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Luc Chatel : "L’État n'a pas à interférer dans l'exercice des cultes !"
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Luc Chatel : "L’État n'a pas à interférer dans l'exercice des cultes !"

Halal, droitisation de la candidature de Nicolas Sarkozy, jeunesse... Porteur d'une sensibilité libérale et réformatrice, le ministre de l’Éducation Nationale qu'on avait peu entendu dans la campagne électorale prend la parole. Et rappelle son attachement à certains principes forts.

Luc Chatel

Luc Chatel

Luc Chatel, né le 15 août 1964 à Bethesda (Maryland, États-Unis), est un homme politique français, Ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012.

Député de la Haute-Marne de 2002 à 2007, puis maire de Chaumont depuis 2008, il a été Secrétaire d'État chargé de la Consommation et du Tourisme puis de l'Industrie et de la Consommation, de 2007 à 2009, et porte-parole du gouvernement de 2008 à 2010.

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Atlantico : La campagne de Nicolas Sarkozy est perçue comme très « droitière », notamment du fait des thèmes mis en avant. On dit même qu’il chasse sur les terres du FN. Vous qui êtes un libéral et un réformateur, comment percez-vous cette orientation?

Luc Chatel : On retrouve les mêmes critiques qu’en 2007 ! Les observateurs critiquaient le fait qu’il parle beaucoup d’immigration, d’identité nationale, de sécurité. D’abord il ne parle pas que de cela puisqu’il parle de fiscalité, d’économie, d’Europe et évidemment d’éducation ! Il parle des sujets qui intéressent les gens, que vivent les Français. Il faut pouvoir aborder tous les sujets dans une campagne. Il n’y a pas plus de virage à droite qu’il n’y a eu de virage social pendant le quinquennat (contrairement à ce que les commentateurs ont dit à l’époque). Ce n’est pas un candidat de droite mais le candidat du peuple !

La viande halal, c’est un des grands sujets du moment qu’il faut traiter ?

Je le redis : en campagne Nicolas Sarkozy s’exprime 100 fois par jour sur 50 sujets différents. Après, les médias retiennent ce qu’ils veulent. Lui, n’a jamais dit que l’abattage rituel était un thème de sa campagne. Simplement, quand on lui pose la question, il répond qu’il veut la transparence. Cela me semble parfaitement évident. Ce faisant, il ne stigmatise personne.

A titre personnel, cela vous gênerait de consommer de la viande halal à votre insu ?

Non, pas du tout. Mais je comprends que les gens, quand ils consomment de la viande, veuillent connaître le processus d’abattage.

Nicolas Sarkozy a-t-il besoin de rebondir sur ce genre de débats pour récupérer une partie de l’électorat du FN ?

Les électeurs du FN n’appartiennent à personne. Nicolas Sarkozy a parlé d’immigration depuis longtemps, non pas par idéologie ou électoralisme mais parce que c’est un problème qui se pose : la question de l’intégration des populations immigrées dans la société française et celle de la cohabitation de l’Islam avec d’autres religions dans notre pays doivent évidemment être traitées. Comme ministre de l’Education, j’ai la responsabilité de 12 millions d’élèves. A mon niveau, le respect du vivre ensemble est un sujet de vigilance permanent. L’école est intimement liée à la laïcité et aux valeurs de la République.

Vous aviez fait interdire le port du voile par les parents qui jouent ponctuellement le rôle d’accompagnateur scolaire. Pourquoi ?

Quand on accompagne des enfants dans un cadre scolaire, on a des droits et des devoirs. Exemple de droit : si on se casse la jambe en descendant du car, on est couvert par les assurances scolaires. Mais on a aussi le devoir de respecter le principe de neutralité du service public. Nous nous sommes appuyés sur une jurisprudence concernant les travailleurs occasionnels en milieu scolaire. Les accompagnateurs sont assimilables à ces personnels. Je préciserai que les mères voilées qui se sont opposées à nous étaient très organisées. Mais les tribunaux nous ont donné raison. C’est une victoire de la République.

Y a-t-il des problèmes avec la nourriture halal dans les cantines ?

Non, pas de manière générale. On traite quelques affaires au cas par cas. Ce sont avant tout les municipalités qui gèrent les cantines.

Vous, sur le principe, quelle est votre position ?

Sur le principe, on n’a pas à faire entrer le communautarisme à l’école. Il existe des écoles privées religieuses où l’on peut avoir des pratiques complémentaires pour exercer son culte, dans le cadre scolaire.

Et au niveau de l’enseignement, dans des matières comme les sciences ou l’histoire, y a-t-il des difficultés avec des jeunes musulmans ?

J’ai, il est vrai, rencontré des difficultés sur l’enseignement de la Shoa. Mais je me suis montré extrêmement ferme. Le fait qu’on veuille mettre en avant cette question a pu gêner certains enseignants, très orientés au niveau politique ou philosophique, mais pas les élèves. Nous avons même monté des partenariats avec le Mémorial de la Shoa. Nous consultons parfois des responsables des cultes afin de prévenir les polémiques mais ce ne sont pas eux qui font les programmes. Il y a un moment où c’est le rôle du ministre de prendre des décisions fermes. Par exemple, j’ai souhaité qu’on enseigne toutes les civilisations, mondialisation oblige. Même si ça a pu être contesté par quelques uns cela me semble indispensable. Nos enfants ne doivent pas restés repliés sur leurs origines mais s’ouvrir au monde et aux autres cultures.

François Fillon a eu une sortie très controversée sur l’abattage rituel qu’il a qualifié de « pratique ancestrale » un peu dépassée. C’est de l’ordre de la bourde ou l’expression d’une vraie conviction ?

François Fillon est un républicain exemplaire. Il s’est expliqué avec les responsables juifs et musulmans. L’Etat n’a pas à interférer dans l’exercice des cultes. Pour moi, c’est une règle absolue.

Alain Juppé a souhaité que la campagne du candidat UMP se recentre sur les vrais enjeux nationaux et internationaux…

Ce n’est vraiment pas mon rôle de commenter les commentaires. Il est certain néanmoins qu’il faut beaucoup moins parler du halal que de la compétitivité de la France, de l’Education, de la modernisation du pays et donc de notre jeunesse qui porte nos promesses d’avenir.

Si vous pensez cela, alors, vous vous êtes laissés manger la laine sur le dos par François Hollande qui a préempté depuis le début de sa campagne le thème de la jeunesse et qui a marqué les esprits en annonçant des recrutements importants dans l’Education nationale…

Pas du tout ! Le candidat socialiste propose des stages « parkings » aux jeunes. C’est ridicule et inopérant ! Pour notre part, nous avons un bilan exceptionnel : nous avons fait le service civique, nous avons avancé la majorité associative à 16 ans, on peut aussi créer désormais son entreprise à 16 ans. On a fait une réforme de l’université que l’on attendait depuis 30 ans. Nous avons mis sur la table une vraie proposition de réforme du bac. Aucune de ces mesures n’est contestée par la gauche. Ils parlent, nous agissons. Notre crédo : du concret toujours du concret.

En tous cas, Hollande a eu l’habileté de bien communiquer sur ce thème.

Oui, mais l’habileté n’est pas la qualité première pour être un bon président de la République.

Certes, mais cela fait un bon candidat. Franchement, n’avez-vous pas sous-estimé François Hollande depuis le début ?

Je le respecte en tant qu’adversaire politique mais pour faire un bon chef d’Etat, il faut bien plus qu’une dose d’humour ou qu’une pincée d’habileté !  Il faut du courage, de la détermination, de l’expérience, de la volonté, de la clairvoyance, des convictions fortes et éprouvées pour exercer les plus hautes fonctions. M. Hollande n’a ni cap, ni vision stratégique. On a aussi l’impression qu’il soumet ses discours aux syndicats avant de les prononcer. Un président doit être libre. C’est le cas de Nicolas Sarkozy.

Pourtant, en  annonçant son intention de taxer à 75% les plus hauts revenus François Hollande n’a-t-il pas, une fois de plus, enfermé Nicolas Sarkozy dans son image de « Président des riches » ?

Le candidat socialiste a dit lui-même que cette proposition ne rapporterait que très peu mais qu’elle était avant tout symbolique ! Quelle efficacité …  Nous avons besoin d’une économie qui fonctionne et qui crée des emplois, pas d’une lutte des classes permanente ! Moi ce que je veux, ça n’est pas qu’il y ait moins de riches en France mais moins de pauvres !

Nicolas Sarkozy a bien fait de regretter l’épisode du Fouquet’s ?

Je n’ai pas à juger. C’est une question très personnelle. Mais en tous cas, j’ai trouvé le Président très sincère et particulièrement humain.

Vous avez été frappé par un drame familial terrible (1). Comment voyez-vous l’avenir ?

C’est terriblement difficile et douloureux. Heureusement, j’ai reçu énormément de témoignages de sympathie ; de ma famille, d’amis politiques, d’anonymes, de proches et de moins proches. On décrit souvent le monde politique comme très brutal ; pourtant en cette occasion, j’ai découvert beaucoup d’humanité. Pour ma part, je me sens le devoir de rester fidèle à mes engagements et continuer à me battre pour ce en quoi je crois.


(1)L’épouse de Luc Chatel, Astrid, s’est suicidée le 22 janvier dernier.


Propos recueillis par Yves Derai

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