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Le président UMP de la commission des finances de l'Assemblée présente un état des lieux précis de la situation des finances publiques.
Le président UMP de la commission des finances de l'Assemblée présente un état des lieux précis de la situation des finances publiques.
©Reuters

Là où ça fait mal

Gilles Carrez : "en s'entêtant à refuser la transparence sur les comptes publics, le gouvernement prend des risques sur le financement du déficit"

Le président UMP de la commission des finances de l'Assemblée présente un état des lieux précis de la situation des finances publiques. Un texte que Pierre Moscovici a qualifié de "mensonge".

Gilles Carrez

Gilles Carrez

Gilles Carrez est Président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale.

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Atlantico : Vous présentez aujourd’hui à l'Assemblée un état des lieux précis de la situation des finances publiques, qui a déjà déclenché de vives polémiques. Quels sont les points centraux de votre rapport qui déclenchent une telle levée de boucliers ?

Gilles Carrez : Les points centraux, qui sont incontestables, c'est qu'au bout de six mois d’exécution du budget 2013 nous avons une moins-value importante sur les recettes fiscales et de sécurité sociale, et nous avons d’ores et déjà des risques importants de dérapages sur un certain nombre de dépenses. Entre les recettes qui font défaut et les dépenses qui s'accroissent, on risque par rapport à la prévision d'il y a six mois d'avoir un déficit supplémentaire de l'ordre de vingt milliards d'euros, c'est à dire 1% de PIB. Il y a six mois, les lois de finance et de financement prévoyaient que notre pays soit autour de 3% de déficit, on va être certainement au minimum à 4%. En prenant en compte cette aggravation quasi certaine de notre déficit, nous demandons que soit discuté au plus tôt une loi de finance rectificative. Nous avons une session extraordinaire au mois de juillet, et il faut mettre à profit cette période pour discuter de textes financiers, alors que ce mois de juillet va être encombré de textes d'une importance tout à fait secondaire.

Le ministre de l'Économie et des finances Pierre Moscovici a réagi en accusant votre rapport de n'être qu'un "mensonge". Comment analysez-vous cette réaction, et plus particulièrement sa virulence à votre égard ?

On a qualifié de "mensonge" des prévisions qui sont tout à fait réalistes, d'autant que le président lui même il y a trois mois a annoncé que le déficit de 2013 serait de 3,7% de PIB alors que j'avance 4% ce qui n'est pas si éloigné. Donc, je ne m'explique pas les mots employés par Pierre Moscovici, c'est tout à fait disproportionné. Ou plutôt, je l'explique pour une seule raison, c'est que le gouvernement est très mal à l'aise dans sa position qui consiste à refuser de jouer la transparence sur les comptes publics. Plutôt que de modifier sa position aberrante et dangereuse, il s'entête. Très sereinement, je donne rendez-vous au mois de septembre, et l'évidence du déficit de la France à 4% s'imposera. D'ailleurs, un des groupes de la majorité – les radicaux de gauche – a demandé au ministre des Relations avec le Parlement quand il y aurait un collectif dès le mois de septembre sur cette question.

Êtes-vous optimiste quant aux suites qui pourront être données à votre rapport ? Votre appel sera-t-il entendu par le gouvernement notamment sur la question de la réduction des dépenses publiques ?

Je crains que non car pour eux tout est politique. Et c'est inquiétant car ça ne devrait pas être le cas des comptes publics. J'espère les convaincre – mais j'en doute – en utilisant l'argument qu'il n'y a pas que la position politique, il y a également une position économique rappelant qu'un pays qui présente à l'extérieur des comptes insincères risque d'en subir les conséquences sur les conditions de financement de son déficit.

Les députés commencent le 2 juillet l'examen au Parlement de l'évolution des dépenses pour 2014. Quels vont être les enjeux cruciaux de cette session parlementaire ? En quoi votre rapport peut l'infléchir selon vous ?

Il n'y aura rien, sauf l'examen de la loi de règlement de 2012, et un débat général d'orientation budgétaire sur les comptes de 2014. J'estime que parler de 2012 et évoquer 2012 c'est bien, mais il faudrait d'abord se pencher sur 2013, en ce moment même. L'expérience montre que quand on tarde à faire le point sur les comptes, plus les corrections deviennent difficiles et douloureuses. Mais je crains qu'on ne s'intéresse pas à 2013, en tout cas pour l'instant je me heurte à une position de refus.  

François Hollande s'est engagé à ne pas augmenter davantage les impôts. Cet état des lieux peut-il l'y contraindre ? De quelles autres marges de manœuvre dispose-t-il ?

Il n'y a pas de marge de manœuvre du côté des hausses de la fiscalité car on est déjà au stade où trop d'impôts commence déjà à tuer l'impôt. Il faut donc avoir le courage de se tourner plutôt du côté des dépenses, donc les rémunérations des fonctionnaires, les effectifs de la fonction publique ou les interventions sociales. Il y a donc un ensemble de décisions courageuses à prendre et la question est de savoir si le gouvernement a le courage nécessaire. D'autres pays, je pense à l'Allemagne ou aux pays scandinaves, ont su faire les réformes nécessaires. Il n'y a aucune raison que la France ne soit pas capable de faire ce que d'autres ont réussi. 

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