Finis les "grillages" de feux rouges ? Ils fêtent leur 100e anniversaire mais ils devraient bientôt disparaître | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
High-tech
Finis les "grillages" de feux rouges ? Ils fêtent leur 100e anniversaire mais ils devraient bientôt disparaître
©Carlos Barria / Reuters

Extinction des feux

Finis les "grillages" de feux rouges ? Ils fêtent leur 100e anniversaire mais ils devraient bientôt disparaître

Les feux de circulation, qui rythment nos vies que nous soyons automobilistes, cyclistes ou piétons, pourraient laisser la place à des outils technologiques moins visibles.

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

Voir la bio »

Atlantico : Le feu de circulation souffle sa 100ème bougie en ce mois d'août 2014. Combien de temps va-t-il pouvoir tenir face aux avancées technologiques des automobiles ? 

Jean-Gaberiel Ganascia : Question ouverte ! Ils sont devenus si "naturels" aujourd’hui dans le paysage urbain que l’on conçoit mal leur suppression. Pourtant, il se peut qu’un  jour, ils deviennent moins utiles. C’est ce que nous montrent les travaux récents sur la voiture autonome conduits par Google et les grands constructeurs automobiles. En effet, on pourrait imaginer, dans le futur, que les voitures échangent de l’information sur leurs positions respectives et s’annoncent mutuellement à l’arrivée à un carrefour. Il serait alors envisageable qu’elles négocient directement entre elles leur ordre de passage. Cela permettrait de réguler la circulation de façon plus flexible qu’aujourd’hui avec les feux tricolores.

Qui plus est, des techniques d’intelligence artificielle pourraient tirer avantage de toutes ces informations pour superviser la circulation sur les carrefours, comme le faisaient les policiers d’antan avec leur bâton blanc, et envoyer directement des signaux aux voitures… Ceci étant, ces changements ne sont pas pour demain, car il faudrait que tous les véhicules soient équipés et se coordonnent.

D'ores et déjà, le feu de circulation est remplacé de plus en plus par les ronds points. Cette tendance est-elle appelée à durer ? Signe-t-elle le début de la fin du tricolore ?

Les ronds points aident à supprimer quelques feux de circulation, mais ce n’est pas toujours le cas. En effet, les feux tricolores ne servent pas uniquement à réguler le trafic automobile. Ils aident aussi les piétons à traverser et ils avertissent du passage d’un tram. On peut bien évidemment remplacer les passages protégés des piétons par des souterrains, mais cela coûterait cher, sans compter que c’est un peu fatiguant pour les piétons qui doivent descendre et monter des marches… Qui plus est, outre les piétons, la rue appartient aussi aux vélos qui auraient des difficultés à s’adapter…

Est-il possible que le feu de circulation prenne une forme et des fonctionnalités nouvelles ? Quelles pourraient être  mutations ?

On peut imaginer bien des solutions pour que l’affichage ne soit plus collectif, comme avec les feux tricolores, mais individuel, par exemple, les autorisations de passage pourraient se projeter directement sur le pare-brise ou, pour les piétons, sur leurs lunettes à écran intégré. Les Google glass qui commencent à sortir aux Etats-Unis offrent un excellent exemple de ces dispositifs de réalité augmentée qui conduiraient à supprimer les feux tricolores.

L'automobile évolue de plus en plus et se dote d'outils de communication pour s'autocontrôler. La voiture autonome aujourd'hui peut-elle se passer du système  traditionnel des feux de circulation ?

Il se pourrait qu’un jour les voitures envoient systématiquement de l’information sur leur position et leur vitesse. C’est déjà le cas avec des logiciels comme Waze qui aident à déterminer la densité de circulation et la vitesse du flux des voitures. Ces informations pourraient s’échanger directement entre les voitures, qui négocieraient entre elles leur ordre de passage. On supprimerait alors certains feux tricolores. Cela fluidifierait certainement la circulation, lorsque peu de voitures roulent. Mais, on pourrait faire la même chose en conservant les feux tricolores. Les feux auraient alors une forme identique à aujourd’hui, mais seraient commandés différemment, puisqu’ils percevraient des signaux en provenance des automobiles, des piétons et des vélos et les géreraient eux-mêmes. C’est certainement ce qui se produira dans l’avenir.

Quel serait le futur écosystème routier avec des voitures autonomes ? L'investissement faramineux de plusieurs milliards d'euros est-il un frein à son développement ? 

Que l’on ajoute des superviseurs intelligents dotés de capteurs pour réguler la circulation coûterait certainement un peu d’argent, mais cela ferait économiser beaucoup en temps de circulation. Cela augmenterait aussi le seuil de saturation des routes, en particulier dans les villes, ce qui serait bénéfique pour tous. Il y aurait là tout à gagner. Nous pouvons d’ailleurs prédire, sans grand risque, que cela se mettra bientôt en service dans ce que l’on appelle la ville intelligente. En revanche, que l’affichage des feux tricolores change de forme ou qu’il disparaisse totalement, pour s’intégrer aux véhicules aurait certainement un coût prohibitif, d’autant plus qu’il n’y a pas d’inconvénient majeur à les conserver. En matière d’équipement urbain, les facteurs économiques apparaissent vraiment déterminant.

Au reste, les piétons et les vélos devraient aussi être équipés, ce qui soulèverait non seulement des problèmes d’ordre économique, mais aussi des réserves d’ordre éthique : l’individu ne pourrait plus se promener en ville sans écran, ni augmentation de la réalité.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !