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Fessenheim : le cadeau empoisonné de Ségolène Royal à EDF. Il va coûter tellement cher que personne n’ose en parler
©Reuters

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Fessenheim : le cadeau empoisonné de Ségolène Royal à EDF. Il va coûter tellement cher que personne n’ose en parler

Le gouvernement et EDF ont négocié tout l’été pour fixer l’indemnité qui sera versée en compensation de la fermeture de cette centrale nucléaire. C’est dérisoire, parce qu’il faudra bien que quelqu’un paye. Alors devinez qui ?

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Après des mois de débats assez violents, le gouvernement aurait trouvé un accord sur le montant de l’indemnisation qui sera versée à EDF, pour compenser le coût de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim : 400 millions d’euros. Alors c’est mieux que les 80 millions d’euros que Ségolène Royal avait proposé avant l’été. Mais c’est encore très loin de ce que EDF aura besoin pour financer l‘arrêt, puis le démontage et le manque à gagner de la centrale. Les services d'EDF ont estimé le coût entre 2 et 3 milliards d’euros, sachant que la commission parlementaire avait chiffré les dommages et intérêts à 4 milliards d’euros.

EDF et l’administration se sont donc battus tout l’été pour aboutir à un chiffre dont tout le monde sait qu‘il est très politique. Il permettra seulement de calmer le jeu. La meilleure preuve, c’est que cette estimation est sortie la semaine dernière, et ni le cabinet de Ségolène Royal, ni la direction d'EDF se sont précipités pour la commenter. Les uns comme les autres savent que ce chiffre est tellement loin de la réalité qu’il faudra bien revenir dessus.

En attendant, cet arbitrage en dit long sur la façon dont l’administration gère ses relations avec une grande entreprise industrielle comme EDF.  En fait, le gouvernement s’est retrouvé piégé, comme souvent, par une promesse politique qu’il ne peut pas réaliser.

1er point : la décision de fermer Fessenheim, une des centrales nucléaires les plus emblématiques, avait été annoncée par François Hollande pendant la campagne présidentielle. C’était l'une des conditions pour s’attacher le vote des écologistes. Ségolène Royal a repris à son tour ce projet en jurant de le réaliser.

2e point : la fermeture de Fessenheim n’étant pas urgente, techniquement et économiquement, beaucoup d’experts et de responsables politiques ont critiqué l‘idée en soulignant le coût que cela représenterait.

3e point : devant les contraintes d’approvisionnement en électricité et les contraintes budgétaires, EDF a réussi à négocier un allongement de la durée de vie des centrales nucléaires, pensant que Fessenheim pourrait également continuer de tourner quelques années.

4e point : c’était sans compter avec les certitudes des écologistes et la détermination de Ségolène Royal, qui a consenti à porter le débat sur les moyens nécessaires pour indemniser EDF. Quand on a commencé les calculs, on s’est bien aperçus que le coût était exorbitant et que le budget de la France ne le permettait pas. D’où le débat sur le montant des indemnisations.

5e point : le dossier n’est pas clos pour autant parce que, si l’administration accepte de verser les 400 millions d'euros et donne l‘ordre de commencer les travaux d’arrêt et de démantèlement, cela coûtera beaucoup plus cher. EDF ne tarderait pas, dans ces conditions, à nous le préciser. Entre 3 et 4 milliards d'euros. A qui les demander sinon à l'Etat ?

6e point : dans ces conditions, il faudra bien préciser comment sera financée la différence. En théorie, il n’y a pas trente-six solutions, il y en a trois, très simples :

- EDFpourra demander à l’Etat une dotation supplémentaire en capital, c’est-à-dire qu'on reviendra à la case départ.

- EDF devra demander une augmentation des tarifs, et c’est le client, usager qui paiera directement. 

EDF peut aussi réduire son programme d’investissement, ce qui ne fera qu’augmenter les prix de revient de l’énergie.

Dans tous les cas de figure, on s’aperçoit qu‘une décision purement politique - fermer une centrale pour faire plaisir à un segment de clientèle électorale, sans que cette décision corresponde à une équation économique équilibrée - débouche sur un appel au contribuable.

Le contribuable n’a pas mérité de payer pour que le gouvernement achète les voix des écologistes. Ségolène Royal risque d’en faire perdre beaucoup plus que ce qu'elle pense en récupérer par la fermeture de Fessenheim.

Est-ce qu’il existait d’autres solutions ? Oui, bien sûr : laisser fonctionner Fessenheim encore quelques années, en attendant que la prochaine génération soit opérationnelle.

Mais c’était évidemment politiquement impossible. Le gouvernement s’est piégé complètement.

Résultat : il est probable qu'on ne reparlera plus de ce dossier. Ségolène Royal va pouvoir participer à la prochaine campagne présidentielle en disant que le dossier a été réglé. Elle ne dira pas comment, parce qu‘en réalité, le prochain gouvernement s’empressera de tout reprendre à zéro. Il n’aura pas d’autres choix. 

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