé de nos scooters, de nos femmes et de ceux qui les montent ! »

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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