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Fête de l'Huma : ces communistes qui ne pourront survivre qu'au prix de leur renoncement idéologique forcé
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A la gorge

Fête de l'Huma : ces communistes qui ne pourront survivre qu'au prix de leur renoncement idéologique forcé

Alors que la Fête de l'Humanité vient de s'ouvrir ce vendredi, le PC est plus que jamais dans une situation délicate. Entre le choix d'une alliance avec les forces de gauche et le PS, la dernière option paraît la plus nécessaire pour la survie du parti, même si elle constitue sans doute la plus difficile.

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : En l'état actuel, que peuvent espérer les communistes dans le cadre de la présidentielle 2017 ? 

Sylvain Boulouque : Dans le cas où les communistes se présenteraient seuls à la présidentielle, ils ne peuvent pas espérer grand-chose dans la mesure où leur secrétaire général, Pierre Laurent, n’est pas un orateur né, ni un tribun. Il y a donc peu de chance pour qu’il puisse porter les couleurs communistes. Il est davantage un homme d’appareil, un organisateur.

Dans ces conditions donc, le PC est obligé de s’allier. Plusieurs options s’offrent alors à lui : le parti peut décider de s’allier avec les forces de gauche, aboutissant à la reconstitution d’un Front de gauche ; ou bien il peut choisir l’alliance avec le PS. Le problème de cette deuxième option, c’est que le PC a tout de même manifesté depuis quatre ans une hostilité assez forte vis-à-vis du PS. Cette alliance aura donc du mal à être justifiée. En même temps, le PC ne veut pas fermer cette possibilité d’alliance à l’échelon local, ce qui complique davantage sa situation.

Il convient de prendre en considération un dernier élément : la base militante du PC est bien plus radicale que son appareil. Ceci signifie que dans un cas d’alliance avec le PS, le PC risque de se couper de sa base militante, voire de se retrouver quasiment face à un phénomène de scission. D’ailleurs, il y a des militants importants du PC, comme Marie-George Buffet, qui suivent déjà Jean-Luc Mélenchon dans sa campagne. En l’état, la solution qui paraît le plus simple pour le PC serait de s’allier avec le Front de gauche ou de participer à une recomposition de ce Front. Le risque de cette solution est représenté par le chantage que pourrait lui faire le PS. 

L'alliance avec le PS lors de ce scrutin n'est-elle pas la seule chance de survie du PC ? Celle-ci peut-elle fonctionner dans le temps ? 

Dans le cas de cette alliance, le PC sera obligé de faire un travail dialectique visant à justifier ce rapprochement auprès de ses électeurs et du monde journalistique, compte tenu de ses violentes critiques à l’égard du gouvernement socialiste depuis le début du quinquennat Hollande. Sans alliance avec le PS, le PC aurait beaucoup à perdre car cela signifierait la disparition, à très courte échéance, de l’appareil communiste. En effet, dans la mesure où les communistes se présenteraient seuls aux différents scrutins à venir, ils seraient sûrs de réaliser des scores aux alentours de 10% ; dans certains cas, ils pourraient peut-être sauver quelques bastions, comme Gennevilliers, mais pour une seule élection seulement. Toutefois, il ne faut pas oublier que mêmes ces municipalités-là ont été acquises grâce à une alliance avec le PS.

En terme d’appareil municipal, le PC représente normalement le troisième parti de France. C’est cet appareil qui lui permet de survivre, grâce à cette stratégie d’alliance. Il y a un certain nombre de militants, même dans les grandes villes, qui sont reconnus avec une identité communiste, comme cela est le cas des élus communistes à Paris ; à Lyon également, il y a un certain nombre de militants du parti qui sont avec Gérard Collomb, qui est quand même – si je peux me permettre l’expression – une figure "socialiste de droite", ce qui n’a pas posé de problème à la majorité de l’appareil du PC. On peut assister à ce cas de figure avec quelques inclinaisons locales. C’est le seul moyen pour le PC de sauver son appareil. Sinon, le PC peut opter pour une stratégie de rupture complète sachant qu’il perdra son appareil, et que les seuls bastions qu’il pourra sauver ne pourront l’être que lors de scrutins à la proportionnelle au suffrage direct ; on peut aussi envisager qu’ils puissent obtenir quelques députés européens, en plus du remboursement des frais de campagne dans le cadre de la présidentielle.

Dans le cas où le PS serait battu à l’issue de l’élection présidentielle de 2017, et que PS et PC se retrouveraient ainsi dans l’opposition, cette alliance sera plus facile à maintenir que dans le cas inverse. 

Cette alliance avec les socialistes et François Hollande, si celui-ci devait être candidat, ne risque-t-elle pas de porter atteinte à l'image des communistes, notamment auprès de la gauche de la gauche ? N'est-ce pas renoncer à l'idéologie qui constitue l'ADN du parti ? Comment ce dernier pourra-t-il s’en remettre ? 

Historiquement, l’alliance avec le PS a toujours été justifiable aux yeux de la direction de l’appareil et des militants parce qu’elle survenait dans des phases où des réformes été engagées. Le PC pouvait alors se prévaloir de sa participation à ces réformes. Mais aujourd’hui, au regard du bilan et des critiques formulées contre l’exécutif, cette alliance ne semblera pas crédible auprès des militants qui ont passé leur temps à manifester contre le gouvernement, ni auprès des observateurs de la vie politique, ni même des électeurs qui ne seront pas dupes quant à la volonté de ces apparatchiks de vouloir sauver leur place au détriment d’un discours. La situation du PC est donc compliquée à gérer. 

 

Propos recueillis par Thomas Sila

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