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Rengaine

Ils disent "ça apporte de l'eau au moulin du Front national". Mais d'où vient l’eau ?

On peut s'acharner à nier le réel. Mais le réel finit toujours par se venger !

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Marine Le Pen était en campagne pour les régionales dans une localité d’Île-de-France. Il y a dans cette petite ville une résidence hôtelière qui accueille des réfugiés et des migrants. Les habitants de la localité n’aiment pas trop. Pour la présidente du Front national il y a dans la résidence des clandestins qui reçoivent des cours d’islamisation.

Le journaliste qui couvrait le déplacement alla voir le gérant de la résidence (dont l’impartialité est bien sûr garantie) qui lui indiqua que Marine Le Pen avait tout faux, que ceux qu’il hébergeait étaient en règle et tout et tout... Il n’empêche, lâcha le journaliste au micro de sa radio, cette résidence « apporte de l’eau au moulin du Front national ».

Combien de fois ne l’avons-nous pas entendue cette phrase-là ? C’est la rengaine préférée des intellocrates, de beaucoup d’hommes politiques et des importants des médias. Elle est la gousse d’ail qu’on brandit face au vampire pour l’obliger à battre en retraite. Elle est l’eau bénite et le crucifix qu’on mobilise pour écarter Satan ou pour purifier un lieu profané.

Ça agit à la façon d’un exorcisme. On exorcise sa propre peur et en même temps on s’emploie à bâillonner les empêcheurs de bêtifier en rond, ce qui n’est pas négligeable. Finkielkraut « apporte de l’eau au moulin du Front national ». Houellebecq en apporte encore plus. Sans parler de Zemmour et autres Elisabeth Lévy.

Atlantico aussi « apporte de l’eau au moulin du Front national » quand le site met en lumière le drame d’Evry ou une jeune fille a été violée « parce que toutes les Françaises sont des putes ». Il en va de même avec tous ceux qui s’interrogent sur l’existence parmi nous des Merah, Kouachi, Coulibaly, Nemmouche, Sahli (celui qui a décapité son patron avec un sabre). Et que dire des tous ces porteurs d’eau qui dénoncent l’ensauvagement des banlieues ? Que d’eau apportée ! Un petit étang pour commencer, un océan pour finir. Et voilà pourquoi le moulin du FN tourne de mieux en mieux, de plus en plus vite. La faute à ceux qui disent des trucs qu’il ne faut pas dire, n’est-ce pas ?

On peut poser la question autrement. D’où vient l’eau ? Peut-être Merah, Kouachi, Coulibaly, Nemmouche et Sahli en apportent ? Peut-être que les djihadistes français qui partent pour la Syrie et l’Irak attirés par les vidéos sanglantes de Daech fournissent également quelques hectolitres de ce liquide envahissant ? Peut-être que les barbares des cités (au sens du Gang des barbares, les tortionnaires d’Ilan Halimi) alimentent copieusement eux aussi « le moulin du Front national » ?

On pourrait aussi penser, et en tout cas on est en droit de la faire, que les hommes politiques de tous bords qui achètent des voix et un peu de tranquillité aux prédicateurs islamistes ne sont pas pour rien dans cette arrivée d’eau. Il faut lire à ce propos l’interview décapante de Cécile Pina, élue PS du Val d’Oise (oui PS!), qui explique comment le maire de Pontoise (de droite) et le député (de gauche) de la circonscription s’arrangent avec les imams du coin. Pontoise, personne ne l’a oublié, c’est la ville où s’est tenu un très intéressant Salon de la femme musulmane.

Vous trouvez que ça fait déjà beaucoup d’eau ? Eh bien en voici encore ! La première séquence c’est « migrants, mon amour ». Bouleversés par une photo, Hollande, Valls et les autres dégoulinent de bonté : on veut des migrants, on aime les migrants, vive les migrants ! Puis la deuxième séquence, une fois les larmes d’émotion essuyées, c’est « migrants un peu et surtout le moins possible ». Confronté au terrifiants pépins de la réalité, Valls annonce que nous envisageons nous aussi de fermer nos frontières. C’est ce que réclame Marine Le Pen. Et ce n’est pas mauvais du tout pour son moulin.

L’auteur de ces lignes a parfaitement conscience que, selon les psalmodies répétitives d’exorcistes bêtes et bornés, lui aussi « apporte de l’eau au moulin du Front national ». Mais comme il a mauvais caractère, il aurait tendance à penser que ceux qui apportent le plus d’eau à ce moulin sont précisément ceux qui se shootent en répétant toujours la même phrase : « ça apporte de l’eau au moulin du Front national ».

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