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Un millier de Veilleurs se sont réunis puis dispersés dans le calme samedi 31 aout au soir place de la Concorde à Paris.
Un millier de Veilleurs se sont réunis puis dispersés dans le calme samedi 31 aout au soir place de la Concorde à Paris.
©Reuters

Sentinelles

Jeunes, catholiques et Veilleurs : ces raisons qui les poussent à s’engager

Malgré une interdiction préfectorale, près d'un millier de Veilleurs se sont réunis puis dispersés dans le calme samedi 31 aout au soir place de la Concorde à Paris. Ces militants, essentiellement catholiques mais pas uniquement, s'engagent ainsi pour le dialogue et afin de maintenir comme base de notre société les valeurs chrétiennes sur lesquelles elle s'est créée.

 Koz

Koz

Koz est le pseudonyme d'Erwan Le Morhedec, avocat à la Cour. Il tient le blog koztoujours.fr depuis 2005, sur lequel il partage ses analyses sur l'actualité politique et religieuse

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La nouvelle vigueur de jeunes catholiques interpelle. On les préfère dans le rôle qu'on leur avait assigné : obéissants, compassés et vaguement complexés. On ne cesse de vouloir les renvoyer hors du débat public. Et on les découvre résolus et déterminés. Prêts, parmi les Veilleurs, à aller à pied à la rencontre des Français pendant l'été. Prêts à imposer leur choix et leur volonté, à se jouer d'une interdiction préfectorale, à braver un déploiement outrancier de forces de l'ordre pour aller, malgré les intimidations, veiller dans la paix.

Veiller. Comme on veille un malade. Veiller comme on prépare l'aurore, le jour nouveau. Veiller, comme veille la sentinelle, vigilante et protectrice.

Cette Veillée du 31 août, frappée d'interdiction, j'y étais, après avoir brièvement rejoint la Marche cet été. Comme l'a dit Gaultier, "les Veilleurs avaient dit qu'ils marcheraient du parvis de La Défense jusqu'à la place de la Concorde, ils ont marché du parvis de La Défense jusqu'à la place de la Concorde". Ils ont remporté leur "Grand Paris". Les cortèges de CRS, les cars de police croisant les cars de gendarmerie, sirènes hurlantes, les policiers en civil déployés en nombre sur le trajet, la fermeture de tous les accès des stations Champs-Élysées et Concorde jusqu'à la fin du service trahissaient une fébrilité risible qui contrastait ardemment avec la paisible détermination des Veilleurs.

Leurs opposants ont glosé sur leur refus de déclarer l'évènement de samedi. Eux se fient à leur conscience, invoquent la liberté et assument cet acte de désobéissance civile qu'ils qualifient eux-mêmes de "modeste transgression". Ils refusent de considérer que la lecture publique d'Albert Camus, Robert Desnos, Hanna Arendt, l'exécution d'une symphonie de Beethoven, la reprise en chœur du Canon de la paix ("Ecoutez, le temps viendra, les Hommes un jour sauront la vérité (...) la paix sera notre combat, faites que ce temps vienne") même entrecoupés de témoignages engagés puissent constituer une manifestation. Ils s'amusent ou s'agacent qu'un trouble à l'ordre public puisse être invoqué, alors que plus de 200 veillées ont été organisées sans jamais le plus petit incident, ce que l’État n'ignore pas, pour avoir dépêché quotidiennement la DCRI sur place.

Non, les Veilleurs ne demandent ni la bénédiction ni l'assentiment du pouvoir. Et seuls les naïfs, les timorés, ou trop légitimistes continueront de croire que la préfecture de police serait un organe neutre, garant de l'ordre public et des libertés publiques. Elle est la courroie de transmission de Manuel Valls, dont la répression en mars a fait éclore les Veilleurs. Ainsi, de même qu'elle avait proposé pour la manifestation du 24 mars des itinéraires aussi ubuesques qu'un départ depuis le Marais ou un passage par l'étroite rue Saint-Denis (comme me l'a confié samedi l'un des négociateurs de la Manif Pour Tous), elle avait résolu d'interdire cette paisible veillée. C'est donc sans demander la permission de Manuel Valls que nous avons veillé notre société, entre l'Assemblée nationale et l'Elysée.

Ainsi cette jeunesse que l'on voudrait bien rangée refuse le système. Leur maturité et leur résolution sereine forcent l'admiration. Là où tant d'autres ont versé dans la violence, ils ont versé dans la culture et le dialogue. Et, alors que la violence s'épuise, leur mouvement s'enracine. Nés de l'opposition à la loi Taubira, leur attention se porte désormais sur une approche plus globale de notre société défigurée, déprimée, sans projet ni vision, dans un esprit assez proche de l'écologie humaine. Gaultier insistait, sur les plages de Vendée, sur le fait qu'il n'y a pas de mouvement durable qui puisse exister dans la seule opposition. C'est d'autant plus vrai que riposter, c'est toujours agir trop tard.

Les Veilleurs sont aconfessionnels. Contrairement au mythe que font circuler des esprits embrumés, aucune prière n'est jamais formulée au cours des Veillées si ce n'est peut-être dans le secret des cœurs. Chacun peut ainsi les rejoindre et les Veilleurs veillent aussi à cette ouverture.

Il n'empêche que leur inspiration est très majoritairement chrétienne. Et puisque la question est posée, deux pistes peuvent contribuer à expliquer cette inhabituelle mobilisation de jeunes catholiques : l'urgence et la transcendance. Forte de sa foi, d'un horizon qui porte au-delà de la mort, elle est plus indépendante, plus structurée que d'autres. Elle n'appartient pas au monde, à ce monde, médiatique et politique, elle ne lui obéit pas, elle prend le risque de la dissidence intérieure. Cette jeunesse a saisi qu'aujourd'hui notre société n'est plus naturellement irriguée de valeurs chrétiennes, même laïcisées, qu'elles sont en passe d'être chassées et qu'il est urgent de les proposer de nouveau pour le bien de tous - ce qu'elle appelle le bien commun. Elle a saisi que nous avons passé depuis longtemps la croisée des chemins et que nos routes se séparent dangereusement, tandis que le chemin pris ne produit qu'une société éclatée d'individualisme, déprimée, versée dans la médiocrité et déshumanisée par son oubli des plus faibles. Elle a saisi qu'il y a urgence à porter haut et clair le christianisme, dont notre société et notre culture française ont tant profité jusque-là... et dont nul n'épuisera jamais les bienfaits.  

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore

De la splendeur du jour et de tous ses présents.

Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore

Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

Robert Desnos

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