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Le Cycle d'Hercule, de Guido Reni.
Le Cycle d'Hercule, de Guido Reni.
©atlas.over-blog.org

Seconds couteaux

Il n’y a pas que la Joconde… les trésors cachés du Louvre que (presque) personne ne va jamais voir

La Joconde, Le Sacre de Napoléon, La Vénus de Milo... Toutes ces œuvres valent bien entendu le détour, mais le Louvre cache de nombreuses autres merveilles insoupçonnées par la plupart des touristes.

Pascal Torres

Pascal Torres

Pascal Torres est conservateur du patrimoine et historien de l'art français. Il a notamment publié Les Secrets du Louvre aux Editions La Librairie Vuibert.

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Le Temps soustrait la Vérité aux atteintes de l'Envie et de la Discorde - Nicolas Poussin

En recherchant au Louvre quelques œuvres extraordinaires que le public regarde rarement, je m’arrêtai devant une grande composition autrefois peinte par Nicolas Poussin. J’y observai deux personnages : l’Envie et la Discorde. La première arme sa dague impuissante. Elle tient un flambeau dont la flamme plie sous le mouvement du Temps dont elle observe l’ascension. La seconde, les cheveux coiffés de serpents retenant leur venin, détourne son regard dans un rictus amer. Ce sont les deux ennemis de la Vérité, divinité que le Temps enlève, loin du règne des mortels. Son titre : Le Temps soustrait la Vérité aux atteintes de l’Envie et de la Discorde. De quelle Vérité s’agit-il en fait ? Nicolas Poussin peignit cette allégorie pour le plafond du Grand Cabinet du palais du Cardinal de Richelieu en 1641. La peinture devient une confession posthume de l’homme d’État, sur le rôle politique qu’il joua dans le redressement de la monarchie en France, et, sans doute encore, sur sa vision autoritaire du pouvoir qui ne ménagea jamais ses ennemis.

Le Cycle d'Hercule - Guido Reni

Je poursuivais ma promenade, à travers les signes de la royauté déchue. Je m’arrêtai devant quatre chefs-d’œuvre de Guido Reni (l’artiste bolonais que le public français classique surnomma "le Guide"). Elles illustrent la mort du héros grec, résument dans leur concision narrative toute l’importance symbolique du choix d’Hercule par l’Europe princière baroque. Ces peintures illustrent comment Hercule, mi-homme, mi-dieu, fut divinisé après sa mort par Jupiter. Guido Reni puisa son inspiration dans Les Métamorphoses d’Ovide. Il peignit ce cycle pour Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue, de 1617 à 1621. L’histoire des peintures de Guido Reni rappelle combien l’engouement des princes de l’Europe pour Hercule était à prendre très au sérieux. La maison ducale de Mantoue s’était réclamée de la descendance d’Hercule. Et le plus beau symbole de cette ascendance divine résidait avant tout dans la nature divine du héros grec dont l’apothéose (sa divinisation post-mortem)avait de quoi flatter les princes.

Les célèbres tableaux du cycle d’Hercule ne demeurèrent pas très longtemps à Mantoue. Un an après la mort de Ferdinand de Gonzague, dès l’été 1627, son successeur Vincent II, pour solder les problèmes financiers du duché que la collectionnite aiguë et le règne fastueux de Ferdinand avaient mené à la faillite, vendait la collection des tableaux de la couronne ducale au marchand Daniel Nijs, intermédiaire du roi Charles Ier d’Angleterre. Le cycle d’Hercule demeurait un peu plus de vingt ans à Londres. Ici encore, ce n’était pas seulement la beauté des peintures du Guide qui attirait la convoitise de Charles Ier d’Angleterre, mais bien leur langage allégorique. Lors de la révolution anglaise, dirigée par Cromwell, Charles Ier fut décapité et les tableaux furent vendus par la République anglaise au banquier allemand EverhardJabach qui les céda à Louis XIV qui lesplaça dans la salle du Trône de Versailles – le salon d’Apollon. Les tableaux y demeurèrent jusqu’à la Révolution. Ils quittèrent le château de Versailles sous la première République, lorsque, un an jour pour jour après la déchéance de Louis XVI, le musée du Louvre fut officiellement inauguré le 10 août 1793.

Le plafond de Georges Braque

Parmi les souvenirs royaux du Palais du Louvre, une salle royale abrite trois chefs-d’œuvre inattendus de Georges Braque. En 1952, Georges Salles, alors directeur du musée du Louvre et ami d’André Malraux, avait sollicité Georges Braque pour la réalisation de trois peintures destinées au plafond de la salle Henri-II du palais.

En 1952, le plafond de bois sculpté et doré de la salle Henri-II au Louvre, réalisé en 1557 par le sculpteur ornemaniste Francisque Scibec de Carpi, comportait trois ouvertures béantes où l’on avait installé, en 1821-1822, des compositions du peintre Merry-Joseph Blondel qui avaient été déposées en 1938. La salle Henri-II était constituée par la réunion de l’ancienne antichambre et de la garde-robe du roi au palais du Louvre dont Pierre Lescot, architecte de la Renaissance, avait conçu la première disposition qui fut remaniée ultérieurement par Le Vau sur ordre de Louis XIV. La salle avait également accueilli, sous l’Ancien Régime, l’Académie royale des sciences.

Le 23 avril 1953, les peintures de Braque étaient installés dans les boiseries restaurées. Dans l’ouverture centrale, rectangulaire, planent désormais deux immenses oiseaux noirs, cernés de blanc, sur l’azur où percent trois étoiles et un astre. Sur les deux compositions latérales, les oiseaux poursuivent leur vol à l’oblique du trésor de Boscoreale, chef-d’œuvre de l’argenterie pompéienne. C’est à cette œuvre de Braque que Malraux rendait hommage dans son éloge funèbre puisque les funérailles du peintre eurent lieu au Palais du Louvre le 3 septembre 1963 en disant que "Braque est aussi légitime chez lui au Louvre, que l’ange de Reims dans sa cathédrale". Le ministre avait déjà songé à commander à Marc Chagall le plafond de l’Opéra du palais Garnier – extension naturelle de l’art contemporain dans les décors classiques des palais nationaux que lui avait inspiré l’audace de la commande de Georges Salles.

Le musée et le palais du Louvre regorgent ainsi de ces œuvres exceptionnelles que le public, courant de la Joconde à la Vénus de Milo, de la Victoire de Samothrace à la Liberté guidant le Peuple de Delacroix, croise bien souvent sans y jeter un seul regard. Il faut parcourir le palais, comme une demeure royale, devenue temple républicain du beau. Alors le temps, à l’œuvre dans la grande allégorie de Nicolas Poussin révèlera au regard la vérité des œuvres.

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