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Une pompier injecte à un homme une dose de vaccin contre Covid-19 à Vailhauques, dans le département de l'Hérault, en mars 2021.
Une pompier injecte à un homme une dose de vaccin contre Covid-19 à Vailhauques, dans le département de l'Hérault, en mars 2021.
©Sylvain THOMAS / AFP

Ordres et contrordres

Entre records quotidiens et nouveaux retards, où va la vaccination en France ?

Après un démarrage poussif, la France avait su soutenir un effort soutenu dans la vaccination de sa population. Depuis quelques jours, les écarts se creusent à nouveau avec l’Allemagne. La stratégie sanitaire du gouvernement s’est-elle brouillée ?

Jérôme Marty

Jérôme Marty

Président de l'Union française pour une médecine libre, Jérôme Marty, est médecin généraliste et gériatre à Fronton, près de Toulouse.

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Atlantico : Olivier Véran a annoncé ce jeudi 6 mai que la France avait atteint un pic dans les vaccinations avec 600 000 personnes vaccinées aujourd'hui. Pourtant la France semble prendre du retard par rapport à ses voisins européens. Comment expliquer ce paradoxe ?

Dr Jérôme Marty : 600 000 vaccinations, c'est bien, mais la question, c'est de savoir si c'est quelque chose de durable, ou juste un exploit d'un jour. Ce qui est sûr, c'est que l'on a été freiné par la crainte des gens pour le vaccin AstraZeneca. Là on a les deuxièmes injections d’AstraZeneca qui sont en train d'être faites pour ceux qui l'ont accepté une première fois ; cela peut expliquer en partie l'accélération. On ouvre aussi de nombreux vaccinodromes. Mais ce n’est rien par rapport à l'accélération que cela pourrait être si l'on donnait les vaccins à tous les médecins, les pharmaciens, les infirmières. En Allemagne, Angela Merkel a arrêté avec les vaccinodromes et a armé les cabinets de médecins et elle a eu une accélération considérable de la campagne de vaccination.

Il faut ajouter en France que la communication abracadabrantesque du gouvernement risque de freiner notre possibilité d'accélération. Même les médecins n'y comprennent plus rien. On ne cesse les revirements sur les populations concernées par tel ou tel vaccin, sur les documents à présenter pour la vaccination, ou encore sur les avis des autorités scientifiques. Cela part dans tous les sens. Cela étant, on ne peut que se réjouir que malgré cela on arrive à faire un gros score de vaccinations.

La stratégie du gouvernement paraît de plus en plus brouillée, est-ce une réalité ?

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C'est une réalité que l'on voit tous les jours dans le cabinet. Il y a beaucoup de questions qui sont posées par rapport aux vaccins. Pour AstraZeneca, on a arrêté de faire les premières doses pour se concentrer sur les deuxièmes doses en attendant que les gens soient de nouveau demandeurs.

C'est le symbole de la gestion de cette crise depuis le début : les mêmes erreurs ne peuvent produire que les mêmes effets. Les mêmes personnes agissent encore de la même manière : on ne peut pas adapter la communication au manque. Ils ont justifié à chaque fois leur manque de préparation ou à leur manque de matériel par des arguments pseudo-scientifiques. Dès qu'ils ont du matériel, les arguments changent mais le message reste brouillé.

Le fait de vouloir cibler des populations pose aussi un problème dans la mesure où on se confronte rapidement aux minorités qui ne veulent pas se faire vacciner. Il reste 20 à 30% des plus de 75 ans à vacciner mais on rentre dans une frange de la population qui ne veut pas se vacciner. Vous avez 20% de la population qui ne veut pas se vacciner ; et vous bloquez le processus à cause de ceux-là. Il faut vacciner d'abord les gens qui veulent se vacciner. Le problème de l'immunité collective se pose dans ce cadre-là aussi, avec un groupe de la population qui est hostile à la vaccination.

A propos de la répartition des doses en France, a-t-on des problèmes pour cibler les zones les plus dans le besoin ?

Ce qu'il faudrait, c'est qu'il y ait des doses aux endroits où le virus circule beaucoup. Mais avec la montée du seuil d'alerte à 400 depuis peu, on a l'impression de ne plus pouvoir cibler efficacement les régions les plus touchées. La solution c'est de donner des armes aux médecins, aux infirmières, aux pharmaciens. En passant par-là, on pourrait facilement dépasser ou rattraper Israël et la plupart des bons élèves, tout simplement parce que l'on dispose du meilleur réseau territorial de pharmaciens, médecins et d'infirmières. Il n'y a aucun pays au monde qui en autant que nous et aussi bien réparti sur le territoire. En un mois, on pourrait accélérer énormément. Pourquoi ne le fait-on pas ? Parce qu'ils ne réalisent pas que ce maillage-là existe et qu'il peut servir. Sous les yeux, il y a la solution, mais on multiplie les vaccinodromes et autres mesures, alors qu'il suffit d'armer la médecine territoriale. On sait le faire, chaque année on le fait pour la grippe et on n’a pas de vaccinodromes. Chaque année, on vaccine déjà 25 millions de Français ! Et personne ne se demande comment on fait habituellement ? On sait faire, tout ce que demandent les médecins, ce sont des moyens ; moi-même cet après-midi, j'ai vacciné 60 personnes, tout seul. En multipliant ce chiffre par le nombre de médecins, infirmières, et pharmaciens, et vous voyez bien la vitesse à laquelle ça peut monter.

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L'écart avec l'Allemagne risque-t-il de se creuser ?

C'est une possibilité parce que l'Allemagne a compris qu'il fallait se reposer sur son réseau de médecins ; qui est pourtant moins bon que le nôtre. En revanche, les médecins là-bas sont très assistés. La stratégie allemande va dans le bon sens, alors que nous, nous nous fixons sur le vaccinodrome. Nous multiplions les mesures administratives de ce type, alors qu'il faudrait faire confiance à la médecine territoriale.

Que pensez-vous des initiatives pour récupérer des doses de vaccins, comme « Doctolib » ou « Vitemadose » ?

Tout cela c'est du domaine du bricolage. Doctolib n'est pas une grande réussite, les deux ou trois premiers mois de vaccination, les gens de 75 ans n'arrivaient pas à s'inscrire... Et on avait tout ciblé sur ce modèle d'inscription. Comme si quelqu'un de 80 ans tout seul à domicile allait pouvoir facilement s'inscrire sur Doctolib !  La géolocalisation elle-même était défaillante, avec des gens qui se retrouvaient à devoir faire 80 kilomètres pour obtenir leur vaccination. On commence à peine à utiliser les données de l'assurance maladie pour organiser les rendez-vous, alors qu'on aurait pu le faire dès le début.

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