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Intégration : non, tout n'est pas perdu !
©Faro / Kidam / Mathematic / Carnibird

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Intégration : non, tout n'est pas perdu !

Allez voir "Swagger", vous comprendrez que, face aux troubles sirènes du communautarisme, le défi de l'intégration peut être relevé. A condition que etc...

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Cinéma

Swagger 

France. Couleur. Documentaire sociologique d'Olivier Babinet. Avec Aïssatou Dia, Mariyama Diallo, Abou Fofana, Nazario Giordano, Astan et Salimata Gonle, Naïla Hanafi, Aaron Jr. N’Kiambi, Régis N’Kissi, Paul Turgot, Elvis Zannou.

Le réalisateur

Né à Strasbourg, descendant de l’inventeur du goniomètre Jacques Babinet, révélé au public avec la série Le Bidule diffusée en 1999 sur Canal+, le réalisateur et scénariste Olivier Babinet réalise en 2008 C’est plutôt genre Johnny Walker son premier court-métrage, l’histoire d’un homme qui, viré de chez lui par sa femme, se retrouveprisonnier d'une boucle temporelle. Le film remporte de nombreux prix en festivals dont le prix spécial du jury à Clermont-Ferrand. S’ensuit Robert Mitchum est mort, son premier long-métrage, coréalisé avec le photographe Fred Kihn, projeté au 63e festival de Cannes à l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), road movie polaire d’un acteur et de son agent à la recherche d’un cinéaste mythique. Il remporte notamment le Grand Prix du Festival Premiers Plans d’Angers et est nominé en tant que meilleur premier film au Raindance London Festival. 

En parallèle de ses activités de scénariste et de réalisateur, Olivier Babinet travaille pendant deux années avec des collégiens d’Aulnay-sous-Bois, dans un quartier où 50 % des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cette collaboration aboutit à la réalisation par ces adolescents de 8 courts-métrages fantastiques et de science-fiction et lui donne l’idée de leur consacrer un film documentaire. Il s’immerge quatre ans durant en leur compagnie et réalise Swagger, présenté au Festival de Cannes 2016, Sélection ACID. 

Notons encore qu’Olivier Babinet fait partie du collectif d’artistes We are Familia et réalise de nombreux clips (Cheveu, Zombie Zombie, Tomorrow’s World, Rita Mitsouko, Mathieu Boggaerts, etc.). 

Enfin, artiste éclectique, il contribue aussi au magazine New Yorkais Chalet dans lequel son journal semi-imaginaire Desire and Desillusion paraît sous forme d’épisodes.

Thème

Ils sont onze collégiens du Nord d’Aulnay-sous Bois et de Sevran (93). Pas un n’est blanc. Tous sont issus d’un milieu défavorisé et pareillement décidés à réussir leurs études. Ils pratiquent un français exemplaire et, plus que tout, nous entraînent avec humour, gravité, innocence parfois, singularité toujours dans leur univers, leur espoirs, leurs doutes, leurs désillusions et leurs ambitions à travers un film choral roboratif, bienfaisant et enthousiasmant à l’aune de cette citation de Shakespeare tirée du Songe d’une nuit d’été : “Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons ?”

Points forts

Dès les premières images confondantes de beauté esthétique où un drone survole nuitamment les quartiers nord d’Aulnay-sous-bois puis visite l’appartement de l’un des “héros” avant d’en ressortir, ancrant résolument ce documentaire dans un “spectacle”, nous sommes happés par ces swaggers (de to swag : fanfaronner, parader, faire le fier, rouler des mécaniques…) exubérants, passionnants, bouleversants, drôles et aux propos particulièrement pertinents.

Ces garçons et filles du collège aulnaysien Claude Debussy sont le meilleur des contre-poisons pour digérer les poncifs diffusés à longueur de media sur la jeunesse des banlieues. Non pas, bien évidemment, pour nier les difficultés là où elles existent mais nous rappeler que tout ne se réduit pas à cette seule vision au nom de cet adage qui veut que ce qui va bien n’intéresse personne.

Le choix des lieux tout comme l’enchaînement des plans fixes, travellings, plans aériens, steady-cam, ralentis… assurent un rythme qui nous tient réellement scotchés à l’écran du début jusqu’à la fin. Sans oublier ces jolis moments poétiques ou quasiment oniriques comme le pique-nique près de la cité ou la scène de cricket indien.

A la virtuosité des images, il convient de rajouter la vivacité du rythme grâce à l’ingénieux travail de montage d’Isabelle Devinck, la collaboratrice de Pierre Salvadori, dont l’originalité pourra parfois surprendre mais jamais égarer, à l’instar de ces plans où les élèves non concernés par l’interview semblent pourtant présents et à l’écoute.

Les propos que tiennent ces adolescents résonnent par leur sens devenu hélas commun (“Avec la politique, on reçoit pas ce qu’on attend. C’est pour ça que ça m’intéresse pas”, explique Aaron), renversants (au sens propre) par leur vision (“j’ai rencontré il y a quelques mois des blancs pour la première fois à Paris, eh bien je les considère comme des personnes normales”, dixit  Régis, fan de mode, nœud pap’ et sap”), à mourir de rire (Régis, toujours, résumant en quelques phrases étourdissantes la série Les Feux de l’Amour qu’il adore), à réveiller nos sociologues, politiques et économistes (Naïla expliquant avec une lucidité confondante et “cosmique” en quoi Mickey et les poupées Barbie sont des créatures voulant s’emparer du monde à partir des enfants pour nous tuer). Fascinant !

En cette époque tumultueuse et complexe, il n’est pas totalement inutile d’entendre le jeune Elvis Zannou rappeler que son plus beau souvenir c’était de venir en France.

Ainsi, au fil de leurs confidences autour de l’amour, de leurs rêves, de leurs désillusions, de l’avenir, des bagarres pour se faire respecter, de la religion, de la musique… nos repères basculent. On ressort de ce film à la fois édifié sur leur monde, car il s’agit bien de leur monde, mais aussi avec la sensation d’un immense gâchis de l’intégration (mais non de la remise en cause de son bien-fondé) à laquelle ils semblent sincèrement tenir.

La musique, enfin, non conventionnelle pour une ville de banlieue, renforce l’originalité et la force de l’ensemble.

Points faibles

Le thème qui a ses irréductibles contempteurs.

La qualité même de l’ensemble qui donne à ce documentaire la possibilité d’être considéré comme une “relecture” pro domo de la réalité (on ignore, par exemple, sur quels critères ont été sélectionnés ces ados et au détriment desquels). 

En deux mots

«Dans les années 50 on utilise swag pour parler de Sinatra : c’est la classe du mauvais garçon. Puis on retrouve le mot dans les ghettos américains noirs dans les années 90 jusqu’à ce qu’il arrive à Aulnay. Je trouvais que c’était un beau titre pour mon film parce que mes héros ont cette manière de se comporter au monde avec style, ils ont tous une attitude et des choses à défendre : malgré les difficultés, les mômes d’Aulnay fanfaronneront toujours. Parce qu’ils ont du swag. C’est le choc entre cette énergie de vie, cette fierté balancée à la face du monde, confrontée à la dureté de leur environnement, qui m’ont bouleversé pendant les années que j’ai passées là-bas, au collège Claude Debussy. C’est un film qui ne regarde pas la banlieue, mais nous fait voir le monde à travers le regard de ses enfants.» Olivier Babinet. 

On ne peut que souscrire sans réserve aucune à ces propos.

Une phrase

Qui seront deux:

- “Parler avec d’autres  personnes ça m’a rendue optimiste.”. Aissatou Dia.

- “Je connais pas des français de souche. Je sais pas,  c’est quoi souche ?”. Astan Gonle.

Recommandation

ExcellentExcellent

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