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Euro de football : 
une aubaine pour la mafia ?
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Pénalité

Euro de football : une aubaine pour la mafia ?

La question des matchs truqués et de la criminalité se répand de plus en plus dans le football. A quel Euro peut-on s'attendre ?

Gael Raballand

Gael Raballand

Gael Raballand est chercheur associé l’Institut Choiseul et co-fondateur du site www.footballmoderne.com.

Il est l'auteur de Quel avenir pour le football ? Il s’intéresse notamment à l’économie du football et aux questions de gouvernance

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Aujourd’hui débute le championnat d’Europe des Nations ou EURO qui rassemble 11 des 15 meilleures équipes mondiale au classement FIFA. La compétition se déroulera en Pologne et Ukraine et se terminera le 1er juillet après la finale qui aura lieu dans le Stade Olympique de Kiev. A l’heure où la compétition débute, il semble important de s’arrêter sur la criminalisation du football quelle soit en Ukraine ou en Europe plus généralement car c’est un phénomène qui semble de plus préoccupant. Le football semble attirer de plus en plus de capitaux douteux et être de plus en plus infiltré par le crime organisé.

C’est probablement le cas en Ukraine. L’équipe de France est arrivée dans ce pays, à Donetsk. Cette ville, ou plutôt son club, le Chakhtior Donetsk, est la propriété d’un des hommes les plus sulfureux du pays : Rinat Akhmetov. Homme d’affaire, et politicien, il est fils de mineur né en 1966. Il a fait fortune dans les années 90 et 2000 jusqu’à être classé 148ème fortune mondiale par Forbes en 2010. Ses 5 milliards de dollars font de Rinat Akhmetov l’homme le plus riche d’Ukraine. Directeur de la Donetsk Bank, il créa en 2000, le groupe System Capital Management dont les deux principales filiales sont Metinvest (mines, aciéries et usines métallurgiques) et DTEK qui (principales compagnies électriques d’Ukraine). A plusieurs reprises, il a été accusé de liens avec la mafia. Après des débuts comme joueur de cartes professionnel, il devint, entre autres, l’un des proches collaborateurs d’Akhatem Braguin, tatar d’origine comme lui, engagé dans le commerce de gros et la commercialisation de la vodka mais surtout soupçonné d’être le chef des clans de Donetsk. Akhmetov a succédé à Braguin à la présidence du Chakhtior Donetsk après que ce dernier ait été tué par l’explosion d’une bombe placée sous son siège dans le stade en octobre 1995. Sous sa présidence, le Chakhtior Donetsk est devenu le meilleur club ukrainien depuis le début des années 2000 et un club européen victorieux avec la victoire en Coupe de l’UEFA en 2009. Le Chakhtior fut créé en 1936 sous le nom de Stakhanovets Stalino et en référence au mineur du bassin du Don. Rinat Akhmetov a tout de même offert au club un stade de plus de 300 millions de dollars au club, la Donbass Arena, qui  accueillera le premier match de l’Equipe de France lundi...

Certains verront dans l’organisation de l’Euro par l’Ukraine le signe d’une consécration de la diversité. Mais d’autres verront un symbole d’une criminalisation accrue du football car cette compétition est une consécration pour les oligarques du football ukrainien car sans la Donbass Arena par exemple, la qualité du dossier ukrainien aurait été bien plus faible.

En outre, la compétition ne semblerait plus à l’abri de matchs truqués. Ainsi, en Italie, ce ne sont pas moins de 19 personnes, y compris le capitaine de la Lazio de Rome, Stefano Mauri, qui ont été arrêtés très récemment pour matchs truqués. Comme l’expliquait Declan Hill dans son livre Comment truquer un match de foot ? (Editions Florent Massot), les mafias asiatiques, après avoir ‘écumé’ certaines compétitions asiatiques, se seraient attaquées à des ‘petits’ championnats européens en truquant les matchs (comme en Belgique ou en Grèce).  Mais appâtés par le gain et étant de plus en plus aguerris dans les techniques, ils profiteraient notamment de l’explosion des paris en ligne pour truquer un nombre croissant de matchs dans des compétitions internationales.

Dans ce contexte, la FIFA n’a pas moins recruté que l’actuel procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, pour devenir son directeur anti-corruption mais cela suffira-t-il ? Rien n’est moins sûr si on se réfère à l’histoire récente et à la gouvernance des instances dirigeantes de ce sport.  

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