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Google pourrait bien devenir le meilleur outil de la police.
Google pourrait bien devenir le meilleur outil de la police.
©Reuters

Big Brother

Google est-il le meilleur auxiliaire de police au monde ?

Rien n'échappe au grand œil d'Internet, toutes nos activités en ligne laissent des traces et Google pourrait ainsi devenir le meilleur outil de la police.

Michel Nesterenko et Pascal Perri

Michel Nesterenko et Pascal Perri

Michel Nesterenko est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, Michel Nesterenko devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

Pascal Perri est économiste.

Spécialiste de la concurrence et des prix, il dirige PNC, un cabinet de conseil en stratégie low cost. Consultant économique pour RMC sport, il est aussi commentateur régulier du grand journal de l’économie sur BFM.

Il a publié notamment SNCF : un scandale français (Eyrolles, 2009) et Ne tirez pas sur le foot - Contre les idées reçues (JC Lattès, 2011) mais aussi Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien aux éditions JC Lattès.

Il a récemment publié une étude de marché intitulé "Réussir sa stratégie low cost" avec Les Echos études et Eurostaf.

 

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Atlantico : Deux cas de vols de tableaux ont récemment été élucidés outre-Atlantique grâce à une analyse scrupuleuse des recherches de mots-clés. Peut-on dire que le géant du web est en train de devenir, de par sa structure, une aide incontournable pour les enquêteurs de police ?

Michel Nesterenko : Le moteur de recherche a changé la vie des internautes, des entreprises et a eu un effet positif sur l'économie. Le moteur de recherche permet de trouver des produits ou des informations à des prix compétitifs. Pour les entreprises, il permet de trouver de nouveaux fournisseurs et clients de même que d'identifier facilement toutes sortes de tentatives de fraudes. Google est ainsi devenu un outil incontournable pour le bon fonctionnement de l'économie. La police a toujours eu recours à la collecte d'informations privées pour identifier les criminels. Traditionnellement les informations collectées par la police provenaient principalement d'informateurs qui pouvaient être douteux. Google permet à la police de fonctionner beaucoup plus vite et à un coût pratiquement nul et une qualité de données raisonnable.

Le moteur de recherche est aussi largement utilisé par les voleurs, criminels et terroristes pour faciliter vols, chantages kidnappings, attentats et divers crimes.

Pascal Perri : Les services d’enquêtes américains ont un accès direct et permanent aux bases de données sur Internet, notamment aux états de recherche sur Google. A la différence de Twitter qui est un flux, Google est un stock de données. Les éléments d’information fournis, comme les itinéraires de recherche, ne disparaissent pas. Ils sont consignés, souvent triés et revendus à des marchands. On peut imaginer que les forces de police en fassent usage. Chaque jour, des millions d’internautes alimentent eux-mêmes les bases de données des géants de l’Internet. On y retrouve la mémoire ancienne et la mémoire instantanée de notre monde. En juxtaposant des mots clés dans le cadre d’une enquête policière, on peut resserrer le spectre des investigations. En réalité, rien n’échappe plus au grand œil d’Internet. Nous laissons tous une empreinte numérique en navigant sur Internet. Les terroristes d’Al Quaeda avaient compris les premiers que pour être invisible, il suffisait de n’utiliser aucun instrument de télécommunication. Sans téléphone portable et sans connexion Internet, on est porté disparu. A Los Angeles, la police a recours à la traque numérique pour anticiper des mouvements violents ou des émeutes sociales dans les quartiers présumés sensibles. Le monde est devenu transparent. Certains aspects de cette surveillance pro active font penser au film de Spielberg, Minority Report dans lequel une agence gouvernementale a vocation à intervenir avant même que les crimes ne soient commis.

Quelle est la position de la firme quant à ce rôle d'informateur ? Est-elle prête à coopérer d'avantage ?

Michel Nesterenko :  Google cherche a naviguer tant bien que mal dans cet océan parsemé de récifs. Google ne cherche pas a coopérer de manière active avec les autorités mais Google se doit de suivre les lois applicables dans les différents pays. Des lois parfois contradictoires. Google cherche par tous les moyens a protéger ses clients des demandes étatiques excessives. La résistance de Google aux demandes du gouvernement chinois a fait la une de la presse a plusieurs reprises, et un compromis a été trouvé. Aux USA Google n'a pas eu à contrer les demandes officielles car ces dernières avaient souvent force de loi. Mise en cause pour des prises de photos qui étaient embarrassantes pour certains citoyens lors de la publication sur Google Map, Google a fait marche arrière sans trop de difficultés.

Pascal Perri :On peine à identifier les intentions véritables des dirigeants de Google. Ils rappellent régulièrement que leur politique se résume dans une formule simple : don’t be evil. Ne soyons pas méchant. Je suis tout prêt à le croire, mais à mon tour de souligner qu’une partie du capital de l’entreprise est flottant et que mis entre de mauvaises mains, la force de frappe de Google serait potentiellement dévastatrice pour les démocraties. L’information est une matière première sensible. Dans le bureau ovale du président américain, il y a deux boutons : un pour la force de frappe nucléaire, un autre pour suspendre sans délai l’activité d’Internet. Nous sommes au tout début du processus de compréhension des potentiels de la toile. Pour répondre à votre question, je ne suis pas sûr que les dirigeants de Google aient l’intention de prêter leur concours à la police, mais si les intérêts fondamentaux (y compris économiques) des Etats Unis étaient en jeu, ils se rappelleraient qu’ils sont d’abord américains.

Les services gouvernementaux américains (SEC) se sont spécialisés depuis plusieurs années dans la collecte de données sur Internet. Qu'en est-il en France ?

Michel Nesterenko :  Le gouvernement américain a effectivement démontré l'efficacité redoutable du recoupement des données des multiples moteurs de recherche pour identifier et contrôler les petits criminels et les opposants politiques, tout cela sans aucune supervision judiciaire. Pire, les divers services secrets américains ont lancé une offensive planétaire pour traquer la totalité des transactions financières planétaires impliquant non seulement le territoire américain mais aussi tout individu communiquant avec un Américain. Les autorités américaines utilisent le chantage contre les grandes banques étrangères pour transmettre la copie de la totalité des activités des comptes de leurs clients. Les récalcitrants seront interdits d'accès au marché américain. Pour ne pas être en reste, certaines autorités fiscales européennes emboîtent le pas.

Pascal Perri : En France, nous sommes encore comme des vierges effarouchées devant les périls du vice. A chaque fois que la police a voulu se doter d’outils informatiques de collectes de données sur les personnes, pour être plus efficace dans la prévention du crime, une partie de la classe politique s’est levée pour dire que c’était une violation des libertés fondamentales.En particulier les élus de gauche. Il suffisait de prononcer l’expression fichier policier pour que de beaux esprits viennent brandir la menace de big brother. Aujourd’hui, nous avons en face de nous une entreprise mondiale, Google, qui collecte impunément des données sur les goûts, sur les habitudes des personnes privées et qui les revend et je n’entends personne protester.

Google est-elle la seule plateforme concernée ? Qu'en est-il des réseaux sociaux ?

Michel Nesterenko :  Google est un outil de recherche gratuit et intéressant mais très limité. Les banques de données et moteurs de recherche de Factiva et LexisNexis sont payantes et largement supérieures en terme de qualité et quantité de l'information. Ce type de données sont recherchées par les entreprises pour espionner leurs concurrents.

Dans un registre analogue, les réseaux sociaux permettent d'améliorer la compréhension des données mais sont plutôt d'une utilité limité pour faire des recherches. Les réseaux sociaux sont donc surtout un outil de deuxième niveau. Pour combattre la criminalité les pouvoirs publics utilisent aussi ce même outil de recherche

Pascal Perri :"Face book" porte bien son nom. On y montre son visage. Ce pourrait être le service mondial de reconnaissance faciale le plus universel. Je suis d’ailleurs frappé par l’utilisation que certains jeunes en font. Ils donnent eux même des indications sur leur localisation, sur leurs activités en temps réel, sur leur réseau de relations. Personne ne leur force la main. Ils donnent eux même les clés. J’ai des enfants et des adolescents et je leur rappelle régulièrement que toute trace, toute photo laissées sur Facebook ou sur un autre réseau social aura une durée de vie supérieure à celle des déchets nucléaires…À bon entendeur…

Propos recueillis par Théophile Sourdille

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