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Et si la production de gaz de schiste devenait inévitable pour la France ?

Indépendance

Gaz et huile de schiste : le futur inéluctable de l’énergie française ?

Ce samedi a été décrété "Journée mondiale contre les gaz et pétrole de schiste et la fracturation hydraulique" par plusieurs organisations écologistes. De nombreuses manifestations sont organisées en France et à travers le monde. Mais face à la montée des prix du pétrole, le gouvernement peut-il se permettre de le refuser ?

Thomas Porcher

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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Atlantico : La France importe aujourd'hui entre 80 % et 90 % de son gaz, principalement de Norvège et de Russie. Sans la production de gaz de Schiste elle reste donc dépendante de ses voisins. Sur le long terme, et afin d'obtenir une certaine indépendance énergétique, la production de gaz de schiste est-elle inévitable ?

Thomas Porcher : Aujourd'hui, la France importe la quasi-totalité de son gaz, qui représente 15% de notre consommation d'énergie, contre plus de 40% pour le nucléaire. Sur le long terme, sans changement de notre mode de vie, la problématique du gaz et du nucléaire risquent d'être reliée car si le nucléaire est en recul, il y a de fortes chances qu'il soit remplacé pour la production d'électricité par le gaz.

Mais le principe de précaution est une bonne chose, car contrairement à l'idée reçue, la non-utilisation des gaz de schiste en France n'est pas une perte en soi car le gaz n'est pas perdu, il reste dans notre sous-sol. Comme les prix du gaz, comme ceux du pétrole, sont structurellement orientés à la hausse, si dans dix ans, le gouvernement décide d'extraire du gaz de schiste, sa valeur sur le marché, et donc sa rentabilité, aura d'autant plus importante. De leur côté, les techniques d'extraction se seront améliorées. Au final, garder le gaz sous-terre, c'est un peu comme conserver une épargne avec un très fort taux d'intérêt.

Qu'en est-il de la question de la baisse du prix qui résulterait de cette exploitation ?

La baisse des prix est difficilement chiffrable. Certes, sur le court terme, il peut y avoir des pressions à la baisse sur le marché avec l'augmentation de l'offre ; mais sur le long terme, compte tenu de l'augmentation structurelle de la demande, le prix du gaz est orienté à la hausse. Il faut également savoir qu'aujourd'hui, les prix du gaz sont indexés sur les prix du pétrole via des contrats de long terme avec les fournisseurs.

La part du gaz de schiste dans la consommation globale de gaz ne permettra probablement pas de faire baisser les tarifs pour le consommateur car ils dépendent également du gaz importé. Par contre, il est vrai qu'une production de gaz locale pourrait être un argument de renégociation des contrats de long terme avec les fournisseurs, mais la baisse de la demande - via la transition énergétique - est également un argument.

Au regard de ce qui se passe aux États-Unis et au Canada, existe-t-il des risques ?

Toute nouvelle technologie présente des risques. Aujourd'hui, dans cette évaluation du risque, on doit également intégrer les préjudices écologiques. Les États-Unis nous permettent de tirer des premières leçons de l'exploitation des gaz de schiste. On se rend compte que l'absence de règles, d'encadrement par l'Etat, a entraîné une véritable "ruée vers l'or" sauvage.

C'est pour cela qu'il faut remettre à plat entièrement le code minier français, de telle sorte qu'en cas d'extraction dans le futur, le grand gagnant soit la France, pas les industriels. Il faut donc que ce nouveau code minier prévoit des redevances élevées pour l'Etat et les régions, mais également des normes de production extrêmement sévères et, en cas d'accident, des amendes très élevés. Tous les pays pétroliers qui se sont enrichis possèdent un code minier extrêmement favorable à l'Etat. Par contre, les pays pauvres et producteurs de pétrole ont souvent un code minier qui favorise les compagnies minières. La refonte du code minier est donc absolument essentielle mais demande du temps. C'est pour cela qu'il ne faut pas se presser, car une fois le contrat d'exploitation signé avec la compagnie pétrolière, nous sommes liés pendant une trentaine d'années.

Dans ces conditions, comment expliquer tout refus d'expérimentation de la part du gouvernement ?

Le gouvernement semble se donner une chance pour essayer la transition énergétique. Et pourquoi pas ? Sans parti pris, cela rentre dans les objectifs européens qui veulent réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre, augmenter de 20% l'efficacité énergétique et porter à 20% la contribution des énergies renouvelables. C'est un projet ambitieux dont l'Europe est le leader. Je pense qu'il faut le tenter. La production de gaz de schiste doit passer au second plan surtout que, comme je l'ai dit, nous ne le perdons pas. Il reste dans notre sol et nous laissons le choix aux générations futures de l'utiliser si nous échouons dans la transition énergétique.

En attendant, il faut surtout dépolitiser le débat et faire une balance entre les gains en termes d'emploi, de croissance et d'indépendance énergétique et les pertes au niveau environnemental (émission de CO2, pollution, etc.). La difficulté est que c'est un arbitrage entre un bien être de court terme et un bien être de long terme.

Propos recueillis par Charles Rassaert

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