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Erreur de casting
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Erreur de casting

"Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" est un texte remarquable. Dommage qu'Eric-Emmanuel Schmitt ait choisi de l'interpréter lui-même. Il surjoue. Ca peut se comprendre: n'est pas comédien qui veut...

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann est historien et maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lille III et à Sciences Po Paris. Il est également l'auteur de Ni bourgeois Ni prolétaires. La Défense des classes moyennes en France au XXe siècle (Seuil, 2001).

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THEATRE
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
d' Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène : Anne Bourgeois
Avec Eric-Emmanuel Schmitt
INFORMATIONS
Théâtre Rive Gauche 
15h et/ou 21 h 
Jusqu'au 14 octobre 
Réservations : 01 43 35 32 31.
RECOMMANDATION
          A LA RIGUEUR
THEME
Moïse, surnommé Momo, est un gamin parisien du quartier juif et populaire des IXe-Xe arrondissements.  Abandonné par sa mère à sa naissance, Momo est délaissé par un père déprimé qui le tient à distance, le quitte et finit par se suicider. A l’orée de l’adolescence, il se prend d’amitié pour l’épicier “arabe“ de la rue Bleue, chez qui il commence par chiper des conserves, puis trouve refuge, considération, affection et sagesse. Monsieur Ibrahim, musulman de tradition soufi, tient vite lieu pour Momo d’éducateur, de parent rassurant, compréhensif et affectueux, au point que les deux inséparables entreprennent un voyage initiatique vers une « mer lointaine », ce « Croissant d’Or » dont monsieur Ibrahim est originaire…  
POINTS FORTS
Les mises en scène et en musique servent bien la grande limpidité du texte et sa construction adroite. Le récit peut ainsi se déployer sur plusieurs niveaux, et délivrer non seulement une histoire captivante - avec plusieurs secrets de famille et rebondissements à la clef - mais aussi des messages sensibles et  humanistes (qui n’échapperont à personne) sur le poids de cette « mauvaise mémoire » qui empêche le père de Momo de vivre et d’aimer, l’histoire et le passé souvent riche et insoupçonnables de migrants aussi familiers au quotidien qu’ignorés voire méprisés, la compréhension entre communautés, le passage de l’enfance à l’âge adulte… Ces qualités donnent au récit un tour si universel qu’on ne s’aperçoit guère qu’il est dépourvu d’extraits de ce Coran dont monsieur Ibrahim (et le titre de la pièce) font pourtant si grand cas !
POINTS FAIBLES
Il est clair qu’une large partie du public est venu, vient et viendra pour voir Eric-Emmanuel Schmitt sur scène aux prises avec son roman dans un dispositif qui n’est pas celui d’une simple lecture. Or n’est pas comédien qui veut et l’auteur - qui a pourtant vu nombre de “pointures“ (J.-P. Belmondo, A. Delon ou B. Giraudeau) interpréter ses textes - présente de ce point de vue bien des faiblesses. Endosser tout à la fois les personnages du narrateur, de Monsieur Ibrahim, de Momo et son père, ainsi que les diverses filles de joie de la rue du Paradis, l’auteur-comédien, en dépit d’une énergique bonne volonté et d’une intimité avec le texte évidentes, peine à les incarner tous et à traiter de manière fine chacun d’entre eux. Mimiques et expressions sont souvent forcées, stéréotypées, sans compter une prononciation étranglée des « r » en fin de syllabe, assez gênante à la longue. 
De plus, si le texte original n’est pas intégralement joué (ex. : le vol du sac à mains de la prostituée), la pièce eut gagné en efficacité à être amputée de quelques passages supplémentaires, faute de quoi c’est un public un peu fatigué qui parvient au déroulement final.
EN DEUX MOTS
Une belle histoire, généreuse et humaniste qui eut gagné à être simplement dite et non interprétée, ou alors à plusieurs…
UN EXTRAIT
« J’avais toujours froid lorsque j’étais auprès de mon père. Avec monsieur Ibrahim et les putes, il faisait plus chaud, plus clair. »
L’AUTEUR
Eric-Emmanuel Schmitt (1960-) est un auteur prolifique de romans (Ibrahim et les fleurs du Coran ; La part de l’autre, pour ne citer que les plus célèbres) et de pièces de théâtre, consacrées par le grand prix du théâtre de l’Académie française dès 2001. Il aborde des thématiques variées, qui vont du rêve (La rêveuse d’Ostende, 2007) aux ressorts de l’identité (Monsieur Ibrahim) ou de la foi (L’évangile selon Pilate, 2000), en passant par les secrets d’une vie (Odette Toulemonde, 2005), en utilisant des biais variés, comme l’uchronie dans La part de l’autre (2001).
Certains textes ont été distingués : Le Visiteur a reçu le Molière du meilleur auteur (1993), et Monsieur Ibrahim, son plus grand succès de librairie, est traduit et interprété un peu partout dans le monde, sans doute en raison de l’universalité des thèmes brassés.

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