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Une vue de la centrale de Fessenheim.
Une vue de la centrale de Fessenheim.
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Menace pour l'indépendance énergétique

Funeste religion de la transition

La filière nucléaire en France a été fragilisée par le sabordage du projet SuperPhénix, par les gestions du dossier de Fessenheim et du projet ASTRID ainsi que par les difficultés liées à l’EPR Flamanville au nom de la transition énergétique.

André Pellen

André Pellen

André Pellen est Ingénieur d’exploitation du parc électronucléaire d’EDF en retraite, André Pellen est président du Collectif pour le contrôle des risques radioactifs (CCRR) et membre de Science-Technologies-Actions (STA), groupe d'action pour la promotion des sciences et des technologies.

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Si linvocation du concept flou de transition écologique continue de n’être reçue que comme un slogan politique, la planification à grande échelle et à marche forcée dune transition énergétique prétendument préventive est pure folie. Depuis des temps immémoriaux, lune et lautre transition structurent symbiotiquement la condition dun homo sapiens à la fois agent et objet des mutations permanentes dun univers en constant devenir dont, de toute éternité, linstabilité physique et biologique est entretenue par des forces cosmiques et par les mutations et interactions de toute nature de ses constituants dont lhumanité fait partie.

Aux premi
ères lueurs de ce troisième millénaire, quy aurait-il donc de vraiment nouveau sous le Soleil, pour que le plus présomptueux des constituants dun écosystème aussi susceptible que le substrat biologique et minéral de la planète Terre croie pouvoir semparer impunément et en aveugle des commandes dun tropisme grégaire dont la dérive peut mettre à mal sa propre pérennité ? De toute évidence, lhomme prétendument nouveau a perdu de vue que la civilisation nest que la sophistication indéfinie dudit tropisme et sûrement pas sa réinvention consistant à en bouleverser lalgorithme naturel. Jadis, sur l’île de Pâques, un puits naurait jamais été déserté au prétexte qu’à moyen-long terme son eau était réputée menacer gravement la santé de ses consommateurs, en labsence de quasi-preuve et/ou sans s’être auparavant assuré de lexistence dun puits inaltéré, capable de pallier labandon du premier. Si nécessaire, faisant preuve dune prudence éprouvée, les Rapa Nui auraient même exploité ce dernier jusqu’à son épuisement pronostiqué, quels que pussent être les risques encourus à retarder la « disposition sanitaire » préconisée, voire à sen dispenser définitivement.

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En matière de transition énergétique, tout commença avec la domestication du feu, vers - 450 000. À cette époque, linstinct de survie guidait tous les actes dun humain guère différent des autres représentants du règne animal, ne lui laissant guère le loisir de se projeter au-delà de linstant présent. Les choses commencèrent à changer quand, dotés du statut de sapiens depuis 150 000 ans, nos ancêtres parvinrent à domestiquer le cheval vers - 3500, alors que l’âge de lagriculture, du travail du bois, de la pierre et des métaux avait déjà 4500 ans. Dès lors, commencèrent à poindre les premières ébauches de programmation pluriannuelle d’énergie solidement arrimées au bon sens, à la rationalité et à lucidité de concepteurs nayant pas le moindre droit à lerreur, sous peine de famines et/ou de guerres.

Quelques millénaires plus tard, en dépit du supplément énergétique apporté dès le moyen-âge par lexploitation des moulins à eau et à vent, le train de vie de nos semblables navait que peu changé, au sens où l’ère dans laquelle ils demeuraient était celle du soulagement mécanique de la pénible condition matérielle inhérente aux tâches domestiques, artisanales et agricoles du quotidien ; un modeste soulagement que, seules, l’énergie animale, la combustion sylvestre et l’énergie solaire indirecte et forcément diffuse pouvaient apporter. Dieu merci, au début du 19ème siècle, notre Sadi Carnot national donna le signal de la rupture scientifique qui allait ouvrir l’ère du confort énergétique quelques décennies plus tard, en établissant les bases de la thermodynamique débouchant sur la thermomécanique, cest-à-dire la transformation directe de l’énergie thermique en énergie mécanique.

Grâce au recours massif à
la machine à vapeur, sous toutes ses formes, l’ère du confort énergétique prit un essor fulgurant au milieu du 19ème siècle, faisant entrer lEurope de plein pied dans une première révolution industrielle nourrie par lexploitation des gisements charbonniers. Au début du 20ème siècle, la seconde révolution industrielle – louverture de la première à un large accès populaire par la domestication de l’électricité – coïncida avec la mise au point du moteur à explosion et avec la prodigieuse exploitation planétaire des hydrocarbures en ayant résulté.

La troisi
ème révolution industrielle venue enrichir les sources énergétiques de cette ère du confort quil est vital de faire perdurer – nous y reviendrons – apparut au lendemain de la seconde guerre mondiale : lavènement de l’énergie nucléaire. Celle-ci nest quune forme incomparablement rentable d’énergie thermique qui, avec l’énergie hydraudique, continue et continuera longtemps de couvrir lessentiel des besoins de lhumanité. Toutefois, si l’énergie hydraulique ne se recueille que sous une forme mécanique majoritairement convertie en électricité, la thermique peut être exploitée de diverses façons consitant à consommer directement la chaleur nucléaire ou de combustion ou à transformer celle-ci en énergie mécanique, puis possiblement électrique, à laide de turbines à vapeur ou à combustion, dalternateurs et/ou de moteurs de toutes technologies…

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Ainsi, lapprovisionnement en énergies thermique et hydraulique de nos sociétés est-il suspendu à laccès aux gisements primaires desquels elles sont tirées, de préférence les plus rentables : les hydrocarbures, luranium, les cours deau et les marées. Partout démontré, le caractère largement accessoire des gisements éolien, photovoltaïque, biomassique et autre géothermique ne permet pas de les inclure dans linventaire des productions énergétiques sur la disponibilité etsurle niveau de production desquels un pays peut significativement compter. Il en va de même dun hydrogène fallacieusement vendu comme une source d’énergie primaire.

D
ès lors, comment un gouvernement moderne, digne de ses responsabilités, peut-il légitimer de ne pas concevoir toute programmation pluriannuelle d’énergie en termes de stocks et de flux d’énergies primaires à approvisionner et/ou à consommer sur la durée, aux meilleurs prix et aux meilleurs volumes garantis ? Un tel devoir est pourtant celui auquel se dérobent les pères et les mères spirituels de la pasionaria Greta Thunberg ayant investi Élysée-Matigon depuis des décennies, dans une indifférence pour ne pas dire une complaisance générale que, seule, la récente explosion bien méritée des prix du KWh est parvenue à secouer.

Ces artisans du crédo LTECV de Ségolène Royal nhésitent plus à sasseoir ouvertement sur les devoirs élémentaires de leurs charges, au nom de la pénitence quon ne sait quelles malédictions climato environnementales infligeraient à une humanité réputée dans la repentance. De fait, ce sont les fils, les agents et plus probablement les idiots utiles de linternationale de la transition énergétique orientée à dessein(s), qui sévit un peu partout depuis la fin des années 80. Ils ont pullulé et pullulent encore dans toutes nos administrations présidentielles et gouvernementales dont aucune ne peut racheter lautre de ses âneries, de son incurie, de son impéritie et même dun clientélisme ne reculant devant aucune infâmie pour pallier électoralement tant dinfirmités.

Non contente davoir vidé le garde-manger scientifique, technique et industriel copieusement rempli par les administrations précèdentes, partout tari les gisements de compétences nécessaires au maintien dun haut niveau de savoir-faire techno industriel et privé lentretien de ce dernier du moindre chantier de travaux pratiques, cette faune politique a de surcroît acheté deux élections au prix du sabordage de SuperPhénix et de Fessenheim, a jeté le projet ASTRID au panier avec le presque milliard deuros déjà consommé et a préparé avec un soin particulier lactuel chemin de croix de lEPR Flamanville.

Sans surprise, la fili
ère électronucléaire française se trouve aujourdhui au bord de la ruine. Or, il faut compter 25 à 30 ans pour passer de la phase conception à la phase SAV dun cycle industriel comme celui autrefois planifié par Pierre Messmer ; et encore, à condition de disposer au préalable dun écosystème industriel, scientifique, technique et même artisanal de la qualité de celui dont jouissait la France au début des années 70. Cest pourquoi, en rivalisant dambition quant à la reconquête électronucléaire, les programmes de certains candidats à la Présidence font certes renaître lespoir chez les professionnels concernés, mais les laissent un peu dubitatifs.

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Hélas, le mal frappant lindustrie nucléaire depuis 30 ans a également frappé une exploitation des hydrocarbures obéissant à un cycle de même durée que le sien. Non contente davoir dissuadé toute velléité nucléaire, linternationale dont il est question plus haut est politiquement parvenue à décourager toute initiative de prospection, de forage et dexploitation de nouveaux puits pétroliers, partout dans le monde. Résultat, nos gouvernements inspirés de droite et de gauche ont fini par réussir le tour de force de précipiter durablement leur pays dans la précarité énergétique et de placer un approvisionnement gazier et pétrolier devenu vital et hors de prix directement sous les fourches caudines dune géopolitique périlleusement localisée. Certes, nos voisins, eux aussi, n’échappent pas aux avatars de cette condition énergétique dont ils sont les premiers responsables, mais on aurait pu et aurait dû en épargner lessentiel à une France correctement nucléarisée.

Quoi quil en soit, la déjà ancienne schizophrénie consistant à méconnaître que 80 % de l’énergie consommée dans le monde est dorigine fossile ne semble pas avoir souffert plus que ça de ces avatars. Chez nous, elle touche même à un paroxysme proche de la suicidaire fuite en avant dans des centres de décision où la LTECV et la diabolisation du pétrole sont plus que jamais dactualité, où lon va jusqu’à prévoir la prohibition des voitures à moteur thermique avant 2035…

À l’évidence, le syndrome babylonien menace aujourd
hui des communautés entières de notre planète, dont les habitants ont perdu de vue que cette dernière est dans lUnivers comme l’île de Pâques dans locéan. Pour perdurer, sa civilisation a aussi intrinsèquement besoin dune énergie non rationnée que, jadis, les Rapa Nui de suffisamment deau. Le parallèle est spécialement choisi par lauteur de ces lignes pour prendre le total contrepied de la catéchèse écologique ambiante et affirmer que lactuelle humanité ne peut perdurer sans avoir constamment accès à une énergie la plus abondante possible, quelle quen soit la nature. Outre que l’énergie est à lorigine de tout et rend tout possible, y compris lartificialisation de tout et lannhilation de tous les préjudices environnementaux, du fait ou non de lhumanité, mettant ou non son biotope en danger, elle alimente la totalité des fonctions actives et passives dun organisme social devenu à la tribu primitive ce que le corps humain est à lamibe.

Dorénavant, le confort énergétique simpose comme absolument nécessaire à donner les moyens de subsistance les plus élémentaires à une population mondiale si nombreuse quil est devenu impossible de toute lemployer dans les seuls secteurs primaire, secondaire et tertiaire de l’économie traditionnelle. Cest grâce à une énergie électrique sinsinuant dans les moindres recoins de la planète, des plus isolés aux plus urbanisés, que peuvent déjà naître les innombrables petits métiers accessoires, voire futiles permettant à des milliards de nos semblables de mener une vie décente. Bref, de la conquête de lespace à la vente deau glacée sur les plages, en passant par la numérisation généralisée de sa société, point de salut, à lavenir, pour une humanité énergétiquement anémiée.

Cette dernière a donc lobligation de se débrouiller comme elle veut, mais, pour lheure, de prévenir dune manière ou dune autre lanémie qui menace. Ça tombe bien : dans lattente des prodigalités de la fusion nucléaire, la filière RNR des surgénérateurs à neutrons rapides – les SuperPhénix pour faire simple – a ce quil faut sur étagère, en matière de combustible :2000 tonnes de plutonium 239 à extraire des 200 000 tonnes de combustibles usés en attente de retraitement à travers la planète et quotidiennement enrichies dune bonne centaine de tonnes ; 1,5 millions de tonnes duranium appauvri grossissant chaque année de 50 000 tonnes, sans compter les gisements planétaires duranium naturel dont lextraordinaire potentiel nest pas près d’être épuisé.

Songeons qu
un tel pactole énergétique pourrait alimenter pendant plusieurs milliers dannées un vaste parc mondial de réacteurs RNR dont au moins une bonne centaine pourraient dores et déjà être démarrés avec la quantité ci-dessus mentionnée de plutonium. À elle seule, la France pourrait disposer dune totale autonomie électrique de 3000 à 5000 ans, avec ses 250000 tonnes duranium appauvri en stock !

Seul préalable accessoire à tout ça : il faudrait se dépêcher de donner de nombreux frères au surgénérateur russe BN 800 et, toutes affaires cessantes, ressusciter un SuperPhénix, via ASTRID ou non, ce que, sans surprise, Chinois, Indiens et même Américains sont en train de faire et à quoi les Japonnais nont jamais renoncé…

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