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Au coeur du FMI, à Washington.
Au coeur du FMI, à Washington.
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Crise

Et si on supprimait le FMI ?

Dominique Strauss-Kahn n'est plus depuis ce jeudi Directeur général du Fonds monétaire international. Mais au-delà de l'identité de son successeur, c'est peut-être l'intérêt même de cette institution qui pourrait être mis en cause.

Pascal Salin

Pascal Salin

Pascal Salin est Professeur émérite à l'Université Paris - Dauphine. Il est docteur et agrégé de sciences économiques, licencié de sociologie et lauréat de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

Ses ouvrages les plus récents sont  La tyrannie fiscale (2014), Concurrence et liberté des échanges (2014), Competition, Coordination and Diversity – From the Firm to Economic Integration (Edward Elgar, 2015).

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Le Fonds monétaire international  a été créé en 1944 à la suite des accords de Bretton-Woods qui visaient à créer un nouvel ordre monétaire international après les troubles de la Seconde Guerre mondiale. En fait, l'objectif à terme consistait à rétablir un système d'étalon-or dans lequel les monnaies nationales bénéficient d'une garantie de convertibilité à prix fixe par rapport à l'or, ce qui implique  en conséquence la fixité des taux de change entre ces monnaies nationales.

L'objectif consistant à maintenir la fixité des prix des monnaies par rapport à l'or est par lui-même tout à fait souhaitable puisqu'il signifie que les autorités monétaires ne peuvent pas se lancer dans des politiques monétaires trop expansionnistes et que, contrairement à ce que l'on pense, l'expansion monétaire n'est jamais justifiée.

Les banques centrales à l'origine des crises monétaires

Le principe de fonctionnement d'un système à parité fixe est en effet simple : si un producteur de monnaie - par exemple une banque centrale - crée trop de monnaie, une partie de l'excédent se déverse sur l'extérieur, mais elle est tout d'abord échangée auprès de la banque centrale contre de l'or. Les réserves d'or de la banque centrale diminuent donc et celle-ci est obligée de freiner puis d'arrêter sa politique de création monétaire.

Malheureusement, les banques centrales publiques considèrent qu'elles peuvent annuler de manière arbitraire les engagements de convertibilité à prix fixe qu'elles avaient prétendu donner aux utilisateurs de monnaie : elles dévaluent leur monnaie - ce qui constitue tout simplement du vol - et l'Histoire montre qu'elles ne se sont pas privées de le faire (contrairement à ce qui se passait lorsque les garanties de prix fixe en or étaient données par des banquiers privés). Elles ont été ainsi à l'origine de l'inflation et des crises monétaires.

Une institution centralisatrice et irresponsable

Par ailleurs, l'instauration d'un système de fixité des monnaies par rapport à l'or n'impliquait pas une institution centrale comme le FMI, puisqu'il suffit que chaque banque centrale prenne l'engagement de convertibilité et fasse le nécessaire pour le maintenir. Autrement dit, dès le début l'existence même du FMI était contestable. Mais il est caractéristique de notre époque que l'on ait décidé de créer une structure centralisatrice au lieu de s'en remettre à la responsabilité de chacun dans un système décentralisé.

En fait, beaucoup d'autorités monétaires n'ayant pas respecté la discipline des changes fixes, elles ont enregistré des pertes de réserves de change et on a appelé cela des "problèmes de balance des paiements" (comme si une sorte de fatalité extérieure s'abattait sur elles). Il s'agissait en réalité d'une inadaptation de la politique monétaire. Mais toute institution a tendance à accroître ses pouvoirs et le FMI a vu dans ces situations des occasions inespérées d'intervenir. Il a pour cela un instrument important puisqu'il peut prêter des réserves monétaires aux Etats qui ont des "problèmes de balances des paiements" à partir des ressources apportées par les Etats-membres.

Certes, ses prêts sont conditionnels, c'est-à-dire qu'ils impliquent des changements dans les politiques économiques des pays bénéficiaires. Mais il n'en reste pas moins que le FMI détourne des ressources financières vers les pays les plus mal gérés, contrairement à ce qu'implique toute bonne gestion bancaire, à savoir orienter les ressources vers ceux qui sont le plus capables de bien les utiliser.

Lorsque les taux de change flexibles se sont généralisés à partir des années 1970, le FMI aurait dû disparaître, puisqu'il n'avait plus de raison d'être. Mais il s'est trouvé de nouvelles tâches, comme on l'a vu très récemment. Ainsi, dans la crise de la Grèce - que l'on devrait plutôt appeler une crise de l'Etat grec - il a prêté à ce pays des ressources qui sont détournées de pays mieux gérés, ce qui n'a aucune justification. Un banquier privé accroît le taux d'intérêt demandé à un débiteur douteux. Lorsque le débiteur est un État, les marchés financiers agissent donc ainsi. Mais la connivence entre gouvernements les conduit à refuser la sanction des marchés et ils utilisent leur pouvoir de contrainte pour utiliser les ressources des citoyens - éventuellement par l'intermédiaire du FMI - afin de prêter à des taux plus favorables à ceux d'entre eux qui sont de mauvais débiteurs.

Un symbole de la "mondialisation capitaliste" ?

On a par ailleurs souvent déclaré dans les jours récents que Dominique Strauss-Kahn avait heureusement accru le rôle du FMI à la suite de la crise financière, en augmentant ses moyens d'action et en pratiquant une politique d'inspiration keynésienne, c'est-à-dire une politique de relance par la demande. Or, la crise ne résultait en rien d'une insuffisance de demande, mais au contraire d'un excès de création monétaire dans le monde. Le retour à la stabilité n'implique pas des politiques laxistes, mais bien au contraire une réduction des déficits publics et des politiques monétaires plus strictes.

On peut enfin noter qu'il est étrange que le FMI - de même que la Banque mondiale - soit souvent présenté comme le symbole de la "mondialisation capitaliste", alors qu'il en est exactement le contraire, puisqu'il s'agit d'une institution publique représentant les États et qu'il est donc l'instrument d'un interventionnisme public et mondialisé regrettable. Il faut donc souhaiter la disparition du FMI.

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