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François Baroin : la consécration d'un chiraquien en Sarkozie
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Bercy beaucoup

François Baroin : la consécration d'un chiraquien en Sarkozie

Après un an au Budget, François Baroin remplace Christine Lagarde au ministère de l'Economie et des Finances. Une consécration pour ce chiraquien de famille, qui n'a jamais eu les faveurs de Nicolas Sarkozy...

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Ni sa coiffure bien propre, ni ses airs de premier de classe angoissé par ses résultats au dernier trimestre ne doivent donner l’illusion que François Baroin se résume à un fils à papa qui aurait réussi.

Certes... François ne serait rien sans son père, à l’image de ces dynasties gaullistes qui traversent la droite de la Vè République, la gauche n’ayant guère eu le temps de constituer les siennes, à quelques notables exceptions près. Rappelons que Baroin père, le fameux Michel, était un copain de Sciences-Po de notre bon Jacques Chirac. Et comme disait je ne sais plus quelle mauvaise langue pourtant digne membre du corps préfectoral, « être l’enfant de quelqu’un, dans la République, ça sert ! ».

Dans la famille Baroin, je voudrais le fils

Rien d’étonnant, donc, si le parcours de Baroin François emboîte les pas de Baroin Michel. Ce dernier fut sous-préfet dans l’Aube dans les années 1960, avant d’y faire une carrière politique dans les années 1970, élu maire de Nogent-sur-Seine en 1983, et de tragiquement (mystérieusement?) disparaître dans un accident d’avion en 1987. Dès 1989, le fils prend la relève comme conseiller municipal de Nogent, puis député de l’Aube en 1993. Il est alors le benjamin de l’Assemblée Nationale. Il a 27 ans, et une carte de journaliste en poche, grâce au petit geste de Jean-Pierre Elkabbach qui l’a embauché sur Europe 1 deux ans auparavant.

Le parcours ne s’arrête pas là. 1995 : François devient maire de Troyes, et porte-parole éphémère du gouvernement Juppé. Il se fait remercier dans les mois qui suivent sa nomination, et devient alors chargé de mission auprès du président de la République... Jacques Chirac. Et toujours dans l’ordre des amitiés chiraquiennes, Baroin François devient administrateur du musée du Septennat de Sarran, en Corrèze, aussi appelé musée Jacques Chirac. On se souvient d’ailleurs que le même François faisait partie, en 1993, du groupe des dix qui soutenaient Jacques Chirac durant l’épisode Balladur. Un pari gagnant à court terme...

François Baroin : le baroudeur...

Si le parcours s’arrêtait là, au fond, on ne distinguerait guère François de ses clones dynastiques qui font leur carrière grâce à leurs soutiens familiaux. Le hic, c’est évidemment l'avènement de Nicolas Sarkozy, dont François ne semble guère un soutien naturel. Et soudain, le personnage se transforme en héros d’une campagne en Afrique, le torse moucheté de balafres profondes, à l’image d’un Rambo moderne qui survivrait malgré une sauvagerie sans limite.

Ici commence une sorte de deuxième carrière politique pour ce jeune homme à qui le pouvoir avait donné une petite cuillère en argent dans la bouche : celle d’un combattant pour la survie. Après son passage au gouvernement entre 2005 et 2007, où il est ministre de l’Outre-Mer, auteur d’une fameuse phrase: « Le droit du sol ne doit plus être un tabou », prononcée pour le Figaro Magazine, François s’éclipse de la scène nationale jusqu’en 2010. 

Puis c’est le rebond : ministre du Budget, il arrive au pire moment pour les finances publiques. Entre crise financière et explosion de la dette, les arbitrages de Bercy prennent des allures de mission impossible, quelque part, si l’on veut, entre le nettoyage de la centrale de Fukushima et le plaider non-coupable de Dominique Strauss-Kahn. Une gageure que Nicolas Sarkozy se devait de confier à un bon ami chiraquien.

On recommande la lecture du discours de l’intéressé en date du 14 janvier 2011 sur l’exécution du budget de l’État pour mieux mesurer l’ampleur de l’exercice, pourtant très factuelle : « Les dépenses de l’Etat ont été maîtrisées ». À l’heure où le déficit oscille entre 5 et 7% du PIB, il faut être fameusement culotté pour dire ces mots sans rire ou pleurer. Et pourtant, il les a impassiblement prononcés !

... qui en veut toujours plus

Quel étrange carburant pousse François Baroin à en redemander, et à prendre le ministère de l’Économie, à l’issue d’un combat féroce avec le ministre de l’Agriculture et la ministre de la Recherche ? Peut-être n’en a-t-il pas assez, de ces déclarations rassurantes sur le « everything is under control » qui n’abuse même plus les ménagères de plus de 50 ans regardant TF1 ? La perspective d’une prochaine explosion financière, l’avant-goût amer d’une dégradation de notre note par les agences financières, l’attente impavide d’une crise majeure à affronter, peut-être celle qui fera plonger définitivement des États en faillite ?

À croire que Baroin François a pris plaisir aux risques majeurs, ceux qui nous assassinent ou nous rendent plus forts. Et dans cette expérience primale de la résurrection, nous lui souhaitons un bon automne, entre désastre grec et loi de finances 2012 où il devra concilier gentillesse pré-électorale et rigueur budgétaire par crainte... du FMI et de sa prédécesseur.

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