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Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, prononce un discours lors de la présentation du projet de loi de finances 2022 à Paris, le 22 septembre 2021.
Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, prononce un discours lors de la présentation du projet de loi de finances 2022 à Paris, le 22 septembre 2021.
©THOMAS SAMSON / AFP

Atlantico Business

Et si la forte reprise de l’économie après Covid préfigurait un remake des Trente glorieuses

La France a retrouvé, dès le troisième trimestre de cette année, un niveau d’activité équivalent à celui d’avant crise. La capacité de rebond est même exceptionnellement forte et crédite un scénario de croissance durable.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La majorité des économistes qui étaient sur le mode très pessimiste quant à la sortie de crise Covid il y a encore six mois, sont en train de se convaincre que la France et l’ensemble des pays occidentaux pourraient s’inscrire dans un scénario de forte croissance pour le long terme. Les chiffres statistiques du troisième trimestre décrivent une évolution qui ressemble assez fort à ce qu’il s’était passé au lendemain de la deuxième guerre mondiale pendant presque 30 ans, et reproduisent même le rebond violent auquel on avait assisté au lendemain des évènements de mai 1968.

Le PIB français a bondi de 3% au troisième trimestre de l’année, ce qui va permettre à Bercy  de réviser à la hausse sa perspective de croissance pour 2021 à 6,25 %, mais dont l‘Insee affirme qu’elle sera sans doute dépassée, à 6,6%. La France est donc, dès maintenant, revenue à son niveau d’activité d’avant crise. Ajoutons à cette réalité-là que toutes les perspectives tracées par les institutions économiques reproduisent ces chiffres pour 2022.

Alors, cette performance exceptionnelle contient une part importante de rattrapage certes, mais pas seulement, dans la mesure où il existe aussi un effet très fort de l’investissement réalisé pendant la crise. La majorité des acteurs économiques se sont adaptés aux changements nécessaires. La mutation digitale a touché tous les secteurs, la mutation environnementale a commencé à bouger les structures et les systèmes de production pour répondre à la pression des consommateurs et des salariés. C’est vrai dans l’industrie automobile et la mécanique, vrai dans l’hôtellerie-restauration, vrai dans l’ensemble des services, vrai dans la distribution et la relation client.

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On retrouve dans cette reprise les effets des plans gouvernementaux du « quoi qu’il en coûte » puisque les sommes dégagées ont permis de protéger tous les actifs de production, y compris les actifs humains avec le chômage partiel. Mais on retrouve aussi l‘effet de la formidable résilience du secteur privé qui a su surmonter la lourdeur administrative.

Beaucoup d’économistes commencent à penser que cette équation de croissance forte va pouvoir perdurer pendant quelques années. Nicolas Goetzmann, le chef économiste de la financière de la Cité, reconnaît, dans une chronique aux Echos, que l‘économie française a sans doute la capacité de connaître une décennie de croissance, alors que beaucoup d’experts (dont lui-même) pensaient qu’elle était vouée à la stagnation.

Dix ans de croissance, parce que la France a un réservoir lié à une situation de l’emploi où on a surestimé le poids du chômage et sous-estimé la productivité. Nicolas Goetzmann se rallie là à quelques économistes, qui ont très tôt combattu les thèses déclinantes, comme Jean Tirole, le prix Nobel d’économie ou Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du FMI.

La perspective de croissance pourrait même avoir un horizon beaucoup plus long que dix années et de développer sur trente ans, d’où la comparaison avec les Trente glorieuses. Les raisons qui plaident pour un tel scénario sont nombreuses.

A court et moyen terme, il existe de la demande (très chère aux nostalgiques du Keynésianisme) et cette demande est solvable, compte tenu des stocks d’épargne liquide et disponible. Sait-on par exemple que dans le seul Hexagone, l’épargne liquide accumulée dans les caisses d’épargne et les comptes courants dépasse le montant des dettes contractées par l’Etat depuis le début de la crise du Covid ? Pour les macro économistes et les marchés financiers, ça n’est pas qu’une coïncidence !

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Mais au-delà de cette demande qui pourrait maintenir la croissance sous pression, il existe un potentiel à long terme dans l’investissement et l’innovation.

Nous aurons, certes, besoin de demande de consommation, c’est à dire de pouvoir d’achat ou de dépenser, et les moyens existent pour qu’un logiciel keynésien fonctionne. Mais à plus long terme, le moteur qui peut tirer l’activité sera celui de l’offre. Si le 20e siècle a été dominé par les réactions keynésiennes, celui du 21e siècle sera évidemment tributaire de l’offre, une logique décrite très clairement par Joseph Schumpeter.

Le 21e siècle a démarré avec le développement du digital, il se poursuivra avec la révolution environnementale. Nous sommes dans ces domaines de l'innovation pure qui crée des marchés, des activités et de la croissance.

Mais pour que ça marche, les ingrédients sont bien différents de ce qu’ils étaient auparavant ;

Dans l’univers keynésien des Trente glorieuses, le problème était de satisfaire une demande qui préexistait et de la solvabiliser. On avait besoin de production, mais plus encore, d’un marketing de la demande pour savoir ce dont les consommateurs ont besoin. On avait besoin de créer de la monnaie, donc du crédit et de l’inflation pour amortir le poids des dettes. On avait besoin de l’Etat et de la responsabilité politique pour dessiner un avenir et décourager l’épargne.

Dans l’univers schumpetérien, on part de l’hypothèse que les besoins de base sont satisfaits et qu’il faut réveiller de nouveaux besoins, mais qui sont ignorés de la plupart. Il faut donc créer de l’offre par l’innovation, la créativité et l’investissement. On crée moins de monnaie qu’on ne gère des endettements qui sont garantis sur la croissance. On s’occupe plus de l’investisseur, qui va créer de la valeur, que de l’épargnant qui est tout content de prêter son argent à taux zéro contre une promesse de retrouver ses actifs.

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Tous les fondements pour supporter plusieurs décennies de croissance existent. De la dette d’un côté, mais de l’épargne de l’autre, une capacité de nouveauté, un gout de l’entreprenariat et de l’indépendance de l’autre. 

Mais cet horizon comporte des risques évidemment.

Un risque d’inflation qui existe mais qui reste peu probable, hormis les bouffées d’inflation qui affectent certains secteurs (l’énergie fossile, l’immobilier, les oeuvres d‘art etc…).

Des risques de rupture d’approvisionnement, oui, mais ces risques-là se gèrent.

Ce qui est beaucoup plus compliqué, c’est l’acceptation du changement. Parce que, quoi qu’on dise, le changement entraine le renouvellement, ce qui s’avère douloureux à vivre si on n’en perçoit pas directement le bénéfice. Ce type de mal entendu est du ressort de la politique. L’acceptation du changement est de la tâche des responsables politiques.                                                                                          

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