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Trou d'air sur l'optimisme américain
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Crise identitaire

Trou d'air sur l'optimisme américain

Plusieurs études affirment que les Américains sont pessimistes sur l'avenir de leur pays. Dette colossale, taux de chômage élevé et baisse du dollar, les Etats-Unis ont effectivement perdu de leur superbe. Qu'en est-il vraiment, à un an de la prochaine élection présidentielle ?

Nicole Bacharan

Nicole Bacharan

Nicole Bacharan est historienne et politologue, spécialiste de la société américaine et des relations transatlantiques.
Elle a co-écrit avec Dominique Simonet  "11 septembre le jour du chaos" (Perrin, à paraître le 18 août 2011).

Son prochain livre est Le guide des élections américaines de 2012, co-écrit avec Dominique Simmonet,  à paraître aux éditions Perrin.

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Atlantico : Les Américains ont-ils encore confiance en leur pays ?

Nicole Bacharan : La réponse est oui, sans concession. Le sondage du Business Insider montre qu’il existe une très grande inquiétude pour l’avenir immédiat des Etats-Unis. La crainte du déclin est aussi présente. Mais en même temps, sondages et études montrent que les Américains continuent de penser que leur pays est un des meilleurs, voire le meilleur du monde.

Pourquoi les Américains pensent-ils que leur pays va dans la mauvaise direction ?

Il y a à cela deux raisons principales. Tout d’abord la crise économique, avec son fort taux de chômage, une dette monumentale et une reprise qui est là mais dont les Américains ne sentent pas les effets. Le chômage – prolongé, frappant particulièrement les jeunes, laissant beaucoup de gens sans espoir de jamais retrouver un emploi – est évidemment la source d’un grand pessimisme. La deuxième raison, c’est l’émergence de pouvoirs rivaux, notamment la Chine. Les Etats-Unis restent encore la superpuissance, mais ils vont être contraints de partager le pouvoir avec d’autres puissances mondiales, et cela conforte la crainte du déclin.

Sur quels grands thèmes va se faire l’élection présidentielle de 2012 aux Etats-Unis ?

Sauf événement extérieur majeur, inattendu, l’élection va se faire sur la crise économique, le chômage et la dette. Depuis Franklin Roosevelt, aucun président n’a été élu avec plus de 7% de chômage, à part Reagan en 1984. Il avait réussi à convaincre les américains que l’économie repartait dans le bon sens grâce à lui. Obama sait qu’en novembre 2012, il y aura au moins 7% de chômage aux Etats-Unis, probablement un peu plus. Il doit s’emparer du débat, être capable de démontrer que les courbes s’inversent dans le bon sens et persuader les Américains qu’il détient les clés pour un meilleur avenir économique. S’il n’y parvient pas, les Républicains ont toutes leurs chances.

Le système de santé que Barack Obama a mis en place, très mal vu aux Etats-Unis, va-t-il jouer dans la balance de l’élection ?

Le système de santé va certes jouer, mais dans un sens impossible à déterminer à l’heure actuelle. Au moment de la grande bataille sur le vote de l’assurance santé, Scott Brown a été élu sénateur républicain de l’Etat du Massachussetts,  une sorte de désaveu vis-à-vis du système de santé de Barack Obama qui était alors au centre du débat. Par contre les élections locales récentes à New-York ont aussi beaucoup porté sur ce thème, et finalement les gens ont voté en grande partie en faveur du système de santé. Beaucoup de personnes, aujourd’hui, commencent à en bénéficier. Dans un premier temps ce sont surtout  les coûts de cette réforme qui ont suscité l’inquiétude, mais une approbation commence à voir le jour puisque des gens ont accès à des assurances auxquelles ils ne pouvaient prétendre auparavant. Donc ce thème va être très présent dans la campagne électorale, et chaque parti essaiera de le faire pencher en sa faveur, là aussi dans un vote « pour ou contre Obama ».

Par contre les immigrés, les communautés noires et hispaniques sont confiants quant à l’amélioration de leur qualité de vie. Peuvent-ils changer le cours de l’élection ?

C’est vrai, toutes les études montrent que depuis l’élection d’Obama, toutes les minorités ont une vision plus optimiste de leur vie, de leur pays et de leur avenir. Ces électeurs vont bien évidemment jouer un rôle important dans l’élection. Le vote noir est déjà acquis à Obama, la difficulté restant pour lui de convaincre les Noirs d’aller voter. Quand ils votent, c’est traditionnellement démocrate (mais cela ne suffit pas : Al Gore, en 2000, avait obtenu 90% du vote noir). Quant aux Hispaniques, ce sera un enjeu majeur entre les deux partis. Obama avait finalement réussi à les convaincre, alors que leur candidate préférée était au départ Hillary Clinton. Mais en même temps il faut rappeler que 800 000 expulsions ont eu lieu sous le mandat d’Obama, plus que sous le mandat de George Bush. Il existe donc un fort doute. En même temps tous les candidats républicains à l’heure actuelle ont des positions anti-immigrants très brutales. S’ils persistent, ils vont perdre les élections. La communauté hispanique est la première minorité des Etats-Unis. Aucun parti ne peut plus gagner une élection nationale sans créer un lien de confiance avec ces électeurs là.

La Chine va-t-elle prendre la place des Etats-Unis comme la première puissance mondiale, ce qui inquiète beaucoup les Américains ?

Je crois à la force des idéaux de la démocratie et de la liberté individuelle. Je pense que ce sont des valeurs universelles et je serais étonnée que le système chinois puisse persister très longtemps avec la brutalité qu’on lui connaît, sans faire quelques concessions à ses salariés et à ses citoyens. Le jeu de la démographie fait que les Etats-Unis ne vont pas rester indéfiniment la superpuissance mondiale. Les Etats-Unis perdent de l’influence en tant que pays mais leurs valeurs fondamentales – qui sont aussi les nôtres – gagnent du terrain à travers les aspirations exprimées dans bien des pays.

Si les Américains sont pessimistes, cela veut-il dire qu’Obama n’a pas réussi à changer les choses ou qu’il va lui falloir un deuxième mandat pour refonder le système dans son essence ?

Il faut bien deux mandats pour avoir une vraie influence. Mais même en deux mandats, le président des Etats-Unis n’a pas les moyens politiques de refonder le système. Depuis les années Reagan, malheureusement, l’influence des lobbies a cru à tel point que la marge de manœuvre du politique est nettement réduite.

Obama a-t-il ses chances en 2012 quand on voit que les républicains n’arrivent pas à lui opposer un candidat crédible pour la prochaine élection présidentielle ?

Oui , il a ses chances. C’est un excellent candidat, extrêmement doué. Les républicains n’ont pas « le » bon candidat à l’heure actuelle mais cela peut changer. Une campagne électorale est souvent le moment d’une « révélation ». L’écueil principal pour les républicains est de voir élu lors des primaires un candidat (une candidate ?) si extrême qu’il ou elle n’ait aucune chance lors de l’élection présidentielle.

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