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Pourquoi Internet ne dispense aucune connaissance
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Petit cours de web-philo

Pourquoi Internet ne dispense aucune connaissance

Grâce au net, nous avons accès à une multitude d'informations, mais ce foisonnement permet-il un véritable accès à la culture et au savoir ?

Mats Rosengren

Mats Rosengren

Mats Rosengren est professeur à l'université de Södertörns en Suède.

Il est philosophe, éditeur et traducteur (il a notamment traduit en suédois Bourdieu et Derrida). En 2008, le prix “Pro Lingua" de la Fondation suédoise internationale pour la Recherche et l'Enseignement supérieur fut attribué à sa Doxologie (Hermann, 2011).

 

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Un malentendu relatif à l’accès au savoir grâce à Internet circule de nos jours : on prétend que l’accès presque illimité aux informations de toutes sortes nous assure d’être bien informés, voire nous garantit l’accès au savoir ou à la connaissance. Mais un tel espoir repose sur une conception erronée des relations entre savoir et information, qui devrait être abandonnée : cette conception ne tient pas compte du fait que tout savoir repose nécessairement sur une pratique et est porté par un savoir-faire. Connaître un objet ne consiste pas, en effet, à collectionner les informations relatives à cet objet.

Certes, la connaissance est aujourd’hui enrichie par de nombreux intervenants, et peut être achetée ou vendue comme n’importe quel bien de consommation ; mais elle n’est pas pour autant (elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais) un objet. Le monde n’est pas divisé en une infinité d’objets qu’il faudrait connaître, définir, organiser et classifier méthodiquement, et dont la somme constituerait la connaissance complète de notre univers et de notre environnement quotidien.

Le savoir : une quête perpétuelle

Savoir quelque chose, c’est un processus et non pas un état. Il importe donc d’abandonner la distinction traditionnellement acceptée entre « savoir que » et « savoir comment ». Autrement dit, la compétence est une composante indissociable de toute connaissance. Ce d’autant qu’il est strictement impossible d’accumuler des compétences comme on accumule des objets : une compétence (ou une faculté) doit être continuellement entretenuefaute de quoi, elle disparaît. C’est la raison pour laquelle la connaissance doit s’appuyer sur des institutions, des universités, des traditions, des principes…

La connaissance, engendrée par les hommes, est à leur disposition ; c’est un concept relationnel : un livre, une bibliothèque ou un ordinateur connecté à Internet ne recèlent en eux-mêmes aucune connaissance ; ces objets sont de diverses manières et à différents niveaux des outils, laissés à la disposition de celui qui se montre capable de les utiliser pour élaborer un savoir.

Un savoir-faire nécessaire

Ainsi, la conception commune qui définit la connaissance comme se trouvant dans des livres ou dans les signes – comme en attestent des expressions comme « Vous est-il possible de retirer quelque chose de ce texte ? » – est tout simplement trompeuse et fallacieuse. Rien ne subsiste dans les livres ; aucun secret palpable n’est enfoui dans les textes, bien qu’il soit possible de construire (et de réinventer) des connaissances grâce au maniement précautionneux d’écrits, de livres, de données virtuelles, de bibliothèques, etc. Mais cet engendrement de connaissance exige avant tout un savoir-faire ou un habitus, plus ou moins discipliné, cultivé et soutenu, sans lequel toutes les informations recueillies ne peuvent en aucun cas constituer un savoir ou une connaissance.

Voilà pourquoi être informé n’est pas – et ne sera jamais – la même chose que savoir ou connaître – quoi qu’en dise l’idéologie simpliste de certains internautes.

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