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Radars : "La politique du tout répressif ne fonctionne plus"
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Feu vert !

Radars : "La politique du tout répressif ne fonctionne plus"

Délit de grande vitesse, sanctions aggravées en cas de conduite en état d'ivresse ou d'usage du téléphone au volant. Le gouvernement a annoncé ce mercredi une nouvelle série de mesures pour lutter contre l'insécurité routière et enrayer l'augmentation de la mortalité observée ces deniers mois. Pour l'avocat spécialisé dans la défense des droits des automobilistes, Éric de Caumont, le gouvernement fait fausse route.

Eric de Caumont

Eric de Caumont

Eric de Caumont est avocat spécialisé dans la défense des droits des automobilistes.

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Atlantico : Quelle est votre première réaction à la série de nouvelles mesures présentées ce mercredi par le gouvernement et destinées à lutter contre l'insécurité routière ?

Eric de Caumont : Les gouvernants n’ont toujours pas compris qu’ils manquent totalement d’imagination puisqu’après nous avoir vendu l’hyper-répression comme étant la panacée universelle depuis 8 ans, on constate aujourd’hui que cette politique ne fonctionne plus. Et plutôt que de se montrer ouverts, de réfléchir et d’explorer d’autres voies comme la formation, la prévention, l'éducation, l’amélioration des infrastructures, l’entretien des réseaux routiers, ou le renforcement de la sécurité des véhicules et des deux roues, les gouvernants persistent dans leur erreur. Dans leur logique, puisque la répression ne marche pas, il faut accroître la répression. Un raisonnement parfaitement intelligent.

Les mesures de prévention sont-elles plus efficaces que la répression ?

La preuve que oui puisqu’ils ont installé 1 000, 3 000 puis 5 000 radars - je ne sais pas où ils vont s’arrêter - et plus ils en mettent, plus les chiffres sont mauvais. Pourquoi le nombre de morts augmente-t-il depuis quelques mois ? La prévention, la formation et l’éducation ont été totalement abandonnées depuis des années en France et ce, parce que les hommes politiques ne sont intéressés que par deux choses : remplir les caisses de l’Etat et se faire réélire en allant dans le sens du poil de l’électeur majoritaire. Tant qu’ils sont convaincus que la majorité des Français veut plus de répression, les politiques font plus de répression et puis le jour où les Français en auront marre, ils arrêteront la répression. Leur objectif et leur principale préoccupation, c’est avant tout de se faire élire et non d’améliorer la sécurité sur les routes. Pour s’en convaincre, un simple exemple : les radars prennent désormais des photos de dos qui ne permettent plus d’identifier les conducteurs. Cela ne les intéresse pas d’identifier les coupables et de les punir, ils préfèrent être sûrs de pouvoir faire payer le propriétaire du véhicule.

La différence essentielle entre l’hyper-répression et les mesures alternatives de prévention est simple : la répression rapporte un maximum alors que les mesures de formation et d’éducation... coûtent un maximum. Ils ont fait le choix de l’argent depuis très longtemps. Ils ne veulent pas investir dans des mesures efficaces et productives à long terme et préfèrent choisir la répression à court terme pour essayer de faire rentrer un maximum d’argent sans en dépenser. Aujourd’hui, ils sont en train de se rendre compte de l'échec de leur politique, et malheureusement face à l'échec, ils persévèrent.

Ces nouvelles mesures sont-elles le résultat des pressions de certains lobbies ou des associations de victimes de la route ?

Une chose est sûre, le lobby de l’automobile n’existe pas : cela fait 30 ans que je le cherche et je ne l’ai toujours pas trouvé. En revanche, les associations de victimes sont, elles, très efficaces pour faire pression sur les pouvoirs publics. En tout cas, je ne voudrais pas être député UMP à l’heure qu’il est. Demandez aux députés de base, pas ceux des salons parisiens, leurs sentiments : ils n’en peuvent plus des électeurs qui leurs disent “Monsieur, je suis un bon citoyen, j’avais un emploi, j’ai une une femme, des enfants, des crédits, je n’ai jamais tué ni fait de mal à personne. Je n’ai pas mis ma ceinture deux fois de suite ou me suis fait prendre à deux reprises le téléphone à la main dans un embouteillage dans lequel j’étais arrêté et - à cause de ces nouvelles mesures décidées en comité interministériel - je me retrouve avec 6 points en moins sur mon permis, je suis au chômage et je viens de m’inscrire au Pôle Emploi. Vous faites quoi pour moi, Monsieur le député ?” Et à cela, ils ne savent pas quoi répondre.

S'agit-il selon vous d'une volonté de criminaliser les automobilistes ?

Oui, de culpabiliser et de criminaliser les automobilistes qui sont tout sauf des assassins. Le gouvernement est actuellement incapable de trouver une solution intelligente au problème de l'insécurité routière. La politique du tout répressif a montré ses limites, elle est en bout de course. Plutôt que de faire leur mea culpa, les politiques préfèrent rajouter une couche de répression. Ils sont bornés et scient tout simplement la branche sur laquelle ils sont assis.

Quelles sont les politiques appliquées à l'étranger en la matière ?

En Allemagne par exemple, la vitesse sur autoroute est libre, vous faites ce que vous voulez et il y a moins de morts. J’étais en Allemagne la semaine dernière et je roulais à 150 ou 180 km/h sans aucun problème, les gendarmes sourient, il n’y a pas d’agressivité, on ne supprime pas le permis des travailleurs et de ceux qui produisent de la richesse. Leurs gouvernants sont intelligents. Est-on obligé d’avoir en France des gouvernants, de droite comme de gauche, stupides et incapables d’ouvrir leur esprit à la recherche d’autres solutions ?

Pensez-vous qu'il existera des moyens juridiques pour contrer ou limiter les effets de ces nouvelles mesures ?

On peut espérer que quelques députés courageux attaqueront certaines de ces décisions. Mais comptez sur moi, comptez sur nous, les défenseurs des automobilistes, pour attaquer tout ce qui pourra être attaqué. Bien évidemment il faudra attendre au moins 6 mois ou la fin de l’année pour que la totalité des mesures soit appliquée, mais d’ici là, la contre-attaque s’organisera. 

En revanche, nous ne pourrons rien faire contre l'interdiction des avertisseurs de radars ou la suppression des panneaux indiquant la présence de radars sur le bord des routes, ce qui n’est pas forcément très gênant car dans tous les cas, les radars restent visibles sur tous les GPS. Mais peut-être le gouvernement envisage-t-il d’interdire les GPS ? On pourrait rigoler.

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