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Un vendeur aide un client à acheter une arme à feu le 08 avril 2021 à Tinley Park dans l'Illinois aux Etats-Unis.
Un vendeur aide un client à acheter une arme à feu le 08 avril 2021 à Tinley Park dans l'Illinois aux Etats-Unis.
©SCOTT OLSON / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / GETTY IMAGES VIA AFP

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États-Unis, armes à feu : prélude à un carnage pire encore

L'Amérique se réarme dans des proportions historiquement inouïes. L'explosion du chiffre des homicides aux Etats-Unis signale une hausse de la criminalité violente dans son ensemble. Pour le 1e trimestre 2021, les homicides commis dans les 37 grandes métropoles américaines ont bondi de 18% par rapport à la même période en 2020.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Ce qu'il faut d'abord avoir en mémoire, avant d'envisager la suite :

- Aux États-Unis, le taux d'homicides (la plupart, par armes à feu, tout comme les suicides, d'ailleurs) est 7 fois plus élevé que la moyenne des pays développés ("moyenne OCDE"),

- Les premières données du FBI comptent ± 20 000 homicides en 2020, 56 par jour, + 25% sur 2019.

- 52% des victimes sont des Noirs (13% de la population), à ± 90% tués par d'autres Noirs. Dans les ghettos, le taux d'élucidation des homicides tombe à 20% - huit chances sur dix d'y tuer en toute impunité, du fait de la loi du silence.

- Depuis la première tuerie de masse contemporaine (Austin, Texas, à l'Université, en 1966) on compte 1 322 victimes de tels massacres en fin 2020. Or sur la même période, les homi­cides "de base" par armes à feu ont provoqué plus de 1 million de morts.

- Ce alors que, incroyablement, nul décompte fédéral des armes à feu n'existe ; des études sérieuses établissant cependant que les ± 330 millions d'Américains possèdent ± 400 millions de fusils, revolvers, pistolets, armes d'assaut, mitraillettes, etc.

- Début 2021, 39% des ménages du pays disposent d'une ou plusieurs armes à feu (32% en 2016). Or ce décompte déjà tragique, cet effrayant arsenal, devraient bientôt s'alourdir :

- depuis le début 2020, l'Amérique s'arme ou réarme à un rythme et dans des proportions historiquement inouïes. Et bien sûr, plus d'armes à feu accessibles, égale plus de morts.

Pour le seul mois de mars 2020, l'embryonnaire baromètre qu'est l'autorisation de détention (d'armes neuves, uniquement), révèle un million d'armes achetées par semaine, chiffre sans précédent depuis que l'autorisation existe (1998) ; ce, pour des acheteurs déjà armés ou nouveaux. En 2020, 6,5% des adultes américains (17 millions) ont acheté des armes, dont les ventes explosent de + 64% sur 2019.

La tendance se poursuit au 1e trimestre 2021 : + 18% d'armes à feu vendues sur 2020 ; 2,3 millions en janvier 2021 seulement.

Pour le 1e trimestre 2021 toujours, les homicides commis dans les 37 grandes métropoles du pays ont encore bondi de + 18% sur la même période de 2020.

Un carnage incroyable - et ruineux en plus. Selon des études scientifiques (médecine légale... assurances... ministères, etc.), un homicide coûte à la société de 10 à 19 millions de dollars, tous aspects confondus (perte economique induite, travail humain, dégâts divers, coûts mé­dicaux, judiciaires, funéraires). D'où, impôts et primes d'assurances plus élevés, dépréciation de l'immobilier dans les zones criminogènes, etc.

Clairement, les États-Unis sortent aujourd'hui d'un cycle qui vit, de 1993 (quand le réalisme pénal l'emporta sur l'utopique "culture de l'excuse") à 2019, le nombre des crimes violents (homicides, viols, vols avec armes, etc.) baisser de moitié (49%).

Les homicides sont les crimes les plus aisés à compter ; le "chiffre noir" est dans leur cas très faible. Mais leur explosion signale consécutivement celle de la criminalité violente dans son ensemble.

L'Amérique de Joe Biden saura-t-elle remonter la pente, faire reculer demain le crime vio­lent, comme elle le fit voici une génération ? De l'avis d'experts bien prudents, la tâche semble cette fois-ci plus ardue. Car parallèlement aux achats d'armes, les récentes enquêtes et études d'opinion révèlent une population américaine toujours plus défiante et profondé­ment repliée sur la "forteresse familiale" ; l'effondrement de la confiance collective et des idéaux communs.

L'Amérique démocrate ("bleue") et républicaine ("rouge") sont ainsi idéologiquement divi­sées comme jamais ; ce qu'elles aiment, veulent, rejettent n'a jamais été aussi divergent - armement certes, mais aussi avortement, droit de vote des minorités, etc.

Or les lois votées dans tous ces États rouges et bleus sont désormais toujours plus récipro­quement incompatibles. Et quand le président Biden exige un durcissement des lois sur les armes, le puissant Texas - qui n'oublie jamais qu'il fut une décennie indépendant, ou dans la Confédération sudiste - dérégule plus encore leur possession. 

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