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Et pour concurrencer les "sans-dents", Macron inventa les gens "qui ne sont rien"!
©Capture d'écran

Bagatelles ferroviaires…

Et pour concurrencer les "sans-dents", Macron inventa les gens "qui ne sont rien"!

Le Président de la République a été à bonne école. Mais il dépasse allègrement son professeur.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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L'histoire se passe dans une gare. Une ancienne gare. Aujourd'hui, ça s'appelle la station F, un espace dédié aux start-ups jeunes et innovantes que Macron était venu inaugurer devant des centaines de start-upers enamourés. Comment souvent avec lui, ça commença bien. "Ne pensez pas un seul instant que si vous réussissez vos investissements, ou votre start-up, la chose est faite". 

Un avertissement précautionneux, inspiré par des siècles de sagesse bourgeoise, genre "un sou est un sou", "pierre qui roule n'amasse pas mousse", etc… Et puis, comme toujours avec Macron, ça se gâta. "Vous avez appris dans une gare et une gare c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent, et des gens qui ne sont rien". 

Il fallait comprendre que si à 50 ans, vous n'avez pas de Rolex (dixit Séguéla), vous n'êtes rien. Et que si au même âge, vous n'êtes pas à la tête d'une florissante start-up, vous êtes pire qu'un rien : un moins que rien. 

Les propos du président de la République provoquèrent une tempête. A gauche comme à droite on lui jeta au visage son "des gens qui sont rien" en l'accusant de mépris de classe.  Mais à nos yeux, Emmanuel Macron a vraiment des circonstances atténuantes. Il est de sa caste. Il mange avec sa caste. Il épouse dans sa caste. Il sort avec sa caste. Il parle comme sa caste. Il appartient à celle des intouchables : rien à voir avec l'Inde, où ils sont condamnés à rester en bas de l'échelle. 

En France, ils sont en haut, tellement haut qu'ils ne connaissent que les rites et les codes de leur caste. Macron est le produit le plus fini, le plus achevé de ce tout petit monde. Quand ces gens-là voient un pauvre, ils lui parlent comme le faisaient les dames patronnesses au XIX siècle. "Que vous arrive-t-il mon brave, pour que vous soyez si miséreux? Vous avez du vous vautrer dans le péché, l'alcool, les femmes dépravées pour en être resté là". 

Soyons juste, il est arrivé à Macron de croiser des gens d'en bas. Une épreuve pour lui. Car il souffrait d'être obligé de frôler des ouvrières illettrées. Des petites gens ravagés par l'alcool et le tabagisme. L'odeur de ces pues-la-sueur était trop forte pour ses délicates narines.  

Emmanuel Macron est, on le voit, un fin connaisseur du rien. Un "rienologue" admirablement décrit par Balzac. A son époque, le modèle le plus représentatif de la "riennerie" était le rentier. A notre siècle, l'évolution darwinienne a métamorphosé cette espèce en financier, voire en trader. Deux sous-espèces qui ont enfanté Macron. Ce dernier est aussi un politicien qui prospère dans sa "riénitude". L'environnement n'a jamais été aussi favorable pour lui. Avec l'extension de la mondialisation dans laquelle le vide de la parole se marie avec la vacuité de la pensée, les lacunes de la culture, l'absence de volonté, la négation des engagements. 

Il fallait bien un Balzac pour faire le portrait d'un Macron. Mais réflexion faite, l'auteur de la Comédie Humaine, c'est encore trop bien pour lui. Regardons plutôt du côté de Flaubert, et de son petit bourgeois triomphant. Le boutiquier dans toute sa morgue avec son "il vaut mieux faire envie que pitié". C'est exactement ce qu'a dit Macron dans son désormais historique discours de la gare. 

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