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Un homme assiste à une conférence de presse de la présidente de la Réserve fédérale américaine, de la Fed, Janet Yellen, à Washington, le 16 mars 2016.
Un homme assiste à une conférence de presse de la présidente de la Réserve fédérale américaine, de la Fed, Janet Yellen, à Washington, le 16 mars 2016.
©SAUL LOEB / AFP

Effets sur l'économie

Inflation : comment éviter erreurs de diagnostic et remèdes pire que le mal

Les membres de la réserve fédérale américaine entament ce mardi une réunion de deux jours dont il est largement attendu qu'ils augmentent les taux d'intérêt d'un demi-point de pourcentage - la plus importante hausse de taux depuis des années.

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Atlantico : Les membres de la réserve fédérale américaine entament ce mardi une réunion de deux jours dont il est largement attendu qu'ils augmentent les taux d'intérêt d'un demi-point de pourcentage - la plus importante hausse de taux depuis des années. Quelle est la logique derrière cette décision ? La logique de la Fed est-elle la bonne ?

Don Diego de la Vega : Il est vrai que cela fait longtemps que l’on n’a pas eu de hausse de 50 points de base, mais quand on en a deux de 25 points de base en trois mois, cela revient au même. Mais cela n’a rien d’inédit. Toutefois, cette décision n’est pas le résultat d’une logique économique. Un banquier central doit se demander d’où vient l’inflation. Si elle est due à la demande, cela peut être lié à une politique monétaire trop longtemps accommodante qui a entraîné une surchauffe, mais ce n’est pas le cas actuellement. Il n’y a pas de surchauffe, le dernier trimestre a été négatif en termes de croissance. Il y a le plein emploi aux Etats-Unis, mais ce n’est pas motif de surchauffe (car la courbe de Philipps est morte même si on essaie de la faire revivre). Il a pu y avoir surchauffe en 2021, mais il n’y a pas de choc de demande important qui nécessiterait de relever les taux. Personne ne pense que l’économie va être en surchauffe en 2023, elle ne l’est déjà pas aujourd’hui. Donc ce que fait la FED, c’est essayer de lutter contre des chocs d’offres. Il y en a eu plusieurs, puissants, asymétriques. Mais, à ma connaissance, on n’a jamais vu une banque centrale réussir à calmer un choc d’offre par des hausses de taux. Ce qui a provoqué les chocs d’offre : la guerre en Ukraine, le Covid en Chine, etc. ce sont des choses sur lesquelles le banquier ne peut absolument pas avoir d’impact. C’est donc une décision politique. La Fed estime qu’elle ne peut pas ne pas agir quand l’inflation est à 10% aux Etats-Unis. Sans doute anticipent-ils aussi la chute prochaine de l’inflation qui leur permettra de dire qu’ils ont eu un effet. C’est pervers, dangereux et pas du tout apprécié des marchés. L’espoir dans les salles de marchés est que l’inflation se calme dans quelques mois et que par conséquent la Fed aille decrescendo et mette de l’eau dans son vin, sur la hausse des taux ou la normalisation de son bilan.

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Quelles pourraient être les conséquences d’une telle hausse des taux aux Etats-Unis ?  Est-ce que les Etats-Unis peuvent se le permettre ?

C’est un luxe qu’ils peuvent se permettre. Mais chaque hausse de taux est une balle dans le pied. Et plus ils le font, plus il y a de chance que cela suscite des réactions qui vont créer une régulation soit interne soit par la sphère politique ou les marchés. Le programme actuellement prévu par la Fed n’aurait de justification que si une très grosse surchauffe était prévue, ce qui n’est pas le cas. Il est sûr que la Fed finira par retourner sa veste à nouveau, mais la question est de savoir quand.

Pour les Américains, la hausse des taux de la Fed va affecter sur les taux à dix ans, qui vont eux même affecter les taux mortgage fixe à 30 ans. Cela va avoir un effet sur les mises en chantiers, les transactions, tout ce qui est lié aux crédits, etc. L’effet sur l’économie américaine ne va pas être terrible. Tout dépend de si la Fed fait machine arrière suffisamment tôt. Mais les Etats-Unis sont en train de se mettre dans une situation où le policy mix va être atroce : plus d’impulsion budgétaire. Les Américains vont souffrir, prendre des claques, mais à partir du moment où le chômage est bas, que les salaires sont convenables et que les effets richesse se sont cumulés depuis 12 ou 13 ans, c’est tolérable. Le gros de l’Amérique a les ressources pour résister. La situation est plus inquiétante pour l’Europe.

Quel impact aura cette décision de la Fed sur l’Europe ? A la fois directement et indirectement par son effet sur la BCE ?

Il y aura les deux, sur deux temporalités différentes. Il y aura un effet direct via le commerce international, les transferts de portefeuilles. Tout ralentissement américain se ressent en Europe. Mais c’est l’effet indirect qui est le plus inquiétant. Dans quelle mesure la BCE va-t-elle copier la Fed ? En créant l’euro, on avait juré que ce serait un moyen d’éviter de copier l’Amérique, mais dans les faits la BCE regarde beaucoup ce qui se fait outre-Atlantique. Certes l’euro baisse depuis un an, mais par rapport à une situation où il était extrêmement haut. Nous sommes dans une situation où la détente monétaire serait la bienvenue. Pour le moment, la BCE a été plutôt sage et elle n’a rien fait. C’est la bonne attitude à avoir. Malheureusement, on peut anticiper que cela ne va pas durer. On perçoit un changement de ton avec une imitation des arguments de la Fed. Sauf que si aux Etats-Unis, il y a un ou deux arguments en faveur d’une surchauffe temporaire, il n’y a absolument pas cela en zone euro. Contrairement aux Etats-Unis, la moindre hausse de taux va faire mal. D’autant que la BCE est très fixiste et elle met beaucoup plus de temps à retourner sa veste. Si elle fait une erreur, elle met beaucoup plus de temps à la corriger. Autre motif d’inquiétude, la BCE écoute plus les banques que les marchés. Or ces dernières sont plus favorables à une hausse des taux. L’Allemagne n’a pas connu de croissance de tout l’hiver 2021 et malgré tout c’est dans ce pays qu’on nous explique qu’il faut augmenter les taux. L’idéal serait donc de ne rien faire pendant encore quelques mois, mais je n’y crois pas. 

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