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Pourquoi il ne faut pas imaginer que la Grèce se tirerait aussi bien d’une faillite que l’Argentine
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Faux jumeaux

Pourquoi il ne faut pas imaginer que la Grèce se tirerait aussi bien d’une faillite que l’Argentine

L'Argentine et la Grèce ont traversé à des moments clefs de leur histoire des crises financières et économiques d'une grande ampleur. Les Grecs ne pourraient-ils donc pas s'inspirer de l'exemple sud américain pour échapper au naufrage ? La comparaison est complexe, les deux pays ne bénéficiant pas des mêmes avantages géo-économiques.

Emilio Jover

Emilio Jover

*Franco-argentin, Emilio JOVER a fondé en 1994 la société iFi-LATINECO, cabinet d’intelligence économique spécialisé sur les marchés d’Amérique latine, éditeur du mensuel Amérique Latine-Marchés & Affaires.

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Lorsqu’un Argentin se promène dans le Péloponnèse, il va certainement remarquer que dans certains sites archéologiques il y a des eucalyptus, une espèce d’arbre extrêmement répandue en Argentine, très caractéristique de la campagne du pays de la Pampa. Voilà pour l’aspect anecdotique de la ressemblance entre la Grèce et l’Argentine, séparées par des milliers d’années d’histoire et de civilisation ainsi que par quelques 12 000km.

Cet écart culturel et géographique pourrait-il être réduit par un rapprochement des caractéristiques des crises respectives qu’on connu les deux pays ? Il est difficile de trouver des similitudes entre les deux situations. D’abord, la question chronologique : la crise argentine a explosé au cours des tous derniers jours de l’année 2001, l’onde de choc dévastatrice se propageant localement durant 2002 dans un environnement mondial plus favorable que l’actuel. La crise grecque, elle, est arrivée dix ans plus tard pendant une période où la planète économique et financière vivait dans la fébrilité.

Cependant, les origines des deux crises peuvent être rapprochées : l’Argentine avait alors décrété que son peso avait la même valeur que le dollar américain tandis que la Grèce a transformé sa drachme en un deutschemark lors de son entrée dans l’eurozone. Dans les deux cas, les deux monnaies étaient loin d’être le reflet d’une richesse économique qui le justifiât. Pour résumer simplement, on a donné aux Argentins le pouvoir d’achat d’un Américain et aux Grecs celui d’un Allemand. Mais les ressemblances s’arrêtent là.

En effet, l’Argentine figure parmi les plus grands producteurs et exportateurs mondiaux de denrées alimentaires face à une Grèce qui, pour aller rapidement, n’a pour avantages comparatifs que le tourisme et l’huile d’olive. Autre détail significatif, celui de l’environnement national : tandis que l’Argentine a pour voisins des pays partageant le même héritage linguistico-culturel qu’elle, le pays des Hellènes partage ses frontières avec des pays très différents d’elle sur ce point et, par-dessus le marché, connaît des tensions avec certains d’entre eux notamment la Turquie.

La Grèce n’est pas l’Argentine car ce dernier pays est maître de sa politique monétaire tandis que la première n’est plus souveraine sur ce point, eu égard à son appartenance à l’eurozone. Autre aspect : la Grèce, en tant que membre d’un puissant espace géoéconomique mondial lui assurant des aides structurelles, s’oppose à l’Argentine qui ne peut compter que sur ses propres deniers en cas de coup dur. De plus, le sauvetage grec requiert un volume colossal de fonds pour remettre à flot le pays : que n’aurait-on dit dans nos économies dites développées si le sauvetage argentin avait mobilisé de telles sommes issus de pays tiers ?

Pour trouver une sortie à sa crise, l’Argentine a dû renégocier sa dette auprès des bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque mondiale) et surtout auprès des détenteurs privés de titres publics. Mais cela s’est fait sans mettre en danger la survie d’une quelconque monnaie commune ou sans risquer de faire éclater une union de pays comme ce fut le cas avec la Grèce.

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