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Un sondage a montré qu’Hillary Clinton montait chez les indépendants, qui ont renversé la situation : 42% pour Trump en septembre et 46% pour Clinton. Un autre sondage a constaté un basculement similaire après le premier débat.
Un sondage a montré qu’Hillary Clinton montait chez les indépendants, qui ont renversé la situation : 42% pour Trump en septembre et 46% pour Clinton. Un autre sondage a constaté un basculement similaire après le premier débat.
©TIMOTHY A. CLARY / AFP

THE DAILY BEAST

Et la clé de la Maison Blanche se trouve probablement chez les électeurs… indépendants, ceux qui ne sont ni républicains, ni démocrates

Peu d'intérêt pour les électeurs indépendants, alors qu'ils ne peuvent pas être ignorés. Ils peuvent faire basculer le vote et consolider une coalition gagnante.

John Avlon

John Avlon

John Avlon est rédacteur en chef du Daily Beast.

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The Daily Beast par John Avlon

Les électeurs indépendants sont le groupe le plus important et celui qui connaît la plus forte croissance ; ils peuvent faire basculer le pouvoir et c'est eux qui choisiront le gagnant de cette élection. Mais ils sont devenus le Rodney Dangerfield (acteur mort en 2004 qui ne cessait de répéter « On ne me respecte pas ») de la politique américaine : Ils ne sont pas respectés.

Les professionnels de Washington expliquent longuement qu’ils n’existent pas, les accusant de partialité. Mais ce n’est pas un hasard si le nombre d’électeurs indépendants a augmenté au cours des deux dernières décennies, alors que les deux principaux partis ont stagné ou diminué, tout en étant plus marqués idéologiquement. La montée des électeurs indépendants illustre l'échec de notre système à deux partis.

Le populisme conservateur de Donald Trump et le populisme libéral de Bernie Sanders ont attiré les électeurs déçus cette année. Du coup, les électeurs indépendants ont été relativement ignorés.

Mais les électeurs indépendants animent les mouvements électoraux qui peuvent faire basculer le contrôle du Congrès, et ils ont soutenu le vainqueur, dans toutes les élections présidentielles depuis 1980, sauf à deux reprises, selon les données électorales du Roper Center. Les exceptions ont eu lieu en 2004, avec John Kerry, et en 2012, avec Mitt Romney.

Le succès de Romney reflète le glissement global des électeurs indépendants vers la droite dans le sillage du mouvement Tea Party de 2010. Les gains de Romney chez les indépendants - qui  représentaient 29 % des électeurs cette année là - ont été compensés par le président Obama qui a attiré les modérés.

Cette scission a représenté un changement majeur. En règle générale, les électeurs indépendants ont dépassé les modérés et se sont intéressés au problèmes nationaux de manière plus cohérente que les démocrates ou les républicains. Mais les indépendants sont un groupe trop nombreux pour être un groupe monolithique. Dans l'ensemble, ils ont tendance à se rapprocher des républicains sur les questions économiques et des démocrates sur les questions sociales. Ils sont aussi les électeurs les moins religieux ce qui permet de comprendre pourquoi ils se confondent en partie avec les libertariens les plus centristes. Sans surprise, les indépendants forment le noyau dur de ceux qui soutiennent le tandem Gary Johnson-Bill Weld, qui sont, comme Donald Trump et Hillary Clinton, candidats à l’élection présidentielle, même si on parle très peu d'eux.

Mais de quelle manière les indépendants vont-ils choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump?

Pendant la majorité de la campagne, Trump a nettement plus attiré les électeurs indépendants qu’Hillary Clinton. En juillet, par exemple, un sondage CNN / ORC montrait que Trump était soutenu par 46% des indépendants contre 28% parmi les personnes interrogées. Les électeurs indépendants n’ont jamais été le soutien le plus fiable d’Hillary Clinton, oscillant entre 45% quand elle était candidate à la candidature démocrate pour l’élection présidentielle 2008, avant de dépasser 60% quand elle était Secrétaire d'Etat . Puis elle est redescendue à 40% pendant la campagne actuelle. Les indépendants qui ont pu voter lors des primaires démocrates ont eu tendance à soutenir Sanders.

Mais quelque chose d'intéressant a commencé à se produire après le premier débat présidentiel de Trump. Un sondage Quinnipiac a montré qu’Hillary Clinton montait chez les électeurs indépendants, qui ont renversé  la situation : 42% pour Trump en septembre et 46% pour Clinton. Un sondage PRRI/The Atlantic a constaté un basculement similaire après le premier débat, avec 8% d’indépendants rejoignant Clinton.

Ce changement a été confirmé le 2 novembre dans un sondage Bloomberg -qui a montré que Clinton battait Trump chez les électeurs indépendants avec une avance de 4%. Fondamentalement, 61% des électeurs indépendants considèrent Hillary Clinton comme beaucoup plus proche que Trump (13%). Le comportement erratique de Trump et ses prises de position extrêmes lui ont aliéné les électeurs indépendants.

Mais Trump conserve un maigre avantage de 2% chez les indépendants dans les swing states (les Etats qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre) cruciaux comme la Floride, où les indépendants enregistrés comme tels représentent un quart de l'électorat. Selon un récent sondage CNN/ORC parmi les électeurs de la Floride, Clinton l’emporte pourtant chez les modérés avec 57% contre 31% pour son rival. Le clivage entre les indépendants et les modérés qui est apparu en 2010 demeure. Mais l'extrémisme de Trump et la manière dont il a fait évoluer le Parti Républicain a heurté la frange républicaine des indépendants qui existe depuis 2010.

Dans une large mesure, le fait d’être marqué politiquement est devenu quelque chose de négatif au cours des dernières années. Même les électeurs plus partisans sont plus animés par leur opposition face à l'autre parti que motivés par les idéees de leur propre parti. Cette élection est un excellent exemple de cette dynamique, et le basculement général des indépendants montre une réaction contre le candidat qu'ils jugent le plus extrême.

Les déclarations d'indépendance augmenteront aussi longtemps que les partis continueront à s’appuyer sur leur base traditionnelle, au lieu de tendre vers le centre. L'éventualité d'une candidature indépendante centriste pour réprésenter l'État de New York au Congrès, est un signe fort :  de plus en plus d'indépendants ont envie d’avoir leurs propres candidats dans lesquels ils peuvent se reconnaître

Les électeurs indépendants existent bien, et comme Morris Fiorina de l’université de Stanford l'a de nouveau montré dans une nouvelle étude, ce sont ces électeurs qui constitue la marge cruciale permettant de faire basculer une minorité, qu’il s’agisse d’élections pour le Congrès ou pour la présidence. Aucun candidat, aucun parti, et aucun président ne peut se permettre de les ignorer.

 

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