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Le ministre du Redressement productif a envisagé la création d'une "compagnie publique et nationale" qui pourrait être destinée à l'exploitation du gaz de schiste français.
Le ministre du Redressement productif a envisagé la création d'une "compagnie publique et nationale" qui pourrait être destinée à l'exploitation du gaz de schiste français.
©Reuters

Decod'Eco

Gaz de schiste : la fracture n'est pas là où l'on pense

Alors que l'Union européenne prévoit de légiférer sur l'exploitation du gaz de schiste, les États membres affichent leurs divisions.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Arnaud Montebourg a l'art de faire parler de lui. La semaine dernière, le ministre du Redressement productif a envisagé la création d'une "compagnie publique et nationale" qui pourrait être destinée à l'exploitation du gaz de schiste français. Le ministre sait aussi très bien ne faire parler que de lui. Peu de gens auront retenu que la réunion au cours de laquelle le ministre s'est exprimé était initialement consacrée à la réforme du code minier.

Quoiqu'il en soit, l'invention du terme "gaz de schiste écologique" n'a pas dissuadé les opposants à cette ressource, qui se sont dressés comme un seul homme contre le projet. Le président et le Premier ministre ont très vite opposé aux ambitions du ministre la loi interdisant la fracturation hydraulique, principale technologie permettant d'exploiter ces ressources. Débat clos.
L'annonce du ministre Montebourg ne change pas radicalement la donne. Plus important est en revanche l'examen de l'interdiction de la fracture hydraulique par le Conseil constitutionnel. La société pétrolière Schuepbach a vu en 2011 ses deux permis d'exploration, en Ardèche et dans l'Aveyron, annulés du fait de la loi sur la fracturation. Le groupe a alors saisi la justice et déposé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). La question vient d'être transmise aux sages de la rue Montpensier, chargés désormais d'examiner la validité juridique de cette interdiction dans un délai de 3 mois. A suivre de près.
Même si elle divise la majorité, il reste peu probable que l'utilisation de la fracturation fasse son retour en France. Devant les philippiques à répétition d'Arnaud Montebourg, François Hollande a une nouvelle fois réaffirmé lors de son interview du 14 juillet, "tant que je suis président, il n'y aura pas d'exploration de gaz de schiste". Il est pratiquement garanti que la fracturation hydraulique ne sera pas utilisée avant... 2017. Il en est tout autrement au sein de l'Union européenne.

La fracture européenne sent le gaz

La bataille autour du gaz et du pétrole de schiste "fait rage" dans les couloirs bruxellois, selon le correspondant de Libération Jean Quatremer au siège de l'UE. Si la France est la seule à avoir interdit l'utilisation du gaz de schiste, d'autres pays témoignent de la même méfiance devant cette technique. La Bulgarie a voté début 2012 un moratoire sur les activités d'exploration de ce gaz. L'Autriche, pourtant bien partie, vient également de dissuader une des entreprises lancées dans le projet du fait d'une nouvelle réglementation environnementale.
Du côté des soutiens à la fracturation, on compte la Pologne, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Roumanie, la Lituanie et la République tchèque. Bien évidemment, les compagnies pétrolières soutiennent ces pays, comme Exxon Mobil, Chevron, Halliburton ou encore Total, Statoil, PGNiG ou Shell. Leurs arguments sont simples. Ces ressources permettent d'abord de réduire la dépendance de l'UE au gaz russe, et ensuite réduisent les émissions de CO2 en remplaçant le charbon ou le pétrole.
Chacun pourrait ainsi continuer son bonhomme de chemin si l'UE n'avait pas des velléités législatives. La Commission européenne devrait proposer un "cadre législatif" pour cet automne selon le correspondant de Libération. C'est pourquoi est en train de jouer une bataille homérique à la Commission et au parlement européen pour influencer la future législation. Par exemple, l'eurodéputé Corine Lepage dénonçait récemment "le lobbying sans foi ni loi des Polonais en faveur du gaz de schiste". Les batailles en coulisses des acteurs privés sont encore plus sauvages. Voici deux versions d'une même affiche, l'une d'un lobby pro gaz de schiste, Shale Gas Europe :

Et l'autre de l'ONG "Corporate Europe Observatory" :
Traduction : Le saviez-vous ? Les émissions de la production électrique à partir de gaz de schiste ne sont pas plus basses qu'avec du charbon
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