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Euro 2016, Tour de France, plages, festivals, transports : la France a-t-elle les moyens de protéger ses touristes cet été ?
©Reuters

Ça va être chaud

Euro 2016, Tour de France, plages, festivals, transports : la France a-t-elle les moyens de protéger ses touristes cet été ?

Deux événements sportifs majeurs se tiennent en France cet été : l'Euro 2016 et le Tour de France. C'est notamment pour faciliter leur organisation et la mise en place d'une meilleure sécurité que l'état d'urgence a été prolongé d'encore deux mois. Ce ne seront cependant pas les seules difficultés d'ordre sécuritaire que rencontreront les policiers cet été.

Philippe Capon

Philippe Capon

Philippe Capon est Secrétaire Général de l'UNSA Police.

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Atlantico : Le 10 juin 2016 débutera l'Euro 2016, avec le match inaugural opposant la France à la Roumanie. A l'occasion de cet événement sportif majeur, mais également du non moins important Tour de France, l'état d'urgence a été prolongé de deux mois encore. Pourtant, le dispositif sécuritaire semblait loin d'être au point lors de la finale de la coupe de France qui s'est déroulée le 21 mai... Sommes-nous en mesure, aujourd'hui, d'assurer la sécurité de ces rendez-vous sportifs internationaux ?

Philippe Capon : Un certain nombre de mesures ont déjà été prises à la suite des attentats qui ont touché le Stade de France en novembre dernier. Cet attentat a joué comme une expérience en conditions réelles, et des enseignements ont pu en être tirés pour améliorer le dispositif. Sans oublier, bien évidemment, le contre-exemple de la finale de la Coupe de France de football, laquelle témoigne du fait qu'au Stade de France, le dispositif n'était pas encore au point. En un sens, il est préférable que les problèmes, liés vraisemblablement à des décisions irrationnelles, se soient manifestés avant l'Euro de football.

Depuis l'état d'urgence, les forces de l'ordre ont été très sollicitées pour assurer la sécurité du territoire et des personnes. Et cette sécurité a un coût humain important dans nos rangs : les congés des forces de l'ordre sont supprimés et les jours de repos réduits au minimum. Ces contraintes pèsent directement sur les policiers de terrain depuis des mois. 

Ce genre d'événement exceptionnel, dans un contexte normal, mobilise déjà beaucoup la police. Il existe des risques de débordements, de hooliganisme, d'actes de vandalisme en tous genre. A tout cela s'ajoute le risque terroriste, qui est évidemment encore plus délicat… Celui qui prend le risque de dire que la sécurité sera assurée à 100% ne peut pas être pris au sérieux même si les moyens y sont.

C'est en ce sens qu'il aurait peut-être fallu décaler le départ du Tour de France. Le calendrier actuel montre que les événements s'enchaînent sans discontinuer, et aussi sans nous laisser de répit.

Un véritable combat politique est en train de se dessiner autour du maintien ou non des fan-zones dans le cadre de l'Euro 2016. Quelles sont les éventuelles difficultés avec lesquelles il nous faudra composer pour assurer une sécurité maximale ?

Dans ces fan-zones, et de ce que nous en savons, les supporters pourront visionner les matchs en direct, mais aussi assister à des concerts ou à d'autres activités. De notre point de vue, c'est une fausse bonne idée, car elles ajoutent des lieux à sécuriser là où toutes ces personnes auraient regardé le match dans un bar ou un bistrot. On fait croire qu'en les confinant dans une zone délimitée il y aura moins de problèmes. Mais après les matchs, des populations alcoolisées pourraient déraper, avec un risque de bousculades accru. 

Et tout ceci s'applique pour l'Euro 2016, mais aussi pour le Tour de France, les festivals, les stations balnéaires… Dans certaines parties du pays, les gendarmes se retrouvent à devoir gérer des populations qui doublent ou triplent avec l'arrivée des vacanciers. La police et d'autres forces de l'ordre sont alors mobilisées.

Nous allons devoir faire appel au secteur privé pour sécuriser tous ces endroits. En créant des fan-zones, on crée de nouveaux objectifs à défendre.

Et je ne parle pas du fait qu'au-delà de l'Euro, il y a en plus le travail normal que nous devons accomplir. L'état d'urgence et les différentes tâches pour lesquelles les forces de polices et de gendarmerie sont supposées intervenir contribuent déjà à nous mobiliser lourdement. Le calendrier ne sera pas non plus pour nous aider. Certaines périodes cet été devraient être très difficiles à gérer. L'Euro ne sera pas terminé quand commencera le Tour de France, le 2 juillet. Tout juste après la fin de l'Euro, le 10 juillet, aura lieu le défilé du 14 juillet qui brasse toujours un nombre important de gens. La saison estivale commencera également à ce moment. Tout cela impliquera de vraies complifications en juillet, qui fera l'objet d'un fort engagement de la part des policiers et des gendarmes. 

Nous sommes en mesures de protéger les touristes et les vacanciers : nous n'avons simplement pas le choix. Néanmoins, les délais d'interventions seront nécessairement plus longs pour certains, car nous ne pouvons pas être partout. A cet égard, l'ensemble des ressources en termes d'hommes et de réservistes devraient être mobilisées. Mais il est primordial de parvenir à s'extirper de ce climat de mobilisations violentes et de mouvement sociaux qui occupent beaucoup les forces de l'ordre, nous empêchant de nous déployer complètement sur d'autres missions.

D'un point de vue concret, et sans en dévoiler trop, en quoi consiste le dispositif de sécurité prévu ? A quoi doivent s'attendre les Français et les autres spectateurs de tels événements ?

Ils doivent s'attendre à faire l'objet de plusieurs contrôles de sécurité, à se voir demander leurs papiers d'identité, et éventuellement à des files d'attente.

En outre, quelles sont les mesures de bon sens qu'il est possible de conseiller aux différents publics concernés ? Jusqu'où le succès d'une telle opération repose aussi sur l’initiative citoyenne ?

Les vidéos montrant des policiers se faisant attaquer pendant les manifestations contre la loi El Khomri montrent que certains civils réagissent et s'opposent à certains comportements. Je crois que c'est le genre d'attitude qui résume ce qu'il faut faire.

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