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Nicolas Sarkozy reçoit Mark Zuckerberg de Facebook...
Nicolas Sarkozy reçoit Mark Zuckerberg de Facebook...
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G8 de l'Internet

"Cessons d'être fascinés par Facebook, créons plutôt son concurrent français !"

C'est ce mardi que se tient à Paris le premier "G8 de l'Internet". Impulsé par Nicolas Sarkozy qui prône un "Internet civilisé", cet e-g8 accueillera les principaux acteurs du web mondial. Martin Rogard, qui dirige Dailymotion, y sera. Il livre à Atlantico son regard sur les enjeux de ce forum.

Martin Rogard

Martin Rogard

Martin Rogard est Directeur général France de Dailymotion.

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Atlantico : Quels sont, selon vous, les enjeux de ce "G8 de l'Internet"?

Martin Rogard : Le plus important c’est qu’un tel sommet ait lieu. Cela montre qu'aujourd'hui la France est capable d’arriver à rassembler sur Paris la plupart des acteurs économiques de l’Internet. On entend régulièrement dire que les questions autour de l’Internet se posent à l’échelle mondiale et ne peuvent pas être traitées dans un seul cadre national : je suis ravi de constater que cela est suivi d’actes.

Certes, je ne suis pas sûr que cet e-g8 débouchera sur des propositions concrètes, mais le fait qu'ait lieu pour la première fois une rencontre dont l’ambition consiste à parler de politique publique - et qui ne soit donc pas seulement une réunion d’acteurs privés comme c’est régulièrement le cas – est une bonne chose.

Certains, comme l'organisation "La Quadrature du cercle", dénoncent à cette occasion "la volonté affichée par les gouvernements de contrôler un peu plus Internet". Qu'en pensez-vous ? 

Ce serait très réducteur de considérer cet événement sous ce seul prisme. Je le perçois plutôt comme une prise de conscience de l’importance qu’a aujourd’hui Internet dans l’économie. L’enjeu ne me paraît pas de parler de contrôle de l’État. Ce n’est de toute façon pas le cadre : le G8 ne légifère sur rien.

Ce forum devrait permettre à différentes visions du net de s'affronter : la française, l'européenne et l'américaine (il manquera peut-être celle des pays émergents). Les Américains prônent ainsi un Internet extrêmement ouvert et privilégient la liberté d’expression sur Internet. C’est une approche qui a un peu moins d’écho en France. A cet égard, ce sera intéressant de voir la déclaration finale sur laquelle les participants aboutissent.

Chez Dailymotion, nous avons une approche d’Internet ouverte, proche des utilisateurs et des acteurs du logiciel libre qui auraient mérité d'être davantage représentés que ce que qui est prévu pour ce e-g8. Mais, encore une fois, il ne faut pas bouder notre satisfaction de voir les questions d’Internet portées au plus haut niveau par l’Etat, et ce au niveau mondial.

Comment analysez-vous la politique française en matière d'Internet ?

Il semble qu’aujourd’hui la France soit encore à mi-chemin entre un Internet perçu comme un vecteur formidable de croissance pour ses entreprises et les réticences de ses lobbies traditionnels qui perçoivent ce média comme une menace pour des industries existantes, notamment culturelles.

D'une certaine façon, c'est une bonne chose que les acteurs français n’embrassent pas naïvement Internet comme un outil en soi porteur de toutes les merveilles du monde. Mais le risque de la position française est d’être un peu trop protectionniste, trop centrée sur la protection d’intérêts en place, et par conséquent pas assez préoccupée par l’innovation et par tous les modèles nouveaux porteurs de croissance. Il ne faudrait pas que la France rate le train... Aujourd’hui, si vous prenez le top 30 de l’Internet mondial, il n’y a qu’un seul acteur européen : Dailymotion. Les autres sont américains ou chinois.

En défendant un Internet ouvert, les Américains, de façon très habile, défendent très concrètement leurs entreprises. Il faudrait que l'Europe mette en place des politiques de soutien aux entreprises du secteur de l'Internet pour favoriser leur compétitivité.

Je constate que le département d’Etat américain, c’est-à-dire l’équivalent du ministère des Affaires étrangères, défend les intérêts des entreprises américaines. La position française, et même parfois européenne, est parfois plus naïve : par exemple, Neelie Kroes, la commissaire européenne en charge de la société numérique met ses vidéos sur le site américain YouTube... nous, on préfèrerait qu’elle les mette sur Dailymotion qui est européen. Ca ne viendrait pas à l'esprit d'un Ministre français de rouler en Toyota. Or en matière d’Internet, il semblerait qu’il existe une sorte de fascination des politiques pour les entreprises américaines.

Nicolas Sarkozy reçoit Mark Zuckerberg de Facebook ou Eric Schmidt de Google. Bon, on se rassure en rencontrant les grands de l’Internet... Mais l’objectif me semble de réfléchir comment il serait possible d’avoir un Facebook français ou un Google français, plutôt que d’être fasciné par ces entreprises. La fascination ne crée ni emploi, ni croissance pour le pays.

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