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Grande primaire des gauches et des écologistes : l’offensive qui pourrait bien se retourner à l’avantage de François Hollande
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François, c’est plus fort que toi

Grande primaire des gauches et des écologistes : l’offensive qui pourrait bien se retourner à l’avantage de François Hollande

Des dizaines de politiques et de représentants de la société civile ont réclamé ce lundi la mise en place d'une primaire élargie à gauche en vue de la présidentielle de 2017. Une situation délicate à gérer pour François Hollande, mais qui pourrait bien tourner à son avantage.

Jacques Julliard

Jacques Julliard

Jacques Julliard est journaliste, essayiste, historien de formation et ancien responsable syndical. Il est éditorialiste à Marianne, et l'auteur de "La Gauche et le peuple" aux éditions Flammarion.

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Atlantico : La tribune publiée dans Libération et appelant à une primaire élargie à gauche en vue de 2017 est davantage issu de la société civile que du monde politique, même si certains parlementaires sont signataires. Est-ce que François Hollande doit vraiment craindre cette forme de pression ?

Jacques Julliard : Pas du tout. En aucun cas. Je dirais le contraire, si cela émanait effectivement de la société civile. Mais on ne parle pas ici de société civile. Ce sont essentiellement des intellectuels dont le poids sur l'opinion est à peu près nul.

Cette proposition n'était pas forcément attendue par François Hollande, mais est-ce vraiment une mauvaise nouvelle pour lui ?

Joseph Macé-Scaron : Je ne sais pas si c'était inattendu pour François Hollande, mais c'était en tout cas quelque chose qu'il avait promis. Pendant la campagne présidentielle, en 2011, il avait été interrogé sur cette question. Lui Président, est-ce que la primaire élargie au-delà du seul Parti socialiste avait un sens ? Il avait très clairement répondu que oui. Ce n'est que depuis six, sept ou huit mois que son entourage, des ministres proches comme Stéphane Le Foll ou le cercle restreint des hollandistes disent qu'un Président sortant ne peut pas passer par la case primaire. On peut comprendre que cette question ait été écartée quand la primaire était encore lointaine. Mais maintenant qu'on se rapproche de l'élection présidentielle, et qu'en plus de cela il y a également la primaire chez Les Républicains, il paraît de plus en plus difficile et intenable, en-dehors de toute position présidentielle, de ne pas organiser cette primaire.

Est-ce un avantage ou pas pour François Hollande ? Tout dépend évidemment le sens que l'on donne à cette primaire. Oui, si c'est une primaire totalement élargie et que toutes les familles de la gauche y participent. Mais parle-t-on de la gauche de gouvernement ou de la gauche alternative ? Cette question n'a pas encore été tranchée. Et si on parle de la gauche alternative, est-ce que les Verts y sont inclus ? Il y a une partition chez eux. Si c'est la gauche de gouvernement qui y participe, le Parti socialiste dispose d'une majorité écrasante, avec des partis satellites autour (radicaux de gauche, MRC, Front démocrate et écologistes emmenés par François de Rugy et Jean-Vincent Placé) qui sont davantage des formations d'appoint que des formations centrales. Pour l'instant, nous ne sommes pas vraiment dans une situation de gauche plurielle. La gauche plurielle, c'est un Parti socialiste fort mais accompagné de forces politiques fortes. Or, en ce moment nous sommes plus dans la gauche "plus rien" que dans la gauche plurielle. Si François Hollande se présentait dans le cadre de cet extrême morcellement avec le soutien d'une grande partie des sympathisants socialistes, c'est quelque chose qui, loin de l'handicaper, peut l'aider à redonner un élan et un coup de fouet à sa candidature.

Du point de vue de la légitimité, François Hollande a donc tout intérêt à accepter une telle primaire ?

Joseph Macé-Scaron : À partir du moment où vous avez perdu toutes les élections intermédiaires, où vous avez refusé d'avoir recours au référendum contrairement à ce que vous aviez promis, où vous êtes contesté jusque dans votre propre camp sur des choix importants comme celui sur la déchéance de nationalité, il est normal de penser à un ressourcement. Il y a nécessité de retrouver une légitimité, non pas pour terminer son mandat puisqu'il a été légitimement élu pour cinq ans, mais pour présenter une nouvelle candidature. Et il n'y a que les primaires qui peuvent lui donner cette légitimité-là.

En cas de primaire élargie, quelle serait la plus grande menace pour lui ? L'aile gauche du PS ? Les Verts ? Le Front de gauche ?

Joseph Macé-Scaron : Dans le cas de figure où cette élection avait lieu, son premier adversaire serait lui-même. C'est une situation qui est extrêmement difficile à gérer. Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing n'y sont d'ailleurs pas parvenus. Dans nos institutions, vous ne pouvez pas être Président et candidat. Vous êtes forcément dans une situation de schizophrénie politique. Par exemple, lorsque le CSA devra faire la répartition des temps de paroles des candidats, comment s'y prendra-t-il ? Nous avons déjà vu toutes les difficultés du temps de Nicolas Sarkozy. La situation était très différente pour François Mitterrand. Celui-ci connaissait très bien les institutions pour les avoir combattues, et estimait que l'élection présidentielle était d'abord un rapport entre un homme et les Français. Il ne pouvait pas être contesté puisqu'il sortait d'une cohabitation lors de laquelle il a incarné à la fois le Président de la République et l'opposition ! Même chose pour Jacques Chirac en 2002, par ailleurs.

Quelqu'un comme Jean-Luc Mélenchon peut-il participer à cette primaire ?

Joseph Macé-Scaron : Honnêtement, non je ne pense pas. Pour lui, il est clair qu'il se situe dans l'opposition au quinquennat qui est en train de se dérouler. Cela n'a pas grand sens pour lui, cela relève plus des manœuvres d'appareil. Pas simplement Jean-Luc Mélenchon, mais tout candidat qui pourrait être issu du Front de gauche, si tant est que le Front de gauche existe encore. Et je rappelle que c'est aussi quelque chose de difficile et délicat pour une fraction des Verts. Aujourd'hui, personne ne sait si Cécile Duflot pourrait se sentir engagée par cette primaire.

Au-delà du caractère opportun ou non pour François Hollande de saisir cette occasion, est-ce que cette primaire a des chances de voir le jour, alors que Jean-Christophe Cambadélis lui-même l'a jugée "peu probable" ? Quel est l'intérêt pour les partis politiques de gauche autres que le PS d'y participer ?

Jacques Julliard : Une telle primaire n'est possible que s'il y a un minimum d'accord possible entre les deux principaux candidats de la gauche si l'on se réfère à la dernière présidentielle, à savoir François Hollande et Jean-Luc Mélenchon. Le reste n'est pas très important : Cécile Duflot est crédité de 3%, le reste existe encore moins. Lancer cette idée sans s'assurer que la règle du jeu est acceptable pour Hollande et Mélenchon n'a aucune portée. Ni l'un ni l'autre n'acceptera de ce débat car ils ont des positions beaucoup trop opposées. Le principal opposant à François Hollande aujourd'hui n'est ni Sarkozy ni Juppé, c'est Jean-Luc Mélenchon. Je ne vois pas bien comment cette primaire pourrait se tenir. Toutes les primaires qui ont eu lieu étaient des primaires organisées à l'intérieur d'un parti, avec des gens qui éditaient des règles du jeu communes. C'est un texte plein d'idées qui, par ailleurs, attaquent violemment François Hollande. La tenue de cette primaire est très improbable car les principaux intéressés ne me paraissent pas de nature à accepter la règle du jeu.

Joseph Macé-Scaron : Les leaders de ces partis ont tout intérêt à y participer, pour se faire connaître. Je vais parler d'une manière très directe, mais pour eux c'est la présidentielle du pauvre ! Pour leurs formations, ce n'est pas si important, mais pour eux... Ils ont un intérêt évident. Ils vont même y courir, ce seront les premiers à y aller ! Ils n'auront jamais les 500 signatures pour faire cavalier seul. Une campagne est coûteuse si vous ne faites pas un score de 5%... C'est pour cela que vous pouvez très bien imaginer une primaire avec François Hollande, Christiane Taubira, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Martine Aubry, peut-être Manuel Valls, pourquoi pas Emmanuel Macron... Regardez Jean-Michel Baylet. Il est allé au bout de la dernière primaire, pour faire finalement un score très faible... C'est une aubaine énorme pour eux, ils seront tous pour. C'est d'ailleurs là où le Parti socialiste peut rencontrer des échos favorables à cette proposition. Et Jean-Christophe Cambadélis le sait très bien.

Alors que le risque d'une élimination dès le premier tour de la présidentielle de 2017 est réel pour le PS, un rassemblement de la gauche est-il indispensable pour François Hollande aujourd'hui ?

Joseph Macé-Scaron : Je pense très franchement que cela ne changera rien. Ce sont des calculs d'apothicaire. Même s'il y a l'alliance la plus large qui soit, si la gauche de gouvernement part sans projet clair, en cabotage politique et électoral permanent et sans aucune clarté dans les lignes, que se passera-t-il ? Il se passera que, mathématiquement, celui qui aura les idées claires soit à la gauche du PS soit à sa droite, mettra à mal cette gauche de gouvernement. Ce qui risque de se passer, c'est que sans clarté politique, le candidat désigné sera plus dans le score d'un Gaston Defferre que dans celui d'un François Mitterrand...

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