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Le Festival d'Avignon 
est-il de gauche ?
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IN/OFF

Le Festival d'Avignon est-il de gauche ?

Le Festival d'Avignon a vu défiler ce week-end de nombreux hommes politiques. Surtout socialistes. Mais pour l'écrivain Antoine Buéno, présent sur place, cette manifestation n'est pas uniformément de gauche. Explications...

Antoine Bueno

Antoine Bueno

Antoine Bueno est écrivain et chargé de mission au Sénat. Il se produit aussi dans son seul en scène, "Antoine Bueno, l'Espoir".

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Une augmentation de 30 à 50% du budget de la culture ! C’est l’annonce faite par Martine Aubry lors de son passage en Avignon. Les candidats se sont succédé ce week-end au festival. La Première secrétaire du PS, François Hollande, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Manuel Valls : la visite de Jean-Louis Borloo et Valérie Pécresse n’ont pu contrebalancer la prédominance des candidats de gauche, attestation de leur plus grande sensibilité aux questions culturelles et d’une prévalence de leurs idées au sein du monde de la culture.

Pour autant, l’esprit du festival d’Avignon est-il de gauche ? Pas si évident…

Voyons… Il y a deux festivals d’Avignon : le IN et le OFF. La réponse pourrait donc ne pas être univoque…

Le IN est un festival d’art officiel. Il est donc très largement subventionné : 55% de ses ressources proviennent de subsides publics. Le détail de ces subsides est aussi instructif. La subvention de l’Etat (30% du budget du IN) est, de très loin, la plus importante (ville = 13%, département = 5%, région = 4%). Le IN d’Avignon est donc un instrument de la politique culturelle de l’Etat. En dépit des apparences, il n’est pas une action culturelle décentralisée. Il dépend organiquement de Paris, concrétisant une conception jacobine de la culture. Par ailleurs, sa programmation ne s’adresse pas au grand public, elle est très élitiste. Pour en profiter, il faut avoir du temps (les pièces du IN sont longues), de l’argent (les pièces du IN sont chères) et, si possible, un bagage culturel (lorsqu’il ne s’agit pas de purs produits de masturbation). Le IN fonctionne donc comme une belle machine de redistribution à l’envers : le contribuable finance une manifestation à laquelle il n’aura globalement pas accès au profit d’une caste d’apparatchiks de la culture. Une certaine idée de la gauche…

 

François Hollande assistant (s'ennuyant ?) à Avignon
à "La Levée des conflits" de Boris Charmatz
. (Crédits : Antoine Buéno)

 

Le OFF, c’est tout le contraire. Le OFF est, par nature, libéral. Il ne perçoit presque aucune subvention et s’autofinance intégralement. Le OFF travaille sans filet, il est aiguillonné par la nécessité et l’urgence économiques. Le temps du festival, les rues de la vieille ville d’Avignon se transforment en marché de la culture où se rencontrent une offre pléthorique, fruit de l’initiative privée, et une demande tout aussi abondante. Sur le libre marché culturel avignonnais, une myriade de spectacles vivants se livrent une concurrence aussi joyeuse et festive qu’acharnée. Le résultat ? Une énergie, une vitalité et une créativité prodigieuses. Le OFF est tout public. Ce qui n’implique pas, contrairement aux idées reçues, un nivellement de la qualité par le bas. Bien au contraire, on y retrouve aussi l’exigence intellectuelle et la créativité expérimentale supposées caractériser le IN (et qui sont toujours présentées comme sa raison d’être).

Le OFF est un extraordinaire laboratoire de politique culturelle libérale. Pas très de gauche donc…

La preuve par l’exemple qu’augmenter le budget de la culture ne peut être une fin en soi ?

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