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Michelle Obama a prêté main forte à l'USDA, l'équivalent américain du Ministère de l'Agriculture, pour avancer d'un pas dans sa lutte contre l'obésité.
Michelle Obama a prêté main forte à l'USDA, l'équivalent américain du Ministère de l'Agriculture, pour avancer d'un pas dans sa lutte contre l'obésité.
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Corpore Sano

Aux USA, l'assiette idéale mijotée par les lobbies agro-alimentaires

Alors que les politiques s'agitent aux USA pour les élections de 2012, la Première dame, Michelle Obama a prêté main forte à l'USDA, l'équivalent américain du Ministère de l'Agriculture, pour avancer d'un pas dans sa lutte contre l'obésité.

Valérie Orsoni

Valérie Orsoni

Valérie Orsoni est experte dans les méthodes de motivation et de coaching. 

Fondatrice du #1 de la perte de poids online LeBootCamp.com, elle est le coach attitré de nombreuses stars et de titres de presse français et américains. Elle a publié La méthode Orsoni aux éditions Reader Digest, Le Sarrasin, tous les secrets de la graine miracle et Un corps de rêve pour les nulsFIRST EDITIONS (1 mars 2012).




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Depuis l'accession de son mari au poste de président des États-Unis, Michelle Obama a fait du combat contre l'obésité, notamment chez l'enfant, sa priorité numéro 1. Après avoir soutenu de multiples initiatives sportives à travers le continent, elle s'est attaquée avec le Secrétaire de l'Agriculture, Tom Vilsack, et avec la General Surgeon (équivalent de notre ministre de la Santé), Regina Benjamin, à une institution vieille de 20 ans, la fameuse Food Pyramid.

En effet, depuis 1992, le Ministère de l'Agriculture américain publie une pyramide alimentaire, composée de 6 groupes d'aliments pour manger sainement. Elle est simple à interpréter avec des niveaux, des blocs qui s'empilent, allant du "plus autorisé" (le pain, les céréales, les pâtes, le riz) au "moins autorisé" (les matières grasses, huiles et sucreries). On retrouve à peu près la même pyramide dans les salles d'attentes des médecins français, et souvent l'affiche est sponsorisée par une grande marque de produits alimentaires.

De la pyramide alimentaire à l'assiette idéale

Bien comprise par la population, quoique décriée par de nombreux membres du corps médical (notamment suite à une étude menée sur plus de 100 000 personnes par l'école de santé publique de Harvard), et absolument pas utilisée dans la vie de tous les jours, la pyramide vit déjà une renaissance en 2005. Cette année-là, est dévoilée la pyramide version #2, avec cette fois-ci, des niveaux verticaux. Ceux-ci entrainent une telle confusion des genres que plus personne ne suit cette fameuse pyramide qui a tant fait parler d'elle.

Arrive Michelle Obama, qui réalise qu'avec 270 milliards de dollars dépensés par an pour soigner les maladies liées à l'obésité, il faut faire dans le concret, et arrêter de se limiter à la nutrition seule. D'où ses initiatives fitness sous le label Let's Move, acclamées par les parents, les enfants eux-mêmes et les pédiatres.

Prochaine étape, la fameuse pyramide, enterrée en ce mois de juin 2011 au profit d'une assiette idéale, MyPlate, qui ressemble étrangement à l'assiette utilisée chez nos voisins Britanniques, appelée "Eat Well Plate". Son but est de simplifier, rendre visuel et entrainer une modification des comportement car selon Michelle Obama "quand il s'agit de manger, quoi de plus compréhensible qu'une assiette, c'est la manière la plus simple de nous connecter avec ce que nous mangeons".

De quoi s'agit-t-il donc ? Tout d'abord, une modification graphique avec une présentation plus claire des 5 groupes d'aliments à consommer chaque jour, sous forme d'une assiette posée sur un set de table, avec absence de pictogrammes et quelques couleurs gaies.

Puis une apparente modification fondamentale : plus de 75 % de l'assiette est maintenant végétale, avec 50 % de fruits et légumes, 30 % de grains (recommandés complets) et 15 % de protéines. Hors de l'assiette, un verre de lait. Le mythe de l'américain élevé aux corn flakes et au lait a la dent dure.

A première vue, cette assiette mieux équilibrée et annoncée en grande pompe devrait remporter tous les suffrages. Des parents, des pédiatres, des enfants eux-mêmes et de la profession scientifique : Marion Nestle, professeur au Département de Nutrition et de Santé Publique à l'Université de New York qui s'exclame "nous sommes des personnes, nous ne mangeons pas des pyramides mais dans des assiettes".

Le lobby laitier boit du petit lait

A seconde vue néanmoins, des défauts flagrants entrainent l'interrogation quant à l'impact que les lobbies de l'industrie agro-alimentaire à Washington ont eu sur ces nouvelles recommandations nutritionnelles. Elle est visible lorsque l'on s'attaque au sujet des produits laitiers présentés comme indispensables, et faisant ainsi fi des très nombreuses et sérieuses études qui démontrent les problèmes de santé publique liés à une trop grande consommation de lait. La moyenne indispensable selon l'USDA ? Trois verres de lait par jour et par personne. Pour les végétaliens ou simplement ceux qui n'aiment pas les produits laitiers, il leur faudra creuser dans le site pour découvrir quelques lignes bien cachées leur indiquant des alternatives non laitières offrant du calcium : sardines, tempeh, etc….mais pas avant d'avoir du avaler de longs textes sur les avantages du lait, même sa version sans lactose, par rapport aux sources de calcium non laitiers.

C'est oublier que plus de 2 milliards de personnes sur terre ne consomment pas de lait et ont un squelette sain ; c'est oublier que les 2 pays avec le plus fort taux de fracture chez l'enfant ou chez la femme de plus de 55 ans sont les deux pays à la plus grande consommation de produits laitiers au monde. C'est oublier que les pays ayant le plus grand nombre de personnes souffrant d'ostéoporose sont le Danemark, la Suisse et la Nouvelle-Zélande, grands consommateurs de produits laitiers. C'est oublier que les vaches trouvent le calcium dans l'herbe qu'elles pâturent.

Le lobby laitier a même réussi le tour de force d’être mis à l'honneur sur la page d'accueil du site dédié à cette nouvelle assiette idéale dans la catégorie: "aliments à augmenter". Don't act.

En creusant un peu plus, on découvre que la division du Ministère de l'Agriculture qui détermine les grandes lignes de l'alimentation conseillée s'appelle le CNPP, le Centre pour la Promotion de la Nutrition. Créé en 1994 (lancé par Georges Bush senior dont le fils, à la même date, touchait des jetons de présence du fabricant d’aspartame Searle), et composé de nutritionnistes (qui cumulent pour certains d'entre eux, les jetons sur des comités pseudo-scientifiques de grandes marques de l'agro-alimentaire, ou donnent des conférences à travers le pays, grassement rémunérées par les lobbies dont ils sont censés se tenir a l'écart), de diététiciens (en général la catégorie la plus honnête car peu intégrée dans les campagnes de lobbying), d'économistes et d'experts politiques (ces deux dernières catégories étant étonnantes dans le cadres d'une mission d'information nutritionnelle). On retrouve à la tête du CNPP, Robert Post, au pedigree impressionnant, et aux nombreuses années passées dans l'industrie agroalimentaire comme chercheur, une industrie qui dépense plus de 10 milliards de dollars par an dans des campagnes de publicité dont le but est simple : modifier le comportement alimentaire des enfants, les faire manger toujours plus gras, plus sucré, plus, tout simplement.  Et ce chercheur est donc à la tête du CNPP, la boucle est donc bouclée.

Comment donc penser un instant que cette assiette est le fruit d'une réflexion neutre alors que le Ministère de l'Agriculture et le CNPP convient des lobbyistes agro-alimentaires à leur table et les invitent même à témoigner devant le Congrès dans le cadre de la législation sur l'obésité ? Pas plus d’éthique en France, puisque 80 % des soi-disant experts qui contribuent au PNNS (Plan National Nutritionnel de Santé) ont des conflits d'intérêts avec les lobbies de l'agro-alimentaire.

Les grands perdants de cette nouvelle assiette idéale : les consommateurs qui n'apprennent pas grand chose qu'ils n’auraient su auparavant : manger plus de fruits, de légumes, moins de viande et bouger plus. Comme très souvent, la montagne a accouché d'une souris.

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