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De nouvelles études ont démontré que les femmes seraient passées d'une moyenne de 160 cm pour 59 kg en 1954 à 162 cm pour 62,4 kg
De nouvelles études ont démontré que les femmes seraient passées d'une moyenne de 160 cm pour 59 kg en 1954 à 162 cm pour 62,4 kg
©REUTERS/Regis Duvignau

On est (mal) foutues !

Et pourtant mémé ne faisait pas de régime… Comment les Françaises sont devenues (nettement) plus rondes qu’il y a 60 ans

Si vous rêvez de la silhouette d'Audrey Hepburn ou d'Elizabeth Taylor, sachez toutefois qu'elles avaient un avantage non-négligeable : les femmes des années 1950 pesaient en moyenne 3 kilos de moins et mesuraient 2 centimètres de moins que les femmes d'aujourd'hui. Les femmes ont donc grossi, et cette croissance n'est visiblement pas prête de s'arrêter.

Arnaud Cocaul

Arnaud Cocaul

Arnaud Cocaul est médecin nutritionniste. Il est membre du Think Tank ObésitéSIl a dernièrement écrit Le S.A.V. des régimes aux éditions Marabout.

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Atlantico : De nouvelles études ont démontré que les femmes seraient passées d'une moyenne de 160 cm pour 59 kg en 1954 à 162 cm pour 62,4 kg. Comment expliquer cette évolution morphologique ? Est-ce dû à l'évolution naturelle de l'Homme ou est-ce que cette accélération morphologique concerne-t-elle plutôt le changement de modes de vie des femmes ?

Arnaud Cocaul : La nouvelle de campagne de mensurations initiée par l'Union Française des Industries de l'Habillement (UFIH) a montré que la stature moyenne des Françaises se situe à 1,62 m pour un poids moyen de 62,4 kg et un tour de taille de 79,9 cm (taille 40). Ces chiffres sont strictement normaux mais montrent une évolution à la hausse depuis 1970 particulièrement : la moyenne des femmes était de 160,4 cm pour un poids moyen de 60,6 kg et une taille 38. Ainsi les femmes françaises ont plus grossi que grandi en 40 ans.

Les raisons de cette prise de poids sont multiples. D'abord la pression médiatique concernant la silhouette féminine ne tarit pas. Au contraire, le diktat de l'Indice de Masse Corporelle (IMC) persiste même si originellement, il permet seulement de comparer des individus entre eux, comme par exemple des Marseillaises par rapport à des Parisiennes, des Bretonnes par rapport à des Alsaciennes, des Françaises par rapport à des Espagnoles, mais il ne rend pas compte d'un quelconque objectif individuel. On peut tout à fait être ronde du fait d'un phénotype qui favorise la prise de poids sans qu'il y ait de risque pour la santé. Cette pression illustrée par des régimes à succès comme le régime Dukan est profondément perturbante pour bon nombre de femmes tiraillées entre la réalité et l'idéal minceur.

La prise de poids peut également être liée à un mode de vie inadapté car de plus en plus sédentaire et de plus en plus stressant. Comprimer l'espace-temps est un non-sens. On veut remplir sa vie et on remplit son estomac. Les troubles du comportement alimentaire flambent, on passe moins de temps à bouger, à manger ensemble, à se détendre, à ne pas être parasité par des images issues des nouvelles technologies, on dort moins et on fait moins de cuisine qu'avant (même si les émissions ont un réel succès), on mange comme on zappe c'est à dire sans prendre le temps de s'écouter et de s'intéresser à ce que l'on met en bouche.

D'un point de vue alimentaire, qu'est-ce qui a changé dans la manière de manger des femmes depuis 1954 ?

Le plus étonnant est que l'on mange mieux que nos ancêtres. J'en veux pour preuve que les toxi-infections alimentaires décroissent. Cependant, bien que l'on mange de façon plus sécurisante, notre alimentation est mal adaptée à nos dépenses physiques. Je pense par ailleurs que les femmes sont plus touchées par cette dérive pondérale, surtout dans le cas des obésités massives.

Concernant l'activité physique, les femmes en font-elles moins que celles des années 1950 ?

Contrairement aux idées reçues, en 1954, les femmes occupaient un véritable travail à temps plein, à savoir l'entretien d'un foyer, de la logistique familiale des devoirs à la cuisine. Actuellement, les femmes travaillent bien plus qu'avant en dehors de la maison. Elles ont acquis leur indépendance au détriment de leur qualité de vie et de la paix avec leur corps. Tiraillées entre l'être et l'avoir, entre la représentation graphique de femmes surréalistes, de femmes porte-manteaux et l'envie de craquer sur les nouveautés alimentaires tentantes, elles alternent les phases de dérive alimentaire et les régimes insensés. A moins de prendre conscience de l'impasse dans laquelle elles se mettent, rien ne pourra empêcher la dérive pondérale. Les perturbateurs endocriniens, la pollution des villes, le manque d'espaces verts, le stress, la crise économique et la réduction du budget accordé à l'alimentation sont les moteurs de perturbations en cours qui ne vont pas permettre d'infléchir la dégradation du poids actuellement observée à l'échelle mondiale, et ce, quel que soit le pays. En France, on avoisine les 50 % de gens en surcharge pondérale et en obésité. Le seul moyen d'infléchir ce mouvement observé dans les deux sexes est de faire comprendre définitivement que les régimes font grossir et que la société évolue trop rapidement par rapport à nos gènes, ce qui favorise le stockage d'énergie sous forme de gras.

A quoi ressemblera la silhouette féminine dans 60 ans ?

Les femmes comme les hommes vont continuer à grossir mais pour certains d'entre nous, le fait de grossir permet la survie ! Ce n'est pas forcément, une mauvaise chose de grossir, c'est surprenant mais n'oubliez pas qu'en médecine : "je sais que je ne sais rien".

Qu'en est-il des hommes ? Ont-ils également grossi ? Est-ce pour les mêmes raisons ?

Les hommes font la politique de l'autruche (ce qui n'est pas une bonne chose). Et pourtant, eux aussi ont grossi. Cependant, à l'inverse des femmes qui médicalisent trop leur problème pondéral et s'embarquent dans des restrictions alimentaires prolongées, abîmant parfois définitivement leur capacité à réguler ce qu'elles mangent, les hommes sont peut-être moins préoccupés par ce problème. 

Propos recueillis par Clémence de Ligny

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