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Inspecteur Twittget : comment les réseaux sociaux pourraient permettre de prédire les crimes
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Infaillible ?

Inspecteur Twittget : comment les réseaux sociaux pourraient permettre de prédire les crimes

Selon plusieurs chercheurs américains, les réseaux sociaux peuvent devenir de précieux auxiliaires dans la résolution des crimes et pour leur prévention.

Patrice  Ribeiro

Patrice Ribeiro

Patrice Ribeiro est secrétaire général de Synergie-Officiers

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Atlantico : Matthew Gerber, ingénieur informaticien américain, a réussi a établir un programme capable, d'après lui, d'anticiper des crimes via la plateforme Twitter. Les réseaux sociaux pourront-ils bientôt nous aider à faire de la "police préventive" ? 

Patrice Ribeiro : Les réseaux sociaux peuvent servir à partir du moment ou ils permettent de faire de l'analyse comportementale, puisqu'un message, un post, traduisent toujours quelque chose. Cela pose néanmoins, au-delà de Twitter qui est entièrement public, des problèmes de confidentialité sur des sites comme Facebook ou Linkedin qui sont le plus souvent réservé à des cercles privés. L'indentification par géolocalisation pose aussi des problèmes juridiques puisque cela n'est théoriquement pas possible sans votre accord. 

En matière de prédiction numérique de la criminalité, l'exemple le plus connu est celui du logiciel "MaSC" utilisé par les services de police de Los Angeles, Memphis et New-York, ce dernier ayant plutôt rempli ses fonctions jusqu'ici. En se basant sur un nombre considérable de données, il permet de localiser les endroits les plus criminogènes d'un espace donné et d'y établir une "routine" pour les patrouilles afin d'intervenir le plus rapidement possible. En joignant les heures, les types de délinquance (aggression, cambriolages...) et les profils des déliquants, on arrive ainsi à obtenir une prédiction "relative"  maximisant la rapidité d'intervention des forces de police. La baisse de la délinquance constatée dans les zones où il a été utilisé a permis un certain succès au logiciel, qui vient d'ailleurs d'être acheté par les britanniques pour le tester sur le territoire. Si ces méthodes sont encore balbutiantes, elles ne sont pas totalement inutiles pour autant. 

Sur quelles infractions ce type de prédiction est le plus efficace ?

Les cambriolages et agressions sont les moins difficiles à analyser pour un système automatisé. Ce type de prédation est facilement cartographiable et identifiable : pour voler un véhicule, il est fort probable que vous vous rendiez dans des lieux peu éclairés, avec peu de passage, et à des heures creuses. Idem pour les cambriolages qui sont souvent concentrés sur des quartiers et des horaires spécifiques. Il s'agit là encore une fois d'une optimisation des probabilités et non pas d'un don de voyance toutefois. 

Un autre logiciel dénommé "FAST" (Future Attribute Screening Technology ) prétend aller plus loin en affirmant qu'il permettrait de prédire "l'intention de faire du mal". Un tel projet est-elle sérieusement réalisable aujourd'hui ?

Le fait de prédire l'intention "malicieuse" est déjà une possibilité pour l'intelligence humaine. Un bon policier se distingue notamment par son "flair", sa capacité à deviner le potentiel criminogène d'un individu qui passe sous yeux. Le comportement, la démarche, le regard (ou même son absence) sont autant d'indices pour un bon "nez" capable de sentir un fait anormal. C'est notamment grâce à ce genre de qualité que l'on réalise un certain nombre d'interpellations en flagrant délit. 

Le programme FAST prétend quant à lui qu'il peut deviner une mauvaise intention grâce à des stigmates physiologiques révélateurs (rythme cardiaque, mouvement des yeux...), le tout à distance. Le problème est que la capacité d'analyse d'un être humain reste bien plus souple pour repérer le comportement suspect de certains délits (comme les pickpockets), et il est clair qu'un système automatisé ne pourra pas être aussi performant, au moins avant un certain temps. L'avantage des algorithmes est de pouvoir classer rapidement un important nombre de données peut-être un outil auxiliaire, mais pas encore un outil déterminant. 

Le P. Jeffrey Brantingham, participant au projet MaSC, estime que "le crime est juste un processus physique» aisément décortiquable. Que penser d'une approche aussi "rationnelle" ? N'oublie t-elle pas l'importance de la part psychologique ?

Cette vision colle assez bien à des délits comme les vols avec violences ou des "schémas" se retrouvent assez vite. Sur les crimes, l'aspect impulsif est important, et cela complique la tâche. En France, la majorité sont à caractère conjugal ou familial, ce qui les rend indétectables à l'avance. Idem pour les règlements de comptes du crime organisé qui sont par définition impossible à anticiper sans travail de renseignement humain. Comment un ordinateur pourrait-il deviner à l'avance les raisons qui pousserait un individu à se débarrasser d'un autre parce qu'il estime qu'il a dépassé les bornes ? Une approche général des phénomènes criminels ne saurait donc se limiter à l'analyse d'un "processus physique", même si cela a son utilité. 

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