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Hollande-Mélenchon au coude à coude dans les sondages : la gauche protestataire peut-elle vraiment dépasser celle de gouvernement ?
©Reuters / Charles Platiau

Remake de 1969 ?

Hollande-Mélenchon au coude à coude dans les sondages : la gauche protestataire peut-elle vraiment dépasser celle de gouvernement ?

François Hollande serait-il en passe de devenir le Gaston Defferre de 1969 ? Le dernier sondage TNS Sofres (pour LCI-RTL-Le Figaro) le donne à un tout petit point de Jean-Luc Mélenchon. L'ombre de l'éclatement de la gauche plane décidément sur cette campagne présidentielle...

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Selon le dernier sondage TNS Sofres (pour LCI-RTL-Le Figaro), si les candidats aux présidentielles étaient Alain Juppé pour la droite et François Hollande pour la gauche, les résultats donneraient Alain Juppé premeir avec 35% (le dernier sondage TNS Sofres le donnait à 31%), suivi de Marine Le Pen à 26%, puis de François Hollande (13%) et Mélenchon (12%). Alors qu'il est quasiment au même score que son opposant sur son aile gauche, François Hollande doit-il avoir peur de Mélenchon ?

Jean Petaux : Incontestablement ! Même si l’on doit, une fois encore souligner que les sondages à 12 mois du scrutin présidentiel doivent être pris avec toutes les précautions d’usage.  L’information principale qui ressort de ce dernier sondage n’est pas celle qui montre un François Hollande à 13% des intentions de vote mais plutôt celle qui confirme que Jean-Luc Mélenchon n’est pas plus haut que les 12% qui lui sont accordés depuis plusieurs semaines désormais. En 2012, au premier tour de la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a obtenu 11,10% des suffrages exprimés après avoir, à plusieurs reprises,  été estimé dans les sondages aux environs de 14%. La progression de Mélenchon, malgré la chute de François Hollande de 15 points entre son véritable score au premier tour de 2012 (28,63%) et le sondage TNS Sofres-Le Figaro, n’existe pas ou est quasi-inexistante. Pratiquement, le score estimé de Mélenchon relève sans doute du principe des "vases communicants". Ce qu’il perd de l’électorat communiste qui ne veut plus voter pour lui, estimant qu’il mène une aventure personnelle et que son refus de la primaire à gauche signe son ambition individuelle, il le retrouve sans doute pour partie dans un électorat socialiste proche des "frondeurs". Mais, au bout du compte, Mélenchon semble "scotché" aux 12% … Pour autant si François Hollande est devancé par Jean-Luc Mélenchon dans les sondages à venir cet "événement" pourrait réellement marquer la très grande désaffection dont il est l’objet dans l’opinion socialiste. François Hollande ne sera pas entamé par cet éventuel dépassement (en tous les cas il est suffisamment "résilient" pour n’en rien laisser paraître publiquement) mais l’effet ne pourra être que désastreux auprès du dernier carré des fidèles qui auront de plus en plus le sentiment d’appartenir à la catégorie des "grognards napoléoniens", soldats de la Garde, destinés à mourir au lieu de se rendre… Comportement que n’ont d’ailleurs pas actuellement quelques conseillers techniques élyséens, qui eux, en bons opportunistes et connaisseurs du monde des affaires, se dépêchent de se recaser avant l’été, dans de jolies thébaïdes financières pleines de "golden hello" et autres "parachutes dorés"…

La gauche serait alors à 25% (hors autres candidats) : l'affaiblissement de la gauche est-il si important aujourd'hui ?

Le score total de la gauche n’est pas essentiel si elle est particulièrement divisée. Mais il est vrai qu’avec 25% (addition des scores estimés de Hollande et de Mélenchon) elle serait à un niveau très faible comparable à ce qu’elle a enregistré au 1er tour de la présidentielle de 1969, qui a suivi la démission du général de Gaulle. Le 1er juin 1969, au soir du premier tour, la droite et le centre, avec leurs deux candidats Pompidou et Poher, obtiennent près de 68% des suffrages exprimés. La "gauche de gouvernement" est divisée en trois. Le candidat communiste, Jacques Duclos (vieux stalinien qui a tout connu des tours et détours du PCF, y compris pendant la Seconde guerre mondiale mais qui est doté d’un formidable accent de rad’soc’ du sud-ouest) obtient 21,27% des suffrages exprimés. Le candidat socialiste SFIO, Gaston Defferre (dans un improbable "ticket" avec Pierre Mendes-France) dépasse tout juste le seuil du "remboursement de campagne avec 5,01% des voix et le candidat PSU (extrême-gauche autogestionnaire), Michel Rocard, réussit à obtenir 3,61% des suffrages exprimés soit plus de 800.000 voix. Le total des voix de gauche ne dépassait pas les 30%  des SE à la présidentielle de 1969 quand il a été supérieur à 41%  au premier tour de celle de 2012 (en ajoutant aux scores de Hollande et Mélenchon les maigres 2,31% de la candidat écologiste Eva Joly). La situation estimée aujourd’hui est donc la pire imaginable pour la gauche. À l’évidence, à un an de la présidentielle, la gauche est explosée entre abstentionnistes,  le vote Juppé, le vote Mélenchon et, minoritaires à gauche, les derniers soutiens de François Hollande.

Le PS, devant de tels chiffres va-t-il pousser François Hollande à se désengager ?

Que peut faire le PS ? Tout juste compter les points du désastre électoral qui risque de se confirmer en misant tout sur l’optimisme irréfragable du président de la République. La seule stratégie du PS et de son premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, est de ne rien faire qui pourrait accélérer la "descente aux enfers". Le PS, aujourd’hui, c’est Pierre Richard face à Gérard Depardieu dans la scène culte des sables mouvants, dans le nom moins cultissime La Chèvre de Francis Veber. Richard : "Je m’enfonce". Depardieu : "Et vous vous enfoncez sans réagir ?". Richard : "Si je réagis je m’enfonce encore plus… C’est bien connu : faut pas se débattre dans les sables mouvants"

On voit mal comment le PS peut demander à François Hollande de se désengager de la présidentielle prochaine. D’abord parce que le chef de l’Etat a annoncé pour la première fois très clairement, jeudi dernier, au micro de France 2, qu’il rendra publique sa décision pour la prochaine échéance électorale "à la fin de l’année" et que d’ici là rien ne peut être tranché. Il l’a fait avec une rapidité dans la réponse à la question qui n’a pas été suffisamment notée par les observateurs… Comme si cette date était totalement inscrite dans son esprit, après y avoir très longuement et mûrement pensé. La spontanéité de la réponse a révélé une longue préparation manifeste. Comment voulez-vous, dans ce contexte et dans cette configuration, que François Hollande obtempère en quoi que ce soit aux "injonctions" d’un parti "à la ramasse", dont le nombre d’adhérents est passé sans doute sous la barre des 100.000 et dont, rapporte-t-on, la réunions hebdomadaires du bureau national sont devenues aussi insupportables à vivre que celles organisées, à un autre rythme, chez "Les Républicains" ?

Si ce n'est pas le cas, peut-on imaginer une implosion au sein du parti socialiste, avec l'émergence d'un nouveau candidat (Montebourg, Hamon), ou assisterons nous plutôt un ralliement à Mélenchon de la gauche "traditionnelle" ?
 

Toutes les hypothèses sont possibles. L’exemple précédemment évoqué de 1969 ne permet pas une comparaison pertinente, puisque si l’on ajoute la candidature d’Alain Krivine pour l’extrême-gauche (il avait même fait la campagne télévisée en uniforme d’appelé puisque, sursitaire, il était sous les drapeaux pour cette première tentative élyséenne), seuls quatre candidats se sont présentés entre la gauche et l’extrême-gauche. La situation de 2002 est bien plus éclairante : aux 3 candidats trotskystes se sont ajoutés 5 candidats de gauche (Jospin, Chevènement, Mamère, Hue et Taubira). Les 4 derniers cités ont obtenu au total 16,27% des suffrages exprimés quand Lionel Jospin, troisième du premier tour, n’en recueillait à lui seul que 16,18%... soit 0,09% de moins que le total de ses 4 concurrents directs. La sanction fut sans appel : élimination directe du second tour. Le 21 avril 2002 est-il appelé à se reproduire en avril 2017 ? Quinze ans après, le "traumatisme" est-il encore dissuasif à gauche ? Pas certain du tout. Les ambitions des uns, les vanités des autres, les stratégies plus ou moins subtiles des troisièmes ajoutées à l’immense déception-désertion d’un électorat de gauche qui a voulu croire au changement en 2012 (sans l’enthousiasme et la ferveur qui furent ceux du 10 mai 1981, il faut quand même remettre les choses dans leur contexte et les pendules à l’heure) : tout cela peut concourir à une démultiplication des candidatures, à gauche, en 2017 garantissant à la droite républicaine un succès évident face à une Marine Le Pen qui réalisera, quand même, un score très élevé au second tour, du fait d’une abstention d’autant plus élevée que, comme en 1969, nombre d’électeurs de gauche considèreront que Marine Le Pen face à un candidat "Les Républicains" ce sera "Bonnet bleu et bleu bonnet"… Tout dépendra alors de qui sera le candidat de la droite républicaine sélectionné au second tour.

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