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Christine Lagarde, favorite pour prendre la tête du FMI.
Christine Lagarde, favorite pour prendre la tête du FMI.
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Succession de DSK

FMI : Pourquoi il nous faut absolument un Européen

Christine Lagarde est favorite pour prendre la tête du FMI. Elle est largement soutenue par les Européens. Logique, ce sont les plus gros contributeurs de l'institution internationale.

Franck Margain

Franck Margain

Franck Margain est vice-Président du Parti Chrétien Démocrate et conseiller régional UMP en Ile-de-France.

Après des études en finances, il est devenu cadre dans une grande banque internationale.

 

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Atlantico : pourquoi Christine Lagarde semble être la favorite pour diriger le FMI ?

Franck Margain : tout d’abord, soyons très clair. Le Fonds monétaire international est comme une entreprise cotée en bourse, ce sont les actionnaires qui ont le pouvoir. Je rappelle que l’Europe a plus de 25 % des pouvoirs, le reste se divise entre les nombreux pays qui composent le FMI. L’Europe a donc encore aujourd’hui une voix prépondérante dans le choix de ses dirigeants.

La chine, l’Inde, le Brésil et la Russie qui crient au loup pour avoir un peu de pouvoir, sont entrés au FMI depuis 2010, dans des proportions un peu plus représentatives qu’ils n’avaient avant. Tous cumulés, ils ne représentent même pas 10 % du financement. Quelque part, le débat est assez clair, les gens qui payent ont un peu plus de pouvoir que les gens qui ne payent pas.

Maintenant pourquoi Christine Lagarde ? Car bien sûr cela pourrait être le ministre belge Didier Reynders, qui a tout de même donné un peu de voix. Je connais personnellement Christine Lagarde, elle est d’une compétence remarquable. Lors de la crise financière, c’est elle qui était le leader incontesté des ministres des Finances du G8, car cela s’est principalement réglé durant le G8. Elle donnait les principes de bases pour sauver le système bancaire et pour éviter les erreurs, de manière à amener un système équilibré . Il est clair qu’elle est reconnue par ses pairs comme quelqu’un d’extrêmement compétent.

C’est moins la Française et la femme qui est soutenue que l’experte…

C’est le pouvoir européen qui envoie un expert parce que l’on paye. Il n’y a pas aujourd’hui en Europe un meilleur expert que Madame Lagarde. Nicolas Sarkozy pourrait même avoir des difficultés à la lâcher, puisqu’il avait plutôt envie de la voir à ses côtés durant sa campagne présidentielle. C’est vraiment l’experte qui est reconnue, il n’y a pas de souci là-dessus.

Effectivement, vis-à-vis de Monsieur Strauss-Kahn, il s’agit encore d’un Français. Mais je crois que l’on a besoin de laver l’affront. C’est bien compris par l’Europe que la France a connu une phase extrêmement difficile dans l’histoire DSK. Je ne porterai pas de jugement sur la personne mais a quand même eu un comportement discutable. Il y a déjà eu une affaire il y a deux ans pour laquelle on lui avait pardonné. On le voit bien, cet homme avait amené de la légèreté, du libertinage au sein d’une direction d’un fonds d’une telle hauteur, qui n’est pas acceptable. L’affront est lavé et je pense que les Européens et les chancelleries notamment, ont eu souci de rétablir la grandeur de l’Europe.

On est dans un système en partie comparable à celui de l’Ancien Régime où les pays qui aujourd’hui ont le potentiel devant eux de croissance, de richesse financent aujourd’hui la vieille Europe et l’Amérique proche de la faillite ou en tout cas dans une situation financière extrêmement difficile. Eux, ils veulent le pouvoir. Nous, on est en train de dire que l’on veut en garder une partie. On est dans une lutte qui rappelle un peu les scandales du « Collier de la Reine ». L’affaire DSK, si on veut faire un parallèle, représente cette espèce de corruption, de laxisme permanent d’un régime qui s’effondre et qui est challengé par des gens qui ont le pouvoir, comme la bourgeoisie l’avait à l’époque. Aujourd’hui, c’est crucial que l’on ait quelqu’un de fort. C’est « le rappel de Necker » au XVIIIe siècle. On est dans des montants différents, des organisations différentes, des systèmes de communication différents, des rapports hiérarchiques et humains différents mais on est dans une problématique humaine identique.

Les hauts fonctionnaires internationaux font-ils abstraction de leur nationalité d'origine ?

Bien sûr que non. A aucun moment, il ne faut croire ça. Ce que je reconnais à Monsieur Strauss-Kahn, c’est qu’il a défendu l’Europe avec beaucoup de professionnalisme. Il a eu l’intelligence technique de montrer que l’euro avait une dimension absolument fondamentale dans l’organisation monétaire mondiale et qu’il ne fallait pas le laisser. Le problème de l’euro, c’est que c’est un enfant pour l‘instant. Un enfant fragile sur la scène internationale des monnaies. Il a encore besoin de parents qui l’aident à devenir un homme. C’est un enfant fragile mais un enfant avec un énorme potentiel, il est brillant. DSK l’a compris et c’est ce que l’on peut lui accorder. Il a eu l’idée assez intéressante voire pragmatique de s’apercevoir qu’il y avait un enfant brillant avec un fort potentiel et qu’il fallait le défendre, c’est ce qu’il a fait en défendant la Grèce. C’est en partie pour cela que les Chinois, les Russes, les Brésiliens et les Africains du sud disent « vous êtes très gentils mais vous aidez encore l’Europe, alors qu'elle est endettée, nous on paye, on veut rentrer dans le club et vous faites une affaire familiale de cette histoire ». On peut reprocher à Strauss-Kahn d’un point de vue chinois ou brésilien, que les fonds du FMI ont été plus particulièrement utilisés à défendre l’enfant fragile qu’à défendre le développement des favelas de Rio ou des provinces reculées de la Chine. C’est une réalité, tout de même. Je suis donc persuadé qu'ils ne sont pas apatrides.

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