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Gagnant de l'Euromillions : quand la culpabilité des nouveaux riches favorise le patriotisme économique
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Coup de bol

Gagnant de l'Euromillions : quand la culpabilité des nouveaux riches favorise le patriotisme économique

Un Français du Calvados vient de gagner 162 millions d’euros en empochant la cagnotte de l’Euromillions. Son premier projet ? Acheter un yacht et une belle voiture ? Non ! L'heureux gagnant souhaite "investir dans l'économie française"...

Anthony  Mahé

Anthony Mahé

Anthony Mahé est sociologue à l'ObSoCo (Observatoire Société et Consommation). Il est spécialisé dans les domaines de l'imaginaire de la consommation et de la sociologie du quotidien. Il a réalisé une thèse de doctorat sur le recours à l’endettement bancaire à l'Université Paris-Descartes.

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Souvenons-nous de Zola et son « Germinal » en 1885, l’histoire dramatique d’une révolte de mineurs du nord de la France, luttant avec courage mais désespérément pour leurs conditions de travail et contre le patronat lors d’une grève générale. Zola nous décrit  la solidarité qui s’est créée entre dans cette classe laborieuse : entraide, caisse commune, etc. A la veille d’une grande désillusion qui se dessinait, l'un des mineurs remporte la mise à la Loterie Nationale. L’heureux gagnant s’empresse de  quitter la région pour un endroit plus chaud, une maison plus grande et quelques frivolités pour déconnecter définitivement de son ancienne vie. Adieu les mineurs, le charbon, la solidarité, l’entraide et surtout la caisse commune.

Depuis, le  gagnant type de la Loterie ressemble beaucoup à ce chanceux mineur de Germinal. Qui n’a pas déjà imaginé en remportant la cagnotte du Loto de dépenser sans compter, en s’achetant une voiture de sport, une belle villa ou un somptueux voyage ? Il en est de même pour tous les nouveaux riches artistes, sportifs ou « people ». Dans notre réservoir de mythes et de stéréotypes, on imagine facilement « le » gagnant de la loterie comme un heureux rentier, prenant soin de son cercle familial le plus proche et fuyant certainement son emploi actuel. Les récentes publicités du Loto sont en parfaite congruence avec cette mythologie : du personnage filmant son départ rocambolesque, travesti en Poulet et annonçant en pleine réunion à sa hiérarchie son départ en scandant « au revoir président », en passant par le personnage se prélassant dans une piscine et déclarant avec insolence « il y a une justice quand même ».

Alors qu’est ce qui peut bien passer par la tête de notre bienheureux gagnant qui souhaite investir dans l’économie française au lieu de se prélasser tranquillement au bord d’une eau turquoise un cocktail à la main ?

Devenir riche n’est pas si aisé socialement parlant. On change brutalement de catégorie sociale sans en détenir nécessairement les codes et on ne peut plus appartenir pleinement à sa catégorie d’origine. Il faut changer quelques habitudes et en imiter d’autres. On appelle ce passage une acculturation, elle est rarement simple, le dernier film « Les Tuche » de Olivier Baroux le décrit assez bien.

Cet « euromillionnaire » n’échappe pas à la règle de l’imitation mais son projet révèle peut-être en creux une nouvelle donne dans la manière d’être socialement riche aujourd’hui. Etre riche en société répond à des normes, notamment un jeu d’équilibre entre le plaisir de la dépense égoïste (luxe, apparats, etc.) et la volonté d’être utile socialement, par le biais d’actions caritatives par exemple. Mais le caritatif ne semble plus suffire.

Depuis un certain temps déjà, on voit quelques grandes fortunes se soucier de participer à l’effort collectif en soutenant directement l’économie du pays, en réclamant davantage de prélèvements par exemple. Le patriotisme économique apparaît alors comme une norme prééminente (même si elle n’est pas nouvelle) de la figure du riche pour se purger du plaisir coupable. Serait-il possible que ce soit sous le poids de cette étrange culpabilité trop dure à supporter qu'un autre gagnant du Loto, dont le ticket lui permettait de toucher 8 millions, a omis de venir retirer ses gains… ?

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