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Emmanuel Macron et Boris Johnson lors d'une cérémonIe à Londres, le 18 juin 2020.
Emmanuel Macron et Boris Johnson lors d'une cérémonIe à Londres, le 18 juin 2020.
©HANNAH MCKAY / PISCINE / AFP

Diplomatie

Gué-guerre avec le Royaume-Uni : l’heure d’une nouvelle entente cordiale commence à flotter dans les esprits outre-Manche

Selon la rédaction du journal The Times, une nouvelle entente cordiale pourrait s'instaurer entre le Royaume-Uni et la France. Face aux Etats-Unis, les discussions entre Boris Johnson et Emmanuel Macron peuvent-elles évoluer ?

Sophie Loussouarn

Sophie Loussouarn

Sophie Loussouarn est spécialiste de l’histoire politique et économique du Royaume-Uni et proche du monde politique anglo-saxon.

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Atlantico : Le journal Times se fait l’écho d’une volonté de nouer une nouvelle Entente cordiale entre le Royaume-Uni et la France. Que sait-on à l’heure actuelle de ces velléités ? Par quoi sont-elles motivées ?

Sophie Loussouarn : Il s’agit de renforcer l’accord de Lancaster House signé par David Cameron et Nicolas Sarkozy il y a 11 ans. Il semblerait que Boris Johnson veuille renforcer la coopération en matière nucléaire et la coopération militaire dans la zone indopacifique. C’est intéressant car la France et la Grande-Bretagne ont beaucoup en commun, ce sont deux pays qui appartiennent au Conseil de sécurité de l’ONU, sont des puissances nucléaires, etc. Ils ont scellé l’entente cordiale en 1904. On peut y voir une volonté de Boris Johnson de restaurer la relation entre la Grande-Bretagne et la France après les différents survenus, notamment depuis le G7 en Cornouailles où Emmanuel Macron avait déclaré que l’Irlande du Nord n’appartenait pas au Royaume-Uni. A la veille de la COP26, le président français avait aussi proposé des sanctions contre la Grande-Bretagne qui ne voulait pas accorder de licences de pêche aux français. Depuis, cela a été fait et les relations se sont un peu améliorées. En revanche, la question des migrants pose toujours problème. 24,500 migrants ont traversé la Manche dans des barques sans que des solutions soient trouvées.

A quel point la relation entre Boris Johnson et Emmanuel Macron, et entre la France et l’Angleterre s’est-elle envenimée ?

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Cette détérioration a été croissante à partir de la décision australienne de ne pas honorer son contrat de livraison des sous-marins, puis avec la question de la pêche et surtout avec la question du protocole d’Irlande du Nord. Le Brexit a en effet compliqué les échanges avec la République d’Irlande. Le négociateur en chef sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, David Frost, a notamment demandé la renégociation de cet accord. Il semble qu’une solution ait été trouvée qui puisse permettre d’éviter le déclenchement de l’article 16 de ce protocole qui le révoquerait. Cette volonté de coopération militaire est une manière de revenir sur le traité de l’AUKUS qui a beaucoup terni les relations et affaibli la confiance entre les deux pays.

Quelles étaient les relations entre la France et le Royaume-Uni pendant et après le Brexit ?

Avant le Brexit, les relations étaient dans l’ensemble bonnes. La coopération en matière militaire était très étroite. Elle n’a pas été remise en question par le Brexit mais plutôt par l’affaire du traité AUKUS ces dernières semaines. Mais globalement, les relations se sont détériorées depuis 2016. La France a voulu à tout prix défendre les valeurs européennes et éviter qu’un autre pays quitte l’Union. La politique de la France a ainsi visé à montrer qu’il valait mieux faire partie de l’UE que la quitter. Jusqu’au dernier moment, on ne savait pas s' il y aurait un accord ou non, alors même que l’absence d’accord aurait été un désastre pour les deux pays. Le gouvernement britannique a eu beaucoup de mal à s’entendre avec la France et les relations sont tendues et se sont fortement détériorées.

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La semaine dernière, la Secrétaire d'État à l'Intérieur, Priti Patel dénonçait les passeurs amenant les migrants illégaux venus de France. C’est le dernier événement en date et c’est assez surprenant de voir ces velléités du gouvernement britannique et de vouloir renforcer la coopération militaire entre la France et la Grande-Bretagne. 

Une nouvelle entente cordiale est-elle le seul moyen de renouer le lien entre les deux pays ?

L’Entente-Cordiale est importante pour les deux pays. Ce sont des pays qui ont un destin commun, qui sont d’anciens empires coloniaux et maintenant des puissances secondaires. Elles ne peuvent avoir un rôle sur la scène internationale sans coopération mutuelle et en matière militaire elle est fondamentale. Le Brexit a posé un problème car le Royaume-Uni était l’une des deux puissances nucléaires de l’Union-européenne. Le retrait du Royaume-Uni a affaibli l’U-E militairement. Une coopération bilatérale est donc fondamentale pour les deux parties. 

Le Royaume-Uni s’applique à lier des relations bilatérales avec de nombreux pays que ce soit l’Inde, l’Australie, le Canada ou la Nouvelle-Zélande afin de rejoindre la zone de coopération Trans-Pacifique. Mais il est important aussi que les relations entre la France et la Grande-Bretagne restent bonnes. 

L’élection présidentielle française approchant à grands pas, y a-t-il un candidat qui arrangerait le plus les Britanniques ? 

Les Britanniques ne veulent pas s’immiscer dans la politique française. On sait qu’ils ne veulent pas rencontrer ni Marine Le Pen ni Éric Zemmour. Je ne sais pas ce qu’ils penseraient d’une candidature Michel Barnier pour LR, mais ils le connaissent bien car ils ont négocié avec lui le Brexit. Ils pourront négocier avec Emmanuel Macron car Boris Johnson ils s’apprécient et se connaissent. Néanmoins je pense qu’il n’y a pas de candidat particulièrement souhaité. 

Face à un allié américain peu fiable, la relation entre les deux pays prend-elle une nouvelle ampleur ? 

Cette Entente Cordiale est fondamentale alors que l’on voit un président Biden affaibli qui se retire des relations internationales et de l’Union européenne. Il ne vise même plus la relation spéciale avec le Royaume-Uni. On s’attendait à ce qu’un accord bilatéral en matière de commerce soit scellé entre les deux pays, mais rien ne s’est fait malgré la visite de Biden au G7. Les dissensions sont grandes et nous sommes dans un monde fracturé où l’Entente Cordiale reprend son intérêt face à des Etats civilisations comme la Chine ou la Russie et où les États-Unis ne joue plus le rôle de gendarme du monde.  

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