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Quand Facebook se cache derrière Burson-Marsteller pour attaquer Google
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EDITORIAL

Quand Facebook se cache derrière Burson-Marsteller pour attaquer Google

L'EDITO DE GILLES KLEIN : Méga flop pour l'opération de com masquée signée Zuckerberg.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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Le site de Burson-Marsteller avec le titre du communiqué qui reconnaît que l'agence a monté, pour le compte de Facebook, une opération clandestine contraire à l'éthique.

Des journalistes et des blogueurs américains contactés par une agence internationale de communication qui leur fournit des arguments pour critiquer Google, tout en cachant le nom du client qui la paie pour le faire. Ce serait simplement une banale et dérisoire opération de lobbying maladroit, si grâce au blogueur qui a rendu publique la proposition, on n'avait pas découvert qu'elle mettait en cause le premier réseau social du monde (Facebook) avec la complicité d'une des premières agences de communication du monde, Burson-Marsteller (groupe WPP).

C'est d'abord USA Today qui a été contacté par Burson-Masteller pour publier un article anti-Google qui vend la mèche. On apprend que Chris Soghoian, un blogueur influent, a aussi été contacté par Burson qui lui propose d'écrire une tribune dénonçant Social Circle une des fonctions de Gmail, le service gratuit d'e-mail de Google, qui menacerait la vie privée de ses utilisateurs. De plus, Burson-Marsteller dans son message annonce qu'il se chargera de faire reprendre cette tribune sur le site Huffington Post  et même de la faire paraître dans le Washington Post ou sur le site. On est déjà assez étonné de découvrir que Burson-Marsteller peut faire paraître ce qu'elle veut dans un grand quotidien américain. Mais le stratagème de Burson échoue, car l'agence n'a pas utilisé un téléphone, mais des emails dont la copie est rendue publique par le blogueur, choqué par le procédé.

Mais Burson n'a pas voulu dévoiler le nom du client qui le paie pour cette opération. C'est le site The Daily Beast qui va révéler le pot aux roses : le client n'est autre que Facebook. Le réseau social qui a été mis en cause à de nombreuses reprises pour sa gestion désordonnée de la vie privée de ses utilisateurs essaie de noircir le  géant Google. Pour montrer qu'il n'est pas seul à faire peu de cas de la vie privée de ses abonnés ? Et aussi pour gêner son concurrent dans plusieurs domaines ? Car Google possède, lui aussi, un réseau social : Orkut, peu connu en Europe, mais bien implanté en Inde ou en Amérique Latine, puisqu'il a été le leader au Brésil, avant que Facebook ne passe à l'offensive.

En tout cas, Facebook reconnaît être le donneur d'ordre de cette opération. Et Burson-Marsteller finit par publier un communiqué piteux rejetant la responsabilité de ce fiasco sur son client "Facebook a demandé que son nom reste caché" ajoutant que ce genre d'opération clandestine est contre les habitudes et les règles de Burson-Marsteller qui prônent la transparence.

On a honte pour Burson-Marsteller qui a accepté, à la demande d'une marque mondiale, de violer ses propres règles en matière d'éthique. Cette agence aussi présente en France et dans de nombreux autres pays aurait du tout simplement refuser l'opération puisqu'elle reconnaît elle-même, après coup, qu'elle était anormale. Mais ne dit pas si ses responsables chez Burson ont été sanctionnés. On a simplement appris que Burson-Marsteller ne travaillait plus pour Google, ce qui n'est pas étonnant, quand on mène aussi mal une opération d'intoxication où la naïveté se mêle à l'incompétence.

Bien sûr, si tout s'était passé comme prévu, Burson n'aurait pas révélé le nom de son client. On peut légitimement se demander combien d'opérations de désinformation de ce genre Burson-Marsteller a mené sans être découverte ? En tout cas la honte est mondiale pour Burson-Marsteller : aussi bien dans la presse aux Etats-Unis, que dans le reste du monde, de l'Inde à la Pologne en passant par le Brésil, l'Australie ou Singapour, l'affaire est largement couverte, avec souvent des titres en Une. Belle opération de communication négative. Un cas d'école.

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