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Une vue générale montre des débris et une épave de voiture suite à l'explosion d'une boulangerie à l'angle des rues Sainte-Cécile et de la rue de Trévise, le 12 janvier 2019.
Une vue générale montre des débris et une épave de voiture suite à l'explosion d'une boulangerie à l'angle des rues Sainte-Cécile et de la rue de Trévise, le 12 janvier 2019.
©Carl LABROSSE / AFP

Tribune

Gaz : 3 ans après le drame de la rue de Trévise, il reste tant à faire…

Trois ans après la violente explosion au gaz de la rue de Trévise à Paris, les rescapés vont pouvoir être indemnisés. Un accord a enfin été trouvé. Il est urgent que la mairie se préoccupe de la sécurité du réseau de gaz, dont la Ville de Paris est propriétaire, en réclamant des garanties au concessionnaire et à ses sous-traitants.

Vincent Baladi

Vincent Baladi

Vincent Baladi est conseiller LR de Paris (8ème).

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Voici trois ans, Paris vivait la tragique explosion de la rue de Trévise, faisant 4 morts, 66 blessés et 400 sinistrés. Aujourd’hui, les victimes sont loin d’avoir tourné la page de cette catastrophe, le procès des responsables n’ayant toujours pas été programmé en raison notamment de la contestation d’une expertise accablante pour le syndic et la mairie de Paris.

Le droit cale là où la douleur humaine perdure.

Grâce aux associations de victimes, à la mairie du 9ème arrondissement et aux groupes d’opposition au Conseil de Paris, dont notre groupe, Changer Paris, présidé par Rachida Dati, les lignes ont bougé afin de prendre en compte les souffrances des victimes face à la lenteur et à la complexité des procédures et expertises.

Notons également que la région Ile-de-France, présidée par Valérie Pécresse, a pris toute sa part en débloquant, dès janvier 2019, un fonds d’aide d’urgence de 100 000 euros.

Parallèlement au front judiciaire, l’indemnisation financière doit donner lieu à un accord, dont le montant annoncé, aujourd’hui très en-deçà des dommages (10% des 200 millions d’euros évalués), a été obtenu après de longs mois de négociation avec la mairie de Paris. La réparation de cette tragédie prend donc un temps inacceptable et on se doit de partager la détresse et les messages de colère des victimes.

Cette triste commémoration nous amène aussi à constater que le temps écoulé depuis l’explosion a été insuffisamment exploité pour répondre à des interrogations majeures. Certes, la Ville de Paris a renégocié en 2019 avec GRDF la concession du réseau de gaz (700 millions investis sur 15 ans), mais les doutes demeurent.

La maire du 9ème arrondissement, Delphine Bürkli, avait d’ailleurs critiqué la reconduction dudit contrat, parlant de « précipitation contestable ». Si elle est complexe, la gestion du gaz implique une réelle transparence et ne peut être débattue uniquement entre experts et sans les citoyens, surtout quand 500 000 foyers sont concernés et quand les canalisations parisiennes représentent 10% du réseau total exploité en France par GRDF.

Dans ce débat indispensable, deux séries de questions sont posées. La première concerne évidemment la sécurité des infrastructures. Les Parisiens sont-ils bien informés de la vétusté du réseau de gaz ? Ne méritent-ils pas, à l’heure des capteurs intelligents connectés, de connaître de façon lisible, l’âge des canalisations de leur quartier, leur état et le rythme de leur renouvellement ? Combien de temps faudra-t-il attendre avant que les mairies d’arrondissement puissent diffuser une cartographie des installations, rue par rue ?

Il est urgent que la mairie centrale se préoccupe de la sécurité du réseau de gaz, dont la Ville de Paris est propriétaire, en réclamant des garanties au concessionnaire et à ses sous-traitants.

Les conduites situées dans les caves, les cages d’escalier et les colonnes montantes sont particulièrement à risque. Il faut donc mobiliser les syndics ainsi que les artisans, dont certains disposent d’un vrai savoir-faire. Ainsi, il me semble – en tant que force de proposition – que la gouvernance du gaz à Paris devrait être revue, en ouvrant la Commission supérieure de contrôle du gaz (CSCG) à ces acteurs privés qui sont les premiers au contact des installations, et dont la responsabilité est parfois engagée.

Enfin, la catastrophe de le rue de Trévise se distingue par son ampleur mais n’est malheureusement pas isolée. A Paris, une explosion avait déjà soufflé en 2016 deux immeubles sans faire -miraculeusement - de victime. En France, 2 incidents sont signalés chaque semaine et les accidents meurtriers concernent tout le territoire. Ce sujet mériterait donc largement que le Parlement s’y penche, avec une commission d’enquête ou une mission d’information, auditionnant pompiers, opérateurs gaziers, élus et usagers.

La deuxième série de questions concerne le gaz comme source d’énergie des villes. Face au dérèglement climatique et aux risques divers, plusieurs collectivités américaines ont banni le gaz des nouvelles constructions, comme New York tout récemment, et affirment vouloir tourner le dos à cette énergie, comme Berkeley ou le Massachusetts. Aux motifs de sécurité et d’environnement s’ajoute le coût du gaz, notamment en Europe, où la facture dépend de liens potentiellement instables avec la Russie.

Enfin, la filière elle-même semble hésitante à défendre son intérêt, comme l’a reconnu le président d’Engie à propos de la fin annoncée du chauffage domestique au gaz. Sans renier l’histoire particulière entre la France et l’industrie gazière, nous devons nous interroger sur la façon dont les villes peuvent produire et stocker l’énergie, de manière plus décentralisée et décarbonée.

Nos infrastructures énergétiques ont longtemps été un exemple d’innovation. Aujourd’hui, les décideurs publics doivent non seulement sécuriser l’existant mais aussi inventer l’énergie écologique et accessible à tous. Nous le devons aux consommateurs, aux entreprises ; nous le devons aux victimes de la rue de Trévise, dont le drame ne doit plus se reproduire.

Vincent Baladi est conseiller LR de Paris (8ème).

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