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François Bayrou arrive pour un sommet de l'Union européenne à Bruxelles le 17 octobre 2019.
François Bayrou arrive pour un sommet de l'Union européenne à Bruxelles le 17 octobre 2019.
©ARIS OIKONOMOU / AFP

Déficit de naissances

François Bayrou, la natalité française et les petites erreurs de raisonnement démographique sur l’immigration 

Beaucoup a déjà été dit sur l’opportunité de recourir à l’immigration pour pallier le déficit de naissances dans l’Hexagone. Mais peu ont souligné les petites erreurs de calcul qui ont émaillé la lecture du rapport du Haut-commissaire au plan.

Atlantico : François Bayrou a lancé un pacte national pour la démographie. Il constate qu’il manque 40.000 à 50.000 naissances par an pour assurer le renouvellement des générations. Le Haut-commissaire au plan veut inciter les Français à faire plus d’enfants et explique qu’il faut aussi avoir recours à l’immigration. Son constat est-il juste ? Ses solutions le sont-elles ?

Laurent Chalard : François Bayrou a pleinement raison sur le constat. La fécondité a baissé depuis une dizaine d’années. Pour la France Métropolitaine, on était proche du seuil de remplacement des générations (2.06) en 2010 avec 2 enfants par femme et cela s’est stabilisé en dix ans autour de 1.8. Cela veut dire que le nombre de naissance est inférieur de plusieurs dizaines de milliers au nombre qui serait nécessaire pour renouveler les générations. A long terme, quand les jeunes d’aujourd’hui deviendront des adultes, il risque d’y avoir un problème de main d’œuvre.

Concernant les solutions, quand il y a un déficit de naissances dans un pays, il y en a deux. La première, qui s’attaque à la racine du mal, passe par des incitations visant à stimuler la natalité à travers, entre autres, des mesures fiscales. C’est ce qu’on appelle une politique nataliste. Celles-ci agissent sur le long terme et ne montrent rarement des effets immédiats. L’autre solution est donc de faire venir un nombre d’immigrés correspondant au déficit de naissance constaté. Souvent les gouvernements essaient de mener les deux politiques en même temps, mais ce qui ressort c’est que les politiques natalistes ne fonctionnent pas ou pas suffisamment, d’où le recours à la politique d’immigration. L’avantage est que cela permet d’arriver au volume souhaité, temporairement. Mais les immigrés adoptent rapidement les comportements du pays d’accueil sur le plan de la fécondité.

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Conclure du rapport Bayrou, comme plusieurs observateurs l’ont fait, qu’il faudrait plus d’immigration, est donc une erreur d’analyse ?

Effectivement. Quand on lit le rapport Bayrou, il explique qu’il manque 40.000 à 50.000 naissances par an pour assurer le renouvellement des générations ces dernières années. La logique voudrait donc que pour combler ce manque, il suffirait d’avoir un solde migratoire équivalent au moment où ces générations arriveront sur le marché du travail, soit dans 20 ans. Or aujourd’hui, c’est déjà le cas puisque la France a un solde migratoire positif estimé à près de 90.000 personnes. Sur la dernière année de solde migratoire consolidé, en 2017, il était estimé à + 155.000 personnes. Donc il ne s’agit pas tant d’augmenter que de maintenir les flux actuels dans le futur, voire même de les réduire légèrement.

Que penser, en définitive, du rapport Bayrou ?

Ce rapport arrive au bon moment. On est dans une dynamique structurelle de baisse de la natalité depuis 10 ans. La France, au début des années 2010 avait une situation démographique relativement favorable puisqu’elle n’avait plus de problème de remplacement de ses générations. Cela avait pour conséquence que l’immigration n’était pas, sur le plan purement économique, une nécessité. La dénatalité fait qu’elle redevient à nouveau nécessaire. On peut donc considérer que le rapport est là pour sonner l’alerte : la situation est en train de se détériorer et cela risque d’avoir un impact sur la main d’œuvre future et sur l’équilibre financier du système de retraites. Son objectif est de dire qu’il faut agir tout de suite, pendant que le recul n’est pas encore trop marqué. Cela permettrait d’éviter des schémas à l’allemande ou à l’italienne, pays qui ont recouru massivement à l’immigration pour compenser leur dénatalité. La principale critique que l’on puisse faire à ce rapport est qu’il considère que pour faire rebondir la natalité, il suffit d’une politique familiale plus incitative. Or depuis une dizaine d’années on se rend compte que la baisse ne correspond pas à une problématique de politique familiale mais à une évolution sociologique des mentalités. Les jeunes femmes en particulier reculent l’âge de leur première maternité. Il semble donc ne pas avoir suffisamment identifié le moteur de la réduction de la fécondité et donc sur quels points mener des actions, même s’il est compliqué de changer les mentalités.

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