France 3 : lutte à mort contre les mises au placard | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
France 3 : lutte à mort contre les mises au placard
©

Zone franche

France 3 : lutte à mort contre les mises au placard

Nicolas Sarkozy est-il en train de reprendre en main l’audiovisuel public dans la perspective de la présidentielle ? A France 3, on a de sérieuses raisons de le penser…

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

J’adore ces grèves surréalistes de l’audiovisuel public. Elles me gonflent aussi un peu, évidemment, parce qu’elles me privent de mes radios préférées le matin et qu’il faut se taper la réclame sur Europe 1, mais l’exploration de leurs motifs me met toujours en joie…

Aujourd’hui, ce n’est pas à la radio que ça se passe mais à la télé, où des JT de France 3 ont dû être déprogrammés à l’appel de l’intersyndicale CGT-CFDT-SNJ pour protester contre un truc ab-so-lu-ment inique : la mise en place d’un « magasin » (l’endroit où l’on range le matériel de tournage) commun aux rédactions de France 2 et France 3 (qui partagent déjà les mêmes locaux) !

Dans toute autre boîte, un événement aussi inintéressant aurait du mal à provoquer ne serait-ce qu'une vague amorce de conversation à la machine à café ; à l’ORTF (oui, c’est pour faire bisquer ceux qui ont peur d’un retour à l’ORTF en même temps que ceux qui rêvent d’un retour à l’ORTF), c’est une manœuvre cousue de fil blanc signifiant qu’un mauvais coup est en train de se préparer contre lequel il convient de se mobiliser séance tenante...

En principe, comme dans l’Éducation nationale, le mauvais coup a quelque chose à voir avec une « privatisation rampante » mais pas toujours. En l’espèce, expliquent journalistes et techniciens dans un communiqué, c’est leur « indépendance éditoriale qui est attaquée » par « ce passage en force ». Hum, comment ça les gars ? Votre indépendance éditoriale est attaquée parce qu’on vous demande de ranger vos caméras dans le même placard que les confrères de l'autre chaîne ? Vous êtes sérieux ? Parfaitement :

« Le projet de fusion, présenté aujourd’hui en CHSCT, ne présente aucun argument qui justifie une telle décision. La direction parle de mise en commun de moyens techniques. A l’étude du dossier, rien ne justifie une telle urgence, surtout en cette période électorale »

Mais oui voyons bande de gros naïfs : un placard commun pour le matériel des deux rédactions « en période électorale », il faut vous faire un dessin ?

Hé hé, oui, j’aimerais bien qu’on me fasse un dessin, effectivement, parce que j’ai franchement du mal à faire la relation entre ce magasin commun et la présidentielle, au-delà de l’idée qu’il sera plus facile de mobiliser un peu d’empathie de la part des téléspectateurs en leur disant que c’est pour la démocratie qu’on lutte en les privant de JT plutôt que pour un motif à la gomme ― du genre, zut alors, il va falloir que je monte un étage de plus pour aller chercher une batterie de caméra ou je ne sais quoi dans ce fichu magasin commun…

Notez que, ce coup-ci, personne ne parle de privatisation pour enfoncer le clou. Pas comme la rédaction de France Inter qui protestait il y a peu contre sa délocalisation  temporaire à 50 mètres de la Maison de la Radio pour cause de rénovation d’icelle et y lisait la cession imminente de leur station à un fonds de pension californien… Personne n’en parle, mais c’est peut-être la preuve de ce que c’est exactement ce que ça cache, cette affaire de placard.

Car enfin, « une mise au placard », dans l’audiovisuel, c’est bien un truc vicelard, non ? Là, d'accord, pour le moment encore, c’est juste du matériel et des équipements de tournage. Mais il n’y pas de fumée sans feu.

¡No pasarán!

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !